"Libération" dit des oubliés, soldats maliens tués sans hommage national, morts des accidents du travail que nourrit la précarité. A Bordeaux, un immeuble empoisonnait ceux qui y travaillaient, "Sud-Ouest". Au nom de Paul Ricoeur qui fut leur maître commun, un philosophe tutoie et attaque Emmanuel Macron, "le Monde".

Les piles ont maintenant un goût amer pour empêcher que les gens les avalent
Les piles ont maintenant un goût amer pour empêcher que les gens les avalent © Getty / mariusFM77

On parle d'amertume ce matin...

Mais une amertume salvatrice : on parle du gout amer que la maison Duracell va donner à sa petite pile ronde qu'on appelle "la pile bouton" et qui, à partir de janvier, existera en version mauvais goût, ceci afin que les bébés qui l'avalent la recrachent, à l'instinct. C'est une bonne nouvelle dans Le Parisien, puisque 1 200 bambins, chaque année, finissent aux urgences pour avoir avalé une pile ronde qui porte le risque de brûlures chimiques, d'hémorragies, de perforations... Neven, tout rond, mignon dans le journal, revient de loin : en août dernier, il avait gobé la pile de la télécommande tombée devant lui, il a dû passer sur le billard. Les médecins avaient peur que la pile lui ait percé la trachée. Il va bien, rassurez-vous mais vivement la pile amère, voilà un danger auquel nous échapperons...

Car pour le reste ce matin, quelles désolation, ne nous en veuillez pas, nous n'inventons rien.

Yann Arthus-Bertrand ne prend plus l'avion. Il l'a décidé la semaine dernière, il aurait pu décider plus tôt, dit-il à La Dépêche, déconfit devant le réchauffement climatique. Au Nord de la planète, dans ces sols gelés en profondeur qu'on appelle "permafrost" dorment des poisons, du mercure, que le dégel du réchauffement va libérer contre nous, c'est un dossier de La Croix au goût d'implacable...

Quand Sud-Ouest et L'Alsace pleurent encore nos soldats du Mali, La Provence nous invite à aimer trois hommes morts d'un autre accident d'hélicoptère en faisant leur devoir, le sergent-chef pompier Robert Savornin "qui virevoltait dans les airs, accroché à une échelle pour ceux qui perdaient espoir", et ses pilotes Jean Garat et Michel Escalin. Ils avaient sauvé cinq personnes dimanche dans les torrents du sud-est quand ils sont tombés aux Pennes Mirabeau. Nice Matin et Var Matin racontent les morts du Sud-Est : un jeune homme noyé en sauvant ses chevaux, ils titrent à l'unisson "dévastés", deux hommes pleurent enlacés à la une dans un magma de boue.

Libération parle de l'abandon que ressentent les sinistrés de Mandelieu-la-Napoule, mais il est tant à pleurer, comment faire ?

Libération, brave journal, se donne aux oubliés. Allez lire d'autres héros si votre âme résiste, ces soldats morts pour qui jamais on n'organise chez eux d'hommages nationaux, les soldats maliens qui ne sont pas seulement des militaires assistés par la France mais des maris, des fils, tués par les djihadistes : Amadou qui jouait au football à Kati, ville de garnison endeuillée, Salif, qui aimait les romans, Mohamed qui était drôle et allait se marier avec Fata, institutrice, et dont la fille Orokiatou touche une pension de 22 euros par mois... Je pense à Aragon, "tu n'en reviendras pas jeune homme dont j'ai vu le cœur à nu"...

On parle aussi des accidents du travail dans "Libération"

Et ce sont d'autres oubliés... 339 personnes sont mortes d'accidents du travail depuis le début de l'année. Le premier, le 3 janvier, était un ouvrier tombé du toit de la préfecture des Yvelines, il travaillait pour une entreprise de sous-traitance et n'avait pas d'équipement de protection et il avait 68 ans. Vous lirez dans Libération comment la précarité nourrit le bilan macabre. Un prof d'histoire en colère, Mathieu Lépine, tient les statistiques et interpelle la ministre du travail Mme Pénicaud sur Twitter.

Travail encore, L'Humanité monte en Une les métiers pénibles, point aveugle de la réforme des retraites. Travail toujours, Sud-Ouest me raconte un immeuble de bureaux à Bordeaux, qui a empoisonné les agents du département qui y travaillaient, car un immeuble qui chauffe libère des substances retenues dans les peintres ou les colles. Là, c'était du benzène et le système d'aération de l'immeuble était insuffisant, le bâtiment Gironde-Égalité, lis-je, reste anxiogène, est-ce étonnant ?

Angoisse, tiens. Elle frappe de jeunes vedettes de la chanson en burn-out, raconte Le Parisien, Big Flo et Oli ont besoin d'une pause comme Vianney qu'on ne voit plus depuis un an ou Angèle qui veut une vie normale, comme le rappeur Lomepal qui, avec franchise, se dit "au bout du bout" et voit une psy pour tenir encore, mais qui va tout couper l'an prochain, après ses deux Bercy. Il veut fuir l'industrie, le système, la pression et le stress, ne pas être malade et couper aussi les réseaux sociaux où il se sent devenir plus people qu'artiste... Et c'est une sagesse de survie. Les artiste sont comme tout le monde, sous la pression du temps, ils ont en plus la fulgurance du succès qui vient trop vite, ils ne sont pas comme les sportifs qui ont construit leurs records sur la durée. Cela, ne garantit rien.

Dans Le Parisien encore, Emilie Andeol pleure, superbe championne olympique de judo en 2016, mais oubliée, sans travail, ni sponsor, ni adrénaline. Elle a été douze ans au plus haut niveau. Elle s'en sortir, elle a plein d'envie, je la vois héroïne de tenir, comme je vois en héros des jeunes gens que Le Journal du Centre me présente, qui ont survécu aux accidents de la vie. Mehdi Bouquin était plaquiste-peintre quand un accident de la route l’a rendu invalide d'une jambe et lui a pris quatre ans d'opérations et de séquelles, interdit de métier manuel, il est retourné à la fac, il sera architecte.

Et un tutoiement pour finir...

Adressé à Emmanuel Macron par un philosophe dont Le Monde publie un texte amer... "Cher Emmanuel, je me permets de te tutoyer au regard de l’amitié éprouvée pour toi au long de nos « années Ricœur »", écrit François Dosse qui, jadis, présenta le jeune Macron au vieux philosophe Ricoeur. Dosse écrivit un livre en 2017 pour dire la proximité entre Ricoeur et Macron, il écrit cette année une tribune pour dire sa déception, car les déclarations du Président sur l'immigration, sont, dit Dosse, "aux antipodes des positions éthiques de Ricoeur", philosophe de l'hospitalité et défenseur des sans-papiers. Cette charge touchera-t-elle plus le Président que d'autres critiques ?

Nous sommes, quoi qu'on en pense, un beau pays où c'est par la philosophie qu'on dispute le pouvoir, et même dans les mauvais jours, la beauté nous anime. Vous lire pour vous consoler de l'actualité laide dans Le Journal des Arts et dans Le Figaro, la présentation d'une exposition à Paris, d'un maître du baroque italien, Luca Giordano surnommé "Luca Fa Presto" parce qu'il peignait vite et beaucoup...

Et puis, bonheur de France. Hier, dans un lycée d'Auxerre, me dit l'Yonne Républicaine, se sont disputés les championnats du monde des maîtres d’hôtels. Nous avons perdu au profit d'un Belge de Bruges (le seum) Ief VanHonnacker... Est-ce la même famille ? 

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