(Patrick Cohen)

Dans la presse ce matin : petites bouches et grandes oreilles

(Bruno Duvic)

Lundi dans les écoles de Thonon-les-Bains, les enfants de chômeurs seront privés de cantine.

Trop de bambins, il n'y a plus de place. Il fallait un critère pour sélectionner. Le maire UMP de la ville a choisi celui-là : après tout les parents sans travail ont le temps de préparer à manger à leurs enfants.

"Enfant de chômeur, la cantine n'est pas pour toi", le sujet est à la Une de L'Humanité . Les parents concernés pourraient contester cette décision devant le tribunal administratif. Est-elle légale ?

Le maire de Thonon affirme que la cantine est un service, pas une obligation pour les communes. Mais cela ne répond qu'à moitié à la question. A en croire L'Humanité , à partir du moment où le service existe, il doit être accessible à tous. Et pourtant la sélection à l'entrée des cantines serait monnaie courante.

Plus de place dans les cantines, plus de places chez les assistantes maternelles. C'est le premier mode de garde extérieur pour les enfants en bas âge. Mais d'ici à 2015 beaucoup d'assistantes vont partir à la retraite et la relève est loin d'être assurée. C'est à la Une de La Croix .

(P.C.) Voilà pour les petites bouches... Les grandes oreilles sont à la Une du Monde et de Libération

(B.D.) "Affaire Bettencourt, Menteurs d'Etat" dans Libération , "Mensonge d'Etat" dans l'édito du quotidien du soir.

Il est donc établi que le contre espionnage français a espionné un journaliste du Monde, Gérard Davet, qui travaillait sur l'affaire Bettencourt et ses ramifications avec le pouvoir.

L'édito du journal en tire 2 enseignements :

  • le pouvoir a bafoué la loi sur la liberté de la presse et celle sur les écoutes qui réserve les autorisations au cas où les intérêts de l'Etat sont en danger.

  • 2ème enseignement, le sommet de l'Etat a utilisé des moyens publics à des fins privées pour protéger le parti du président.

Sale climat. Un autre journaliste, Fabrice Arfi, de Mediapart , dépose plainte pour menaces de mort auprès du parquet de Paris. Il a reçu des menaces explicites au début de son enquête sur les activités de Ziad Takieddine, homme d'affaires soupçonné d'avoir joué les intermédiaires dans les ventes de sous-marin au Pakistan notamment. La plainte vise le responsable d'une société d'intelligence économique.

(P.C.) Affaire Bettencourt, affaire Takieddine... Elles viennent en partie gâcher la "séquence libyenne" pour le pouvoir.

La presse n'occulte pas cette séquence libyenne...

"60 pays à Paris (hier) pour reconstruire la Libye", titre Le Figaro . "A Paris", façon de souligner le rôle central de la France dans la chute de Kadhafi et la reconstruction de la nouvelle Libye.

"Il ne faut pas se laisser voler la victoire, écrit François d'Orcival dans Valeurs actuelles . Il reprend les propos d'Alain Juppé : "C'est nous, la France et la Grande-Bretagne qui avons fait le job".

La France a désormais des intérêts bien compris en Libye. Oui et alors semble répondre François d'Orcival : "Les Américains, comme les Britanniques n'ont pas les scrupules que leur politique étrangère et militaire vise à défendre des intérêts diplomatiques et commerciaux".

(P.C.) A la Une du Parisien : "Comment va Jacques Chirac"

(B.D.) Grandes oreilles... Il est devenu un peu dur d'oreille l'ancien président de la République. Mais le bulletin de santé que dresse Le Parisien-Aujourd'hui-en-France à 3 jours de son procès est plus inquiétant.

Un visiteur régulier témoigne. Lors d'un dîner dans la propriété des Chirac à Bitty en Corrèze, il ne souvenait pas de ce qui s'était passé en mai 68. Et il y a encore quelques mois, il pensait que Rachida Dati était toujours ministre.

Pour ajouter au climat, ce visiteur décrit les souris qui gambadent dans la vieille propriété de Bitty.

En contrepoint, dans ce dossier du Parisien , témoignage de Jean-Luc Barré, l'historien qui a aidé Chirac à rédiger ses mémoires : "le président n'est pas gâteux, je ne m'inquiète pas pour lui".

Grandes oreilles et fine goule, un autre personnage qui nous accompagne depuis de longues années fait l'actualité en ce début septembre : Charles Aznavour. 87 aux olives et en cette rentrée il sort un album, un livre de souvenirs et il fait l'Olympia.

(P.C.) Aznavour est aussi un paysan provençal.

(B.D.) C'est dans ces habits, chemise jaune serin et pantalon beige qu'il a reçu Véronique Mortaigne du Monde dans sa propriété des Alpilles où il produit de l'huile d'olive.

On a beaucoup parlé ces derniers temps d'identité française. Aznavour de ce point de vue fournit une jolie partition. Origines arméniennes, naissance à Paris, résidence en Suisse, vacances en Provence et tournées dans le monde entier.

Il sait se souvenir, dans tous les sens du terme. Il a toujours en travers de la gorge ses ennuis avec le fisc dans les années 70. Mais il dit aussi "la France a apporté à ma famille sa patrie".

Regard droit, fière allure, féminin, séducteur.

Pour sa maison des Alpilles, il a fait appel à "de bons maçons turcs, il va bien falloir qu'on se réconcilie".

Aznavour, hier encore et aujourd'hui toujours.

Il est loin le temps où l'on moquait sa petite taille et sa faible voix, Aznavour "Qu'a le son court".

De ce parcours de petit homme parvenu en haut de l'affiche, il reste quelque chose. "Dans son salon, écrit Véronique Mortaigne, trône la statue en plâtre d'un gamin noir, déluré, rigolard, malin et très jazzy. En passant, l'Arménien de France le regarde comme un miroir"

(P.C.) Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

(B.D.)La Grèce au bord de la crise de nerfs... Article de La Tribune . Malgré les plans d'aides et les mesures d'austérité, le budget de la Grèce, c'est le tonneau des Danaïdes. Les recettes fiscales rentrent au compte-goutte, la dynamique de la dette est hors-contrôle, selon la commission d'experts indépendants chargé de contrôler les comptes.

Les cellules souches n'en finissent plus de faire des miracles. On réussit désormais à fabriquer du sang à partir des cellules souches et à le transfuser. C'est à lire dans Le Figaro . Et c'est à mettre au compte de scientifiques français, l'équipe du Professeur Douay, à l'hôpital Saint Antoine et l'Université Pierre et Marie Curie.

Encore un grand ancien pour terminer. Il s'appelle Sylvio Cator. C'est le nom du stade de foot de Port-au-Prince. Ce soir, 20 mois après le séisme, le "Dos de la vieille" comme on surnomme ce stade retrouve la lumière.

L'équipe nationale d'Haïti, les Grenadiers affrontent les îles Vierges américaines dans les éliminatoires pour la coupe du Monde, déjà...

Ce stade a une histoire et une âme évoquées par Christine Thomas dans L'Equipe , ce matin.

C'est l'un des rares bâtiments à avoir résisté au tremblement de terre. Il s'est alors transformé en hôpital, en camp de réfugiés et en mouroir. On a creusé une fosse commune derrière les buts.

D'autres souvenirs terribles, 1976, match Haïti-Cuba, les Cubains marquent, colère de Baby Doc, qui envoie sa milice ouvrir le feu sur le terrain.

La belle année c'était 74, la seule qualification pour le mondial, grâce à une victoire face au Honduras.

Le stade Sylvio Cator fera-t-il le plein ce soir ? Le peuple d'Haïti y fut heureux et malheureux. Même le Vieux Duvalier, Papa Doc, redoutait son pouvoir. Depuis son palais national, juste à côté quand il n'entendait pas les cris du stade, il croyait à un complot de ses opposants.

A lundi

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