Les journaux parlent d'eux-mêmes et de nous en parlant de VGE, que la Montagne raconte à travers l'Auvergne qu'il aima puis quitta après une défaite. Dans le Monde, un prof d'école de commerce nourrit sa science de l'économie du crime en allant sur le terrain, au cœur du pavot, qui sera héroïne, d'un cartel mexicain.

On parle d'un bucheron...  

Un bucheron nommé Chabrol, un communiste!  que Valéry Giscard d'Estaing embaucha un lendemain de tempête il y a 21 ans, des arbres étaient tombés dans le petit bois attenant à sa résidence de Chanonat, alors, Valéry Giscard d'Estaing, président du conseil régional d'Auvergne était allé voir le chef de file des rouges du Puy de Dôme, André Chassaigne:  “Votre collègue Chabrol, le bûcheron communiste, pouvez-vous me donner ses coordonnées?" Chabrol avait été embauché chez les Giscard. «Ils l’ont gardé pendant longtemps, et ça se passait très bien. Valéry Giscard d’Estaing discutait avec lui en toute modestie» a raconté André Chassaigne, aujourd'hui député, l'été dernier au Figaro...  

J'ai retrouvé cette histoire sur le site du Figaro, en cherchant sur la toile des traces d'un homme qui fut un chatelain président de bonne volonté. Giscard trouvait Chassaigne intelligent, il l'avait convoqué un jour. "Monsieur Chassaigne, je vous ai fait venir parce que j’ai une question à vous poser. Je voudrais savoir pourquoi vous êtes communiste”,   Chassaigne avait raconté son histoire d'enfant d'ouvrier chez Michelin à un homme qui le regardait comme venu d'une autre planète mais qui l'écoutait... Quand Chassaigne était devenu grand-père, il avait invité Giscard à boire le champagne avec les communistes...   

Et vous ne trouverez pas plus tendre souvenir que cette coupette qui transgressa la politique et les classes sociales, à propos d'un homme parti hier, dont on dit  ce matin les espérances manquées et nos journaux se racontent et nous racontent aussi bien qu'ils racontent VGE.   

On devine dans l'éditorial du Parisien que son auteur, le patron de la rédaction Jean-Michel Salvator, fut jeune homme épris d'un président moderne, en complet veston auquel l'histoire rendra justice, on pleure toujours sur soi...     

La Montagne dit cet homme qui fut tellement de l'Auvergne, il y avait semé des images, le voilà ministre en chemise cravate en 1970, jouant de l'accordéon square Montjoly à Chamalières dont il est le maire, pour une émission de télévision qu'anime souriante une vedette d'alors, Danièle Gilbert, elle-même de Chamalières, et qui pour être payse de Giscard perdra son travail quand la gauche prendra le pouvoir, et le voilà encore Giscard, habillé en mineur, 1966 descendant dans un puit à Messeix, où il ne reste plus de la mine d'antan, qu'un musée.  

La Montagne dit aussi que l'histoire auvergnate de Valery Giscard d'Estaing finit comme une réplique de son aventure nationale, dans la défaite et l'inconsolation. En 2004, battu aux régionales, il vendit Chanonat et s'installa en Aveyron, où il disait avoir trouvé des gens souriants, à Clermont-Ferrand, on ne sourit pas...    

Vous lirez dans le Monde ce que furent les années Giscard, quand Sartre et Beauvoir et Foucault, Derrida étaient des oracles, Giscard était le président de droite d'une France dominée intellectuellement par les gauches, qu'il aurait voulu apaiser de réformes, il était un monarque de cuisine nouvelle, Bocuse lui avait inventé une soupe aux truffes, était-ce loin des colères. Ouest-France se souvient que dans l'Ouest de la France VGE était attendu par des manifestants, on avait un jour accroché un cochon à une pale de l'hélicoptère présidentiel... Il était aussi fasciné par l'Afrique et se souvient le Monde s'y perdit et y perdit le pouvoir pour des diamants offerts par Bokassa de Centrafrique.  

Il y a un mois, dans le Figaro, Giscard évoquait l'Afrique à propos de son dernier roman. Le livre s'appelle "loin du bruit du monde" et racontait un politique trahi s'en allant disparaitre en Afrique. Il disait Giscard ceci. "Peut-on disparaître et vivre? La réponse est oui. Et on peut disparaître sans remords."     

On parle aussi d'un ministre...  

Qui ne disparait pas Gérald Darmanin, il distille de petite phrases, "moi je suis en haute mer, ministre de l'intérieur ce n'est pas un marin d'eau douce", dans la caresse d'un portrait de Paris Match, on le retrouve dans le Point consolé par son mentor Nicolas Sarkozy, il fait la Une de l'Express qui dans un long récit nous le dit espiègle, ainsi le journalisme rencontre  la com' de crise d'un ministre qui, le Figaro nous le dit, va fermer des mosquées.  

Dans l'Obs c'est Anne Hidalgo que l'on accompagne, on nous dit, de force anecdotes, qu'elle est d'Emmanuel Macron la meilleure ennemie, lequel Emmanuel Macron dit l'Opinion, cherche à parler aux jeunes ce soir sur le media en ligne brut...   

Ainsi parle-t-on politique le lendemain du jour où Giscard s'éteint, lui aussi communiqua, le bruit  après Giscard, c'est toujours du Giscard... 

La preuve , même l'Equipe lui rend hommage dans ses titres, "le monopole du cœur" illustre le sursaut du PSG à Manchester.  On lit aussi le pilote  Romain Grosjean qui raconte ce moment où il se demanda quelle partie de son corps brulerait en premier. On n'en plaisante pas.   

Et on parle enfin d'un professeur.  

Qui enseigne à l'Ecole des hautes études commerciales de Roubaix et que je me figure comme un Indiana Jones trempé par l'aventure, car Bertrand Monnet, directeur de la Chaire Management des risques criminels, va sur le terrain pour asseoir sa science et épater les lecteurs du monde, l'été dernier, il nous racontait Black Devil, un pirate du Nigéria, qui enlevait dans le golfe du Niger des marins étrangers...  Ce matin, il entame un voyage fascinant au fond du Mexique, dans le territoire des cartels de la drogue, notre prof prend l'avion avec un gaillard qui a tué « je ne sais pas exactement combien, plus d’une centaine d’hommes », et s'envole dans les montagnes du Sinaloa où pousse le pavot qui deviendra de l'héroïne pure, vendue aux USA 41000 euros le kilos, elle dégage, pour le cartel, une marge brute de 1 560 %.  

Je rêve aux graphiques dont à la télévision, Giscard nous régalait.

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