(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : pour Vincent Lantin

(Bruno Duvic) Cher Vincent,

Tu es le dernier, tu es un héros, le dernier de la route du Rhum. Loïck Peyron fait des mots fléchés à terre depuis trois semaines, toi tu es toujours en mer, attendu dans les heures à venir en Guadeloupe après 30 jours de galère, quasiment au sens propre du terme. Ordinateur planté, plus de cartographie, plus de fichier météo, tu as foncé droit dans la tempête quand les autres l'ont soigneusement évité, pilote automatique en vrac, bateau couché sur l'océan, trois escales, des points de suture au pied. Tu racontes tout cela dans Le Parisien-Aujourd’hui et sur la photo, tu te marres ! Il faut dire que ton bateau a un nom rigolo : « Le slip français ».

Alors quoi de neuf en 30 jours, qu'est ce qui a changé, qu'est ce qui demeure ? La presse de ce matin te fournit un résumé.

Tu y trouveras ce que tu as peut être fui en allant en mer : la pollution et ce scandale majeur dont on marque les 30 ans aujourd'hui. « Bhopal, l’interminable tragédie », titre Le Monde . Dans cette ville d'Inde, dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, fuite de gaz à l'usine Union Carbide. Des milliers de personnes perdront la vie en quelques heures. Les associations de défense des victimes les chiffrent à 25.000 aujourd'hui, car l'usine continue d'empoisonner. Ses déchets ont contaminé les nappes phréatiques. L'entreprise Dow Chemical, qui a repris Union Carbide, décline toute responsabilité. Sur le blog de l'AFP, « Making of » tu verras la photo d'un survivant, un homme dans un caisson, seules sa tête et sa longue barbe blanche dépassent. En dessous, le corps est bien abimé. Il prend un bain de vapeur pour apaiser les souffrances.

30 jours et un petit ou grand changement dans l'actualité internationale. L'expression "Etat de Palestine" fait son chemin. Symboliquement, après sept pays européen, le parlement français a voté une résolution visant à reconnaitre l'Etat de Palestine. « Reconnaissance à pas comptés », titre La Croix ce matin. L'Humanité est plus enthousiaste : « La construction d'un Etat palestinien a commencé. »

Cher Vincent, ne crois pas qu'en 30 jours, la gauche au pouvoir et le parti socialiste soient devenus populaires.

Un sondage fait la Une du Figaro

S'il y avait des législatives aujourd'hui, la droite et le centre remporterait près de 500 sièges. La gauche serait réduite à 50-60 strapontins. Le Font national remplirait un peu plus les bancs avec entre 14 et 24 députés. C'est de la politique fiction. Les sondages n'ont pas perdu de leur importance dans la presse en 30 jours. Les sondages et leurs spécialistes qui accompagnent la vie des radios aussi. On apprend en lisant Le Figaro et Les Echos la mort de Jean-Marc Lech, le co-président d'Ipsos. Il a accompagné bien des soirées électorales sur France Inter, où nous avons une pensée pour sa famille ce matin.

Ce n’est pas en 30 jours que la classe politique aura changé. Mais certains ont des envies d'ailleurs. Le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, 75 ans, ira-t-il jusqu'au bout de son mandat ? Le journal La Provence a quelques doutes. Il raconte que Jean-Claude Gaudin se verrait bien au conseil constitutionnel. Un poste se libère en 2016.

Ca va te sembler bizarre, Vincent, mais les patrons sont dans la rue cette semaine, pour demander au gouvernement de nouvelles concessions aux entreprises. « Les patrons, ces ingrats », titre Libération ce matin, estimant qu'ils ont déjà obtenu beaucoup de la gauche.

Les patrons dans la rue et le dirigeant de la CGT accusé d'abuser un peu-beaucoup. Thierry Lepaon s'est fait refaire son appartement et son bureau à grand prix au frais de son syndicat. C'est Le Canard enchainé qui a sorti l'affaire ces dernières semaines. Et Christophe Conte dans Les Inrockuptibles en fait une fable, intitulée « le Paon et le Canard ». Je t'en lis quelques lignes car c'est très réussi.

« Dans l'eau du Narcisse, un paon un jour se noya (…)

S'en vint sur son chemin un volatile de moindre classe

Un Canard se disant enchainé se mit à lui chercher des puces (…)

De partout on moquait le parvenu en place

Qui, d'avoir trop fait la roue partirait la queue basse (…)

Le morale de cette histoire, c'est que nulle part il n'y en a. »

Ce qui n'a pas changé en 30 jours : le mot crise est toujours aussi présent dans les conversations.

Economie à tous les étages, mon pauvre Vincent. Sur lefigaro.fr , on apprend que la police rationne ses cartouches en cette fin d'année. La préfecture de police vient d'adresser une note aux services. Nombre de cartouches limité dans les chargeurs lors des séances d'entrainement.

Mais il y a des choses réjouissantes aussi. Figure toi que le Corse est désormais une des langues officielles de Facebook ! C'est la 122ème. Corse Matin sur son site Internet raconte cette histoire. Il y a toujours un corse quelque part. Même chez Facebook France. Le responsable des affaires publiques est originaire de Corte. Quand il a appris il y a quelques semaines que le breton était admis sur Facebook, ça a fait tilt. Il a remué ciel et terre dans son entreprise pour que le corse ait le même privilège. C'est ainsi qu'une conférence téléphonique s'est organisé entre Corte (où des universitaires étaient à fond sur le projet), San Francisco et Paris. Et au siège de Facebook on est pour la reconnaissance des langues, cela fait autant de copains en plus sur le site. Alors on a d'abord traduit les mots essentiels pour que le corse puisse prendre son envol sur Facebook. Par exemple, on ne dit pas « cookie », à propos de ces petits fichiers qui permettent de conserver les données des Internautes sur le web. En version corse, on dit « canistrelli », le biscuit local. On ne dit pas photo de profil, mais « u ritrattu di profilu ».

Vincent, si tu regardes la presse ou les sites Internet ce matin, tu leurs trouveras peut-être un petit parfum d'années 70-80. Madonna essaye de faire parler d'elle en posant seins nus pour le magazine américain Interview .

Et dans Télérama , Jane Birkin se met à nu elle aussi mais c'est beaucoup plus joli et émouvant. Un an après la mort de sa fille, elle remonte sur scène pour lire des textes de Serge Gainsbourg avec les comédiens Michel Piccoli et Hervé Pierre. Elle dit que dans ce moment, Serge la sauve un peu. Et elle parle toujours aussi bien de lui. « Il a pris tous mes défauts pour des qualités. Un jour de tristesse, je retrouve Serge en studio. Comme je reniflais pas mal, il m'a dit, au moins que ça serve, va pleurer dans la cabine d'enregistrement. Ce sont les sanglots qu'on entend sur "Je suis venu te dire que je m'en vais". Pour ‘’Je t'aime, moi non plus’’, nous étions au summum de notre beauté. Après la rupture, il dévoilait au public, le visage d'un Gainsbarre provocateur mais il me faisait chanter des choses plus tendres et douloureuses. Je suis devenue la face B de lui-même. »

Voilà, cher Vincent, ton séjour en mer s'achève. En 30 jours, pendant cette interminable route du rhum, à en croire ton récit dans Le Parisien , tu as eu le temps de lire tout Jules Verne, et comme ça ne suffisait pas à épuiser le temps, tu t'es fadé les notices de ton radar et du GPS. Pour un rab de lecture, la presse du jour t'attend à terre. Sois le bienvenu, c'est bientôt Noël.

A demain !

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