"Ca va durer encore longtemps ?"... Point d'interrogation... Formulé comme ça, il s'agit d'une question, posée en Une de "France Soir", sur fond de décombres et d'enfants victimes de bombardements... Mais derrière cette question, il y a l'indignation, avec cette phrase, toujours en Une : "Depuis 23 jours, la guerre détruit le Liban, tue des centaines de civils, décime des familles entières". Et pendant ce temps, ajoute "France Soir", pas un jour, pas une heure même parfois, sans une déclaration d'un camp ou d'un autre appelant au cessez-le-feu... Et encore, même ce minimum syndical n'est plus de mise... L'Europe des 25, par exemple, est incapable de s'entendre sur le vocabulaire à employer. Alors, assez de mots, assez de morts !... Ce que l'on attend désormais, ce sont des actes... De paix. Indignation résumée dans "Le Nouvel Obs", par ces trois mots, et la même photo que celle de "France Soir" : "la guerre sale". "Le Nouvel Obs" qui donne la parole à un Israélien : l'éditorialiste du grand journal "Haaretz", qui déplore le ralliement de la gauche au consensus guerrier, et qui écrit : "Avant même que l'issue de cette guerre ne soit tranchée, il est déjà évident que son coût exorbitant inclura le prix des ténèbres morales qui nous recouvrent aujourd'hui, aussi menaçantes pour notre existence et notre image que les combattants du Hezbollah". Oui, question d'image... Indécente question, face à la réalité de la guerre... Les victimes civiles... Mais question quand même... Abordée également dans "Le Monde", qui estime qu'en bombardant le Liban tout entier, en détruisant les infrastructures civiles, en tuant plus d'enfants que d'hommes armés, Jérusalem attise la haine d'Israël au Liban et dans le monde arabo-musulman... Question d'image, question dangereuse. L'image de l'armée israélienne également, à laquelle s'intéresse "Le Point", qui établit ce constat : "Armée de terre en difficulté, marine attaquée, défense passive mal préparée, force du Hezbollah sous-estimée... Surprises et critiques s'accumulent sur cette opération militaire qui ne devait durer que 5 jours". Eh oui... comme l'écrit Patrice Chabanet dans "Le Journal de la Haute-Marne" : "Les Israéliens doivent se faire une raison : le temps de la guerre-éclair est révolu, et c'est bien la première fois, dans son histoire, que l'Etat hébreu doit faire face à un adversaire aussi coriace". Alors, après plus de 20 jours de guerre, une autre question se pose : celle des responsabilités de la France. "Il se trouve, rappelle Luc de Barrochez dans "Le Figaro", que la plupart des pays qui se disent aujourd'hui prêts à participer à une force multinationale attendent de la France, précisément, qu'elle en soit la nation-cadre. C'est-à-dire qu'elle fournisse à la fois le commandement et le principal contingent. Et ce n'est pas tout : le Liban... Du moins son gouvernement... Et Israël... Misent aussi sur Paris. Autant dire que ces attentes font reposer sur les épaules des dirigeants français une lourde responsabilité". Et à ce propos, c'est Jacques Guyon, dans "La Charente Libre", qui épingle Philippe Douste-Blazy... Et il le fait avec une férocité débridée. "Il n'aura pas fallu attendre longtemps, écrit notre confrère, pour mesurer à quel point la démarche du ministre des Affaires étrangères, ce week-end à Beyrouth, pouvait être totalement contre-productive... Pire : dangereuse. En se rendant lundi à l'ambassade d'Iran, il a fait un pas. Oui, mais un pas de travers. En affirmant ensuite que l'Iran jouait un rôle important de stabilisation dans la région, il a non seulement formulé la plus énorme contre-vérité jamais entendue sur ce régime qui, rappelons-le, a enfanté de toutes pièces le Hezbollah et finance allègrement le Hamas... Mais il a offert à Téhéran un brevet de bonne conduite internationale totalement insensé". Et pour enfoncer le clou, Jacques Guyon conclut en citant De Gaulle, qui disait : "Vers l'Orient compliqué, je vole avec des idées simples'... Il est des leçons qui valent toujours". Et laissons le mot de la fin à une lectrice de "Libération" qui, dans son courrier, répond de cette façon à la question de l'image d'Israël, dont nous parlions tout à l'heure. "Israël, écrit-elle, c'est aujourd'hui l'incarnation du tragique, parce que le tragique, c'est n'avoir pas d'issue... C'est devoir choisir, et en choisissant, savoir qu'on va commettre l'injustice pour éviter une injustice plus grande encore. C'est pourquoi, une fois de plus, Israël incarne douloureusement la tragédie. D'où cette leçon : les démocraties feraient bien de songer qu'il ne s'agit sans doute là que de la préfiguration d'un combat beaucoup plus global de la démocratie contre le terrorisme... Le problème étant qu'à ce combat terrible, on n'a pas encore édicté de règles". La presse de l'été est ainsi faite qu'elle devient l'écho des tragédies, qui ne connaissent pas de saison, et des sujets qui, eux, sont bien de saison... Légers comme l'été. Illustration avec cette Une et ce dossier principal de "L'Express" cette semaine, dont le titre est tout un programme, si je puis dire... "Vacances de gauche, vacances de droite : qui va où ?" Bon, alors, si vous votez à droite et que vous passez vos vacances dans le Lubéron, n'allez pas croire que le sondage BVA, publié par "L'Express", n'a aucun sens... Vous faites seulement partie de la minorité, parce que, selon ce même sondage, de Gordes jusqu'à Bonnieux, en longeant la Nationale 100 qui va d'Avignon jusqu'à Apt, vous êtes bel et bien dans le fief de la gauche caviar, en quête de nature et de festivals artistiques. Une maison avec piscine à une trentaine de kilomètres d'Avignon, pour passer la journée, et le soir... Hop !... Au festival ! A gauche, on aime bien aussi l'Ardèche, les Cévennes et la Drôme provençale... Alors qu'à droite, on pose plus fréquemment ses valises en Bretagne et en Aquitaine... Mais aussi sur la Côte d'Azur. Cela dit, quand on décortique le sondage, on s'aperçoit que les majorités qui se dégagent sont de très courtes majorités... La carte des vacances n'est tout de même pas la carte électorale. Vacances d'aujourd'hui, vacances d'hier... Cette fois, c'est "Le Nouvel Obs" qui jette un coup d'oeil dans le rétroviseur... Et qui nous parle d'un temps que les moins de vingt ans auraient peut-être aimé connaître... Une sorte de fantasme, peut-être... Celui des premiers Club Med, dans les années 60 et 70. A l'époque, les douches étaient froides, les paillottes à deux... On allait se baigner à poil, nous rappelle "Le Nouvel Obs", et ont préparait des jeux-apéros, sans savoir que le blagueur de la case d'à côté était chercheur au CNRS, et la voisine vendeuse de lingerie fine à la Samaritaine. Normal : à l'époque, on n'avait pas le droit de parler boulot... C'est ce que "Les Bronzés" nous ont montré, d'une façon à peine caricaturale. Oui, c'était l'époque aussi où il suffisait d'aller sur la plage, ou de nouer un paréo sur la porte de la case pour prévenir le voisin qu'on ne couchait pas seul... "D'ailleurs, le lendemain, on ne se souvenait même plus de la tête de celle qu'on avait attrapée", indique, nostalgique, un ancien vacancier. "Eh... Un Scrabble dans ma case ?" Eh bien, dites-moi, si c'est ça l'amour... Rien à voir, en tout cas... Bien que... Rien à voir avec l'amour vu par les grands philosophes... Thème qui laisse rêveur, et qui constitue la Une du "Nouvel Obs". C'est que, quand on est amoureux, on ne réfléchit guère... Eh bien, c'est un grand tort... Car penser l'amour est un exercice supérieur. La preuve : Kant, Platon, Rousseau, Sartres, Schopenhauer, entre autres, se sont penchés sur la question... Et aujourd'hui, Clément Rosset, auteur de "La Philosophie tragique" et du "Régime des Passions", nous rappelle que l'amour est, par essence, tragique, mais que la joie qu'il procure est indépassable. Autrement dit : tu m'aimes, donc je suis. Alors, remontons le temps, jusqu'à Platon, qui porte la lourde responsabilité d'avoir été le premier à théoriser le désir... Et il a vu très haut, nous enseignant que l'amour du beau mène au bien, et même à la connaissance. Autrement dit : aimer, c'est déjà penser. Citons également Schopenhauer, qui abhorrait le genre humain mais appréciait les seins rebondis... Pour lui, le sexe était une affaire sérieuse, et une source de perpétuelle désillusion... Pensée qu'il résumait avec cet humour grinçant : "Plus je vois les hommes, moins je les aime... Si je pouvais en dire autant des femmes, tout serait pour le mieux". Autrement dit : l'amour est un mal nécessaire. Reste son compatriote Emmanuel Kant... Né à Koenigsberg, il y passa sa vie toute entière, consacrée à la méditation et à l'enseignement... Aucun événement remarquable ne troubla cette existence toute intellectuelle... Pas de femme au logis, pas de maîtresse, pas d'enfants légitimes ou illégitimes, pas de relations sexuelles avouées, connues, ni même soupçonnables... Au point, estime "Le Nouvel Obs", que révéler aujourd'hui l'existence d'une vie amoureuse, ou même masturbatoire, chez Kant, relèverait presque du révisionnisme. Autrement dit : je m'abstiens, donc je suis. Et il est assez remarquable de découvrir que "Le Point", lui aussi, fait sa Une sur la philosophie... Plus précisément sur UN philosophe... C'est lui qui nous disait que "comprendre, c'est comprendre qu'on n'a pas compris"... Donc Nietzsche, qualifié par "Le Point" de "philosophe de la vie", parce que son message, précisément, tient en quelques mots : "rien n'est extérieur à la vie". C'est ce qu'il voulait nous dire en affirmant que "tout ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort". Et puisque nous avons parlé de guerre et d'amour, ce matin, laissez-moi vous parler de "l'humeur vagabonde du théâtre"... C'est un article du "Monde", qui nous raconte comment, avec leurs chapiteaux, camions et roulottes, de nombreuses troupes renouent avec l'esprit saltimbanque du spectacle vivant... Comment, lorsque les spectateurs ne viennent plus au théâtre, c'est le théâtre qui vient à eux... Et surtout, à la lumière de ce qu'on a joué récemment à Romagne, dans la Vienne... Un spectacle mis en scène par Nicolas Fleury... Une pièce intitulée "Lisistrata"... Une oeuvre d'Aristophane, vénérable auteur grec âgé de bientôt 2.500 ans... Dans une version très punchy, qui lorgne du côté de Pedro Almodovar et de Woody Allen, cette comédie fait un tabac... Et puisque nous parlions de guerre et d'amour, "Lisistrata" nous raconte une histoire qui prend des airs de morale salvatrice... Une histoire de guerre des sexes... L'histoire d'une grève du sexe menée par les femmes, pour contraindre leur mari à arrêter la guerre. Autrement dit : "entre les armes et le sexe, tu choisis !"... Version originale d'un slogan porté il n'y a pas si longtemps encore comme un étendard : "Faites l'amour, pas la guerre !". Bonne journée. A demain.

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