(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : de rouille et d'os

(Bruno Duvic) Voici le cas d'une entreprise qui montre que le dialogue social est bel et bien rouillé en France. C'est l'usine Arkema de Pierre Bénite au sud de Lyon. Une page entière signée Nathalie Silbert dans Les Echos à propos de ce groupe de chimie qui vient de retirer un projet d'investissement de 70 millions d'Euros sur le site.

La direction souhaitait augmenter la production d'un polymère fluoré. Cela sert notamment dans la fabrication de panneaux photovoltaïques et de batteries lithium-ion.

Le projet garantissait l'avenir du site mais il ne créait presque aucun emploi nouveau (quatre seulement) et il imposait une nouvelle organisation de travail plus contraignante à certains salariés, notamment des baisses de rémunération. Une partie d'entre eux soutenus par la CGT locale s'y est opposé. Arkema a retiré ses billes. Et c'est la fracture dans l'usine. L’attitude jusqu’au-boutiste de la CGT locale est dénoncée.

Pas de dialogue. Ce sont notamment les chefs d'équipe qui se sont opposés au changement. Du côté de la direction, les marges de manœuvre laissées à la négociation étaient également très faibles. Jusqu'où mettre le curseur des revendications quand on est un syndicat ? Jusqu'où ouvrir le dialogue quand on est la direction d'une entreprise ? 70 millions de fichus.

Pour Les Echos , le blocage chez Arkema est au cœur de la négociation sur la réforme du marché du travail qui se tient en ce moment.

A la Une de la presse Arnaud Montebourg

Décidément le ministre médiatique de ce gouvernement. A la fois à la Une de Libération et du Figaro . « Le cas Montebourg fragilise Hollande » dans le Figaro. « Le jour où Montebourg a voulu démissionner » pour Libé . Désavoué par le Premier Ministre dans le dossier Mittal, le ministre du redressement productif avait même rédigé sa lettre de démission avant de se raviser.

Pas de nationalisation donc, pas de plan social non plus et de l'argent investi sur le site de Florange pendant 5 ans. Mais de gros doutes sur l'avenir des Hauts fourneaux.

François Ernenwein dans La Croix ne dénonce pas cet entre-deux. « Cet accord a tous les défauts du monde, sauf celui, essentiel; d'offrir quelques minces perspectives au site. »

A part cela, beaucoup de critiques. Sur la méthode Montebourg d'abord, symptôme d'un gouvernement en général qui se heurte à beaucoup de murs. « Le volontarisme atteint sa limite écrit David Barroux dans Les Echos . Face à la hausse du prix de l'essence, aux variations du cours du gaz, à la crise de l'automobile, de la volaille, comme de la sidérurgie, la majorité a tenté de faire croire qu'une bonne dose de détermination devait permettre d'inverser le cours de l'histoire. Patatras : le plein de super coute de plus en plus cher, la facture gazière grimpe, PSA va fermer Aulnay et Arcelor Mittal arrêter les hauts fourneaux de Florange. »

Méthode Hollande critiquée. « Le hollandisme et ses usines à gaz… » écrit Paul Hanri du Limbert dans Le Figaro . « Il a semblé donner raison à son démondialisateur de ministre pour, à la fin des fins lui donner tort (…) A force de vouloir plaire à tout le monde, il risque de ne plus plaire à personne. »

« Le pragmatisme mène 1/0 à la mi temps », titre Libération . Et pour Vincent Giret dans l'éditorial, c'est un épisode de la guerre de gauches. « L'un(e) exalte le rôle de l'Etat, menace le grand capital et défend l'idée d'une nationalisation. L'autre ne diabolise pas le marché et mise sur la société civile. Le Premier Ministre a tenté d'arracher un compromis avec le réel (…) Mais le compromis social démocrate cher à François Hollande va s'avérer difficile à instaurer dans un pays dont ce n'est pas la culture politique. »

Cette guerre des gauches, on en trouve trace dans L'Humanité . « Ayrault refroidit Florange ». C'est le titre de Une. Commentaire de Patrick Appel Muller : « La séquence qui vient de se dérouler est bien autre chose qu'un camouflet entre socialistes. Les salariés lorrains sont nombreux à se sentir trompés et les syndicalistes ont l'impression de s'être fait balader. »

Le dialogue social rouillé en France. Et la société à l'os. Dans les journaux, il y a encore l'appel de la ministre du logement à « un choc de solidarité » sur l'hébergement d'urgence. Cécile Duflot demande même à l'archevêché de Paris de mettre à disposition ses bâtiments inoccupés pour les sans-abri.

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

A la Une de L'Equipe , « PSG, la succession est ouverte ». Après la troisième défaite de la saison, l'entraineur Carlo Ancelotti et le directeur sportif Leonardo « ne sont plus sur la sellette, ils sont sur l'échafaud », écrit le quotidien sportif. Des discussions ont été entamées avec l'ancien entraineur de Barcelone Josep Guardiola pour son arrivée l'été prochain. Le nom d'Eric Gerets est étudié pour assurer un intérim dans l'intervalle. »

Mediapart a 5 ans. Le site d'information qui a fait le choix d'un modèle payant et d'une opposition radicale à Nicolas Sarkozy ces dernières années revendique 60.000 lecteurs abonnés.

« Mais où va Marseille ? », question à la Une de La Provence . Trois "victimes innocentes" en une semaine, écrit le journal. « Sans être Bogota, Rio, New York ou Naples, la cité s'enlise dans sa salle réputation ».

Et dans un autre domaine, le dernier rapport du contrôleur général des lieux de privation de liberté ne va pas arranger l'image de Marseille. « Verdict accablant pour la prison des Baumettes ». C'est à lire dans Libération . Jeudi, il publiera au journal officiel des recommandations en urgence sur cette prison où il a observé une violation grave des droits fondamentaux, des traitements inhumains et dégradants. A propos des Baumettes, en 2005, il y a donc 7 ans, le commissaire européen aux droits de l'homme avait parlé d'un « endroit répugnant ».

Et un coup de fil pour finir...

Ca se passe un samedi matin dans une famille nantaise.

Au téléphone une dame qui force son accent arabe ? « Monsieur Asseh ? » demande-t-elle en prononçant le H final comme un R.

Le monsieur nantais dit Bonjour, elle lui répond « Assalamaleykoum ».

La dame s'appelle Jihène, elle travaille pour Swisslife et elle appuie décidément son accent maghrébin. Et très vite, elle explique qu'elle a un placement halal à proposer à Monsieur Asseh.

Le Monsieur Asseh en question publie un billet de blog sur Rue89 . Il raconte la suite avec humour et rage. « Nous y voilà : je porte un nom carrément arabe alors j'apparais dans le listing Swisslife » pour un placement selon les règles de la finance islamique

Et il poursuit : « Moi halal, ça me fait tout de suite penser à sauce blanche et ça m'ouvre l'appétit, mais pas à 9h30 du matin. J'ai donc répondu à la dame que ça ne m'intéressait pas (…)

Mais le marketing ethnique m'a touché. Pour la première fois, j'étais traité distinctement du fait de mon nom. Ce putain de nom que j'ai choisi de garder quand j'ai rempli les formulaires de demande de nationalité en 1993 pour que mes enfants gardent trace de cette source orientale qui s'est fondue, volontairement, dans la République. »

Et il adresse un dernier message à la dame qui voulait lui vendre un placement halal : « Figure toi qu'il existe des arabes non musulman. Comme moi. »

A demain

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