Un syndicaliste à 300 jours de grève au compteur, un réformiste en colère, l'idéologie dominante, un entrepreneur de 13 ans... Et de l'hypnose sur Youtube.

La grève SNCF, évidemment, ce matin dans les journaux...

Avec un homme à la Une de la dépêche, édition de l'Aude, qui est sinon le héros du jour, du moins son symbole... Alain Rousseau, cheminot pendant 38 ans, leader à la CGT pendant 12 ans, "300 jours de grève à lui tout" seul titre le journal... Faut-il lui en vouloir ou faut-il l'entendre ? Une vie à, défendre le service public dit la Dépêche qui a décidé de l'aimer, et ce choix n'est pas anodin... Rousseau était chômeur avant de devenir cheminot et avait pris sa carte à la CGT et au PCF le 12 mars 1979... Sa première lutte concernait le foyer de jeunes célibataires insalubre dans lequel il logeait.  Il défile encore, retraité, "on ne peut pas m’enlever le combat syndical. Sinon je ne vis plus»... 

Sa vie donc, la grève? C'est une culture  qui nous saisit ce matin...

Passés les titres qui confirment que ce mardi est noir,  nos journaux nous aident à comprendre ce qui arrive. La grève est une histoire française, dit la Croix, nous sommes un pays où le social tourne à l'affrontement: c'est l'héritage de la monarchie absolue, qui ne laisse pas d'espace au débat... Et voilà pourquoi Emmanuel Macron est invité à "tenir" par le Figaro, dans "la guerre d'usure", le mot se retrouve aussi dans le Parisien... Mais le pouvoir a voulu cette guerre? 

Le Figaro publie aussi le texte le plus intéressant de ce matin... Une interview de Laurent Berger, le leader de la CFDT, premier syndicat du privé, autrefois partenaire de l'Etat.  

Il dit ceci, Laurent Berger: 

"Pour qu'il n'y ait pas d'éruption dans le pays, il faut construire des politiques sociales avec les acteurs. Il va falloir que l'exécutif éclaircisse sa vision de la démocratie sociale et des organisations syndicales. Il y a des pratiques inacceptables, une forme de mépris à l'égard de la négociation collective..."

Et on ne parle pas ici de la seule SNCF mais d'un choix politique  de réformer sans la contrainte syndicale, fut-elle réformiste. Libération fait le compte des bêtises ou des exagérations qu'ont proférés des ministres pour décrire les problèmes de la SNCF.  "Les cheminots ont été heurtés par le fait qu'on les présente comme des privilégiés mais aussi par le fait qu'on dise que rien ne fonctionne à la SNCF", dit Berger, fatigué aussi du dénigrement du service public. Mediapart rappelle que tout a commencé" en 1980 quand un premier ministre qui s'appelait Raymond Barre avait qualifié les fonctionnaires de nantis... 

Cela vient de loin... et la crise est culturelle...

Si vous poursuivez la lecture de la presse vous comprendrez comment, dans leurs choix, les journaux témoignent d'une idéologie dominante, qui fait du syndicaliste en lutte un personnage dépassé. Ayant titré sur « la galère », la république du centre s'extasie sur la maison Dior, qui va créer 150 emplois à Saint jean de Braye... Nice Matin célèbre des entrepreneurs, "si jeunes et déjà patrons", « porteurs de projets, bâtisseurs de leur vie de demain une vie tournée vers la liberté et le gout du défi... »

Et c'est vrai qu'il a une bonne tête, Talel, 21 ans, qui a ouvert son cabinet de courtage à 19... 

Mais quand parle-t-on aussi gentiment de Rousseau le cheminot? 

Et il y a de la jeunesse dans la presse. 

Et cette jeunesse est sublime et mystérieuse, comme dans le figaro Anna Deutscher, 13 ans venue d'Angleterre jouer du violon au festival de Paques d'Aix en Provence: elle semble une incarnation de Hermione Granger, la surdouée de Harry Potter, ou la réincarnation de Mozart. Car jouer n'est rien, elle compose... Elle a joué à Aix des oeuvres écrites quand elle avait entre 6 et 9 ans...

Que fait-on quand on a 13 ans...  Dans la Voix du Nord, on découvre à Roncq, Simon Lourdel, un adolescent businessman qui a lancé sa marque de vêtements. «  J’ai toujours voulu faire quelque chose, créer, être en action, faire du réseau.  » Il a découvert une plateforme qui permet de créer des vêtements en ligne... et  a créé une marque éthique à son image, «  Je suis végétarien depuis mes 10 ans » 

Simon  s'appuie sur deux amies, « Léaaa » et « Une ptitejajoux », deux autres collégiennes, qui sont sur youtube des préadolescentes vedettes... Elles lui font de la promotion... Une ptitejajoux a 12 ans et sa chaine youtube compte 700.000 abonnés... France Inter a plus d'auditeurs, mais toutes les radios n'en diraient pas autant... C'est le web...

Et le Web peut aussi nous hypnotiser... 

Usbek et Rica nous raconte comment, depuis la plateforme youtube, est née une technique d'hypnose, que des marques utilisent dans de nouvelles publicités. Retenez ce sigle, ASMR, « Autonomous Sensory Meridian Response »  réponse automatique des méridiens sensoriels, ses adeptes mettent en ligne et regardent par millions des vidéos dont le contenu n'a rien d'original sauf ceci. Elles sont chuchotées… « Le but (étant) de relaxer l’internaute, jusqu'à le faire entrer -possiblement- précise usbek et rica... dans un état de transe ! » 

Effet secondaire qui n’a pas échappé aux marques. L'été dernier, IKEA a mis en ligne une publicité de 25 minutes (!) « toute en caresses et susurrements » où l'on voit des mains câliner les meubles de la marque...  1600000 vues ce matin. 

Pour sa réforme, Emmanuel Macron devrait nous la chuchoter.

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