(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : seuls au monde

(Bruno Duvic) Revoilà le capitaine de pédalo ! C'est un dessin de Ramson dans Le Parisien-Aujourd’hui en France . Le président de la République avance sur sa petite coque flanquée d'un drapeau bleu blanc rouge. Il est seul en mer et se retourne : « J'ai avancé trop vite, j'ai semé les Américains en route »

François Hollande veut punir Bachar al-Assad, mais la Grande Bretagne ne suit plus et l'Amérique hésite. Dans ces deux pays, on demande au Parlement de voter sur la question, pas en France.

Traduction avec un mot que l'on retrouve à la Une du Figaro , du Parisien et de Libération : le piège.

Hollande piégé, Hollande « cocu magnifique », comme l'écrit Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain . Isolé sur la scène internationale et confronté à une controverse qu'il n'avait pas anticipé sur la scène intérieure.

« Le stratège de l'Elysée, écrit ironiquement Hervé Cannet dans La Nouvelle République du Centre Ouest n'avait probablement pas prévu ce scénario dans ses plans de reconquête.»

Alors faut-il un vote du parlement pour appuyer l'intervention en Syrie ? Beaucoup d'éditorialistes répondent "Oui" ce matin... Oui « il le faut pour une décision aussi grave » dixit Yann Marec dans Midi Libre . « La démocratie, que l'on veut exporter par la force (dans le monde arabe), commence par là’ selon Le Courrier Picard . « Comment décréter la guerre ou la paix pourrait-il être l'apanage d'un seul homme au XXIème siècle ? », demande Patrick Apel-Muler dans L'Humanité .

Pour l'instant pas de vote prévu...

Au delà de ce débat, le journal L'Opinion ne s'étonne pas de voir François Hollande dans la position quasiment d'un néo conservateur américaine. Pour Jean-Dominique Merchet, spécialiste des questions de défense, cette ligne de la plus grande fermeté trouve ses racines dans quelques épisodes de l'histoire de la gauche. La SFIO qui soutient la doctrine du président américain Wilson pour un ordre mondial plus juste, Guy Mollet qui embarque la France dans l'aventure de Suez puis dans la bataille d'Alger, Mitterrand qui participe à la guerre du Golfe et Jospin à celle du Kosovo...

Et à tout prendre, les critiques à l'égard de François Hollande sont moins sévères que les mots employés pour qualifier Barack Obama...

…Isolé, lui aussi, mais encore indécis...

« Indécis », c'est le terme utilisé par Le Figaro .

Sur son site Internet, le quotidien américain USA Today décrit la surprise des principaux conseillers d’Obama lorsqu'il leur a annoncé que finalement, il sollicitait un vote du Congrès avant d'intervenir en Syrie. « Décision venue de nulle part, personne ne l'avait vue venir.»

Il prend donc le risque de subir le même sort que le britannique David Cameron : que son parlement l'empêche d'entrer en guerre. Risque qui ne relève pas du fantasme. Le Washington Post décrit un Congrès coupé en cinq, entre ceux qui auraient voulu une intervention immédiate, ceux qui voudraient une attaque massive, ceux qui réservent leur jugement, les réticents, et les franchement hostiles à toute opération.

Pas de vote avant le 9 septembre, date de rentrée du Congrès à Washington...

L'Occident voulait montrer ses muscles, pour l'instant, c'est la purée de pois. Et le journal britannique The Guardian décrit la déception des réfugiés au camp jordanien de Zatari. « Quand Obama a commencé à parler samedi, dit un réfugié, on pensait que les attaques allaient commencer tout de suite. Puis il y a eu un mais, et tout s'est écroulé, Obama nous a menti.»

Déception, rancœur... Sur le site du quotidien libanais L'Orient le jour , on trouve cet éditorial intitulé « Douche froide ». « Le peuple syrien va continuer de souffrir (...) dès le départ, les nations européennes se sont inscrites aux abonnés absents... Triste spectacle d'une démocratie démonétisée, trainée dans la boue par ses nombreux adversaires, lamentable conclusion de semaines d'hésitations mises à profit par des dictatures plus déterminées que jamais. »

Retour à la presse française pour la conclusion. Dans Les Echos , Dominique Moïsi emprunte à Stefan Zweig le titre d'une de ses nouvelles pour décrire l'attitude de l'Occident face aux événements en Syrie mais aussi en Egypte : « La confusion des sentiments ». « Ces événements sont un miroir reflétant les doutes, les hésitations et les peurs des Etats Unis et de l'Europe (...) Mais après en avoir peut-être trop dit, il serait dangereux d'en faire trop peu. Derrière le chimique syrien, il y a le nucléaire iranien. »

Quoi d'autre dans la presse ?

Quelques curiosités... Ce titre à la Une de La Provence , après la nouvelle fusillade à Marseille... C'est « La fusillade de trop ». Les autres, ça allait, mais celle-ci, c'est trop.

Un panneau en forme de soutien au mariage gay devant une église anglicane au Canada. Il y est inscrit : "Jésus avait deux papas, il a très bien tourné". L'église en question, située dans l'Ontario, assume complètement. La vidéo mise en ligne vendredi a déjà été vue plus d'un million 200.000 fois...

Et puis deux questions vertigineuses : la vie de Silvio Berlusconi sera-t-elle le scénario d'un film érotique ? Le réalisateur italien de films érotiques Tinto Brass s'intéresse de près à la vie du Cavaliere. Il a déjà le titre de son film : « Merci papy ». A lire sur Atlantico .

Enfin toujours plus vertigineux : Beyonce est-elle bretonne ? Le Parisien-Aujourd’hui et une association de généalogie lui ont trouvé une aïeule à Belle-Île-en-mer.

Mais le plus vertigineux reste cette somme à la Une de L'Equipe entre autre : entre 91 et 100 millions d'Euros pour un joueur de football.

Gareth Bale quitte donc Tottenham pour le Real Madrid qui refuse de confirmer le montant exact du transfert.

Lui aussi est seul au monde : 100 millions cela ferait de lui le joueur le plus cher de toute l'histoire du football. Pour mesurer le gonflement de la bulle, L'Equipe se livre à quelques calculs osés : transposer en Euros d'aujourd'hui les transferts les plus couteux de l'histoire du foot.

En près de soixante ans, on serait ainsi passé d'un million d'Euros pour le transfert de Raymond Kopa, du stade de Reims, au Real Madrid (déjà !) à 100 millions pour le joueur gallois Gareth Bale.

Et pour L'Equipe cette somme faramineuse ne correspond à aucune des logiques qui encadrent généralement le marché des transferts, déjà très particulières. Gareth Bale est certes un très bon joueur, mais il n'a pas le palmarès d’un Zidane, le talent d’un Messi ou la notoriété mondiale et people d’un Beckham. « C'est déconnecté de toute réalité économique » dit un économiste du sport (…) La plus value quand le Real voudra revendre le joueur parait très difficile. » Il évoque la gourmandise des intermédiaires, nombreux dans un contrat comme celui-ci et qui pourraient avoir gonflé la facture. La seule explication qu'avance L'Equipe , c'est la volonté du Real de dépenser plus pour une star que son rival historique Barcelone.

Le plus fort, c'est qu'on ne sait pas encore à quel poste précis Gareth Bale évoluera ! Le plus logique ce serait ailier gauche, mais à ce poste au Real, il y a déjà Cristiano Ronaldo, il va falloir trouver autre chose...

A demain !

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