C'est un cas exemplaire que connaît la presse française cette semaine. Depuis la fin janvier, la colère des musulmans redouble partout dans le monde, depuis la parution des caricatures de Mahomet dans un journal norvégien... Un bis repetita, en fait, de la parution en septembre dernier des mêmes caricatures dans la presse danoise... Or, pas une ligne, ou si peu, dans les journaux français, lundi et mardi, jusqu'à ce que "France Soir" décide, mercredi, de les publier, ces caricatures. Et aujourd'hui, le sujet est dans les journaux... Il a quand même fallu qu'il y en ait un qui ose le faire pour que tout le monde s'intéresse sérieusement au sujet... C'est comme ça... C'est le syndrome du merle, vous savez... Ils sont tous sur une branche d'arbre... soudain, un merle s'envole et tous les autres le suivent. Cela dit, ça n'a rien de scandaleux, c'est juste un constat... Et c'est tant mieux que les choses se passent comme ça, car le sujet est passionnant... Sujet de société, sujet de presse... Il met le doigt sur cette notion si importante qu'est la liberté d'expression. Vous le trouverez donc sur toutes les Unes des journaux, ce matin... Avec d'abord "France Soir"... A tout seigneur, tout honneur... Le journal qui a fait bouger les lignes, c'est le cas de le dire... "France Soir" qui titre sur "l'onde de choc", et qui remarque à juste titre qu'en France, le débat sur la liberté d'expression devient national. "En le portant sur la place publique, écrit Serge Faubert, notre journal a le sentiment d'avoir rempli sa mission... L'onde de choc montre combien nous avions raison de sonner le tocsin... C'est notre devoir de journaliste, et nous ne nous déjugerons pas". D'ailleurs, les dessinateurs, comme les autorités, ne devraient pas présenter d'excuses, estime le dessinateur Cabu qui, aux côtés de certains de ses collègues, témoigne dans "Le Monde"... Ce journal donne en effet la parole à ceux dont le métier est de déranger... "Pour moi, toute religion est débile, poursuit Cabu... Il n'y a pas de délit de blasphème en France... On peut critiquer toutes les religions". Plantu, lui, constate qu'il y a de plus en plus une chappe de plomb qui tombe, dès lors qu'on parle de religion... "On ne se rend pas compte à quel point il est devenu impossible de les critiquer", ajoute-t-il. Et tout comme lui, Gotlieb relève que le temps qui passe n'arrange rien à l'affaire, au contraire... "Quand j'ai mis en scène '6 dieux' en scène dans 'L'Echo', en 1973, j'avais un peu la trouille, mais il n'y avait eu aucune récrimination... Eh bien, aujourd'hui, je ne pourrais sans doute plus faire ce genre de BD". Eh oui : c'est ce qu'on appelle le "politiquement correct", l'expression light de la censure. Quant à René Pétillon, il se pose une question : "Mais pourquoi donc l'affaire éclate-t-elle donc maintenant, alors que les dessins ont été publiés il y a belle lurette dans la presse danoise ?"... Eh bien, la réponse est dans "Libé", qui explique que le feu a couvé effectivement il y a 4 mois, et que c'est une délégation de musulmans danois qui l'a attisée, lors d'un voyage en Egypte et au Liban, fin décembre. En fait, la délégation est soupçonnée d'avoir mené une campagne de désinformation, contribuant au rebondissement de l'affaire... Immédiatement, les Danois ont été accusés faussement d'avoir brûlé le Coran... Ce matin, à Copenhague, le Premier ministre du Danemark doit rencontrer les ambassadeurs des pays arabes afin de tenter, une fois de plus, de désamorcer la crise. Et puisque nous avons "Libération" en main, citons ce titre habile : "Les dessins sataniques"... En référence, bien sûr, aux "Versets sataniques" de Salman Rushdie, condamné à mort par une fatwa il y a tout juste 17 ans. Et là encore, ce journal nous alerte sur le progrès à l'envers, au fil du temps... Autrement dit, le recul... Antoine Gaudemard estime que le livre de Rushdie, déjà problématique il y a vingt ans, serait aujourd'hui impossible. Alors laissons le mot de la fin à l'édito du "Monde", parce que, en quelques lignes, tout est dit : "Un musulman peut être choqué par un dessin de Mahomet, surtout s'il est malveillant... Mais une démocratie ne saurait instaurer une police de l'opinion, sauf à fouler aux pieds les droits de l'homme". Demain, dans "Marianne", vous pourrez vous pencher sur un sondage qui marque une nouvelle étape dans l'ascension de Ségolène Royal... Voilà maintenant qu'elle battrait Nicolas Sarkozy au second tour de la Présidentielle... Sondage BVA, qui non seulement bouleverse tout le jeu politique, mais qui sème la panique, estime "Le Parisien", qui en fait son titre à la Une. Phénomène politique peut-être transitoire, mais non prévu, et très spectaculaire, précise ce journal... Mais en tout cas, quelle leçon pour les machos du PS, nous dit Sylvie Kauffmann, du journal "Le Monde"... Tous ces sarcasmes à l'annonce de l'éventualité de sa candidature, à l'automne dernier, montrent à quel point l'idée était sacrilège... Alors est venue la question fatale : "Est-elle compétente ?"... La question se poserait-elle, poursuit Sylvie Kauffmann, pour un homme, énarque, qui aurait à son actif 20 ans de mandats électifs, et trois ministères comme elle ?... A-t-on posé la question à propos de Jean-Pierre Raffarin, lorsqu'il est devenu Premier ministre, s'insurge notre consoeur. Machisme et politique... C'est "L'Humanité" qui, dans la série, épingle le député UMP de Seine-Saint-Denis, Eric Raoult. Mercredi après-midi, raconte ce journal, lors du débat sur le CPE, la députée Verte Martine Billard a longuement critiqué ce dispositif... Ce qui lui a valu d'être traitée par Eric Raoult de "conservatrice", puis de "Verte réactionnaire"... Alors le ton est monté : Martine Billard lui a dit qu'il n'avait jamais travaillé de sa vie... "Comment ça ? a répondu le député, j'ai travaillé autant que vous"... Avant de dire : "Elles sont haineuses, les nénettes !". Oui... Un appel pour la création d'un service civique obligatoire... 10.000 Français et 441 parlementaires, de gauche comme de droite, l'ont signé... Tous souhaitent que chacun d'entre nous acceptent de participer au bien commun en donnant de son temps, en contrepartie des droits que lui garantit la République. En lançant cet appel il y a deux mois et demi, nous pensions trouver un écho, explique "La Vie"... Nous avons provoqué une lame de fond. Max Armanet, bonjour... Rappelons d'abord les principes de ce service civique, s'il existait... * Pourquoi y êtes-vous aussi attaché ?... Merci, Max Armanet... C'est donc à lire dans l'hebdomadaire "La Vie". Maintenant, je vais vous raconter quelque chose qui, à l'heure du petit-déjeuner - je préfère vous prévenir - n'est pas forcément appétissant, mais peut-être est-ce une piste originale et efficace en termes de développement durable. L'affaire est peut-être même très sérieuse... Elle est abordée par le journal "Wired" de San Francisco... Sous le titre : "Economisons l'eau et buvons notre urine". Je vous rassure immédiatement : il s'agit d'une substance totalement débarrassée de ses toxines grâce à la NASA, qui a développé un système de recyclage de l'urine et des eaux usées en eau potable... Une technologie qui pourrait intéresser les pays en voie de développement... Le système pompant près de 20 litres par minute - une journée de travail - permettrait de purifier un volume d'eau nécessaire à un village de 5.000 habitants, pour un mois. Mais revenons au laboratoire américain, qui travaille sur cette innovation... Le reporter Tom McNicol, qui est un très bon reporter, car il sait donner de sa personne, a goûté l'eau, figurez-vous... Issue de son urine... Alors il raconte : "Je prends le gobelet en plastique d'une main tremblante... Je bois une grande gorgée, en m'attendant à un arrière-goût désagréable... Eh bien, non : rien... L'eau a très bon goût... Elle est meilleure, en tout cas, que la plupart des eaux de ville, et assurément moins insipide que beaucoup de bières légères que j'ai pu consommer". Voilà... Quel bel exemple de recyclage !... Une trouvaille lumineuse... Qui montre finalement qu'on peut prendre nos vessies pour des lanternes !

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