Patrick Cohen : Et des interrogations dans les journaux ce matin... Clotilde Dumetz : D'abord évidemment autour de la situation en Egypte. Vos journaux, bouclage oblige, n'ont pas pu relater tous les évènements de la nuit. Mais on en imagine aisément la tonalité puisque les Unes sont émaillées de photos de visages ensanglantés, d'hommes armés qui, à dos de chameau, chargent la foule. Les pro-Moubarak face aux anti-Moubarak... "Guérilla en Egypte" titre Le Parisien-Aujourd'hui-en-France. "Les coups bas de Moubarak" pour Libération. "Moubarak qui lâche ses nervis" pour L'Humanité. "Il assassine son peuple". Et pour Maurice Ullrich, le peuple égyptien a besoin maintenant de la solidarité de tous les démocrates pour ne pas se faire voler sa révolution. Sauf que "le régime rejette toutes les ingérences étrangères" explique Le Figaro. Citation à l'appui du porte-parole du Ministère égyptien des Affaires étrangères qui a appelé les pays occidentaux "à se mêler de leurs affaires". Et un diplomate au Caire de reconnaître que l'efficacité des pressions est une question de dosage toujours très délicat. Alors, on le sait, les Etats-Unis ont envoyé au Caire ce qu'ils appellent un "troubleshooter"... ce qu'on pourrait traduire en français par un "démêleur de situation compliquée"... Il s'agit de Franck Wiesner, 72 ans, vieux routier de la diplomatie. Vous lirez son portrait sur le site de "Rue89"... et vous y apprendrez que du point de vue français, il a une autre caractéristique : il est marié à une aristocrate française, ex-femme de Pal Sarkozy de Nagy-Bocsa. Eh oui, c'est donc l'ex-belle-mère de Nicolas Sarkozy ! Le monde est petit. Patrick Cohen : Le monde est petit, c'est aussi ce que doit penser Michèle Alliot-Marie... Clotilde Dumetz : Il aurait été plus grand, elle aurait peut-être passé ses vacances de Noël ailleurs qu'en Tunisie. Ce qui lui aurait évité de se faire épingler, on en parlait hier, par le Canard Enchaîné pour avoir profité du jet privé d'un proche du clan Ben Ali. Dans Le Parisien, vous lirez que Nicolas Sarkozy est furieux de cette affaire et qu'en privé, il ne décolère pas. Mais ceux qui se déchaînent tout particulièrement ce matin contre la ministre des Affaires étrangères, ce sont les éditorialistes de la presse quotidienne régionale. "Après quinze années passées dans les gouvernements, Madame Alliot-Marie a peut-être perdu tout sens des réalités et toute perception du catastrophique impact sur l'opinion de ses bourdes à répétition" écrit Daniel Ruiz dans La Montagne. "Paradoxalement, c'est en entrant dans un ministère où son professionnalisme était censé faire oublier la diplomatie brouillonne d'un Bernard Kouchner que MAM se prend les pieds dans le tapis de Kairouan" ironise Philippe Waucampt dans Le Républicain-Lorrain. "Malaise, malaise", écrit de son côté Patrick Fluckiger dans L'Alsace. "La polémique n'est pas seulement morale, elle est aussi politique. Pendant que la diplomatie américaine s'active en Egypte, le Quai d'Orsay, lui, reste tétanisé par un énième dossier franco-français de conflit d'intérêt". Plus cruel, Denis Daumin dans La Nouvelle République. Pour lui, cette nouvelle boulette de MAM "réjouira ceux, nombreux à droite, qui pointaient la minceur de son bilan politique... Défense, justice, intérieur, diplomatie, et pas une seule réforme d'envergure à son actif... MAM savait durer, c'était son talent. Il semble qu'elle l'ait épuisé !" Michel Vagner dans L'Est-Républicain de conclure : "L'ancienne présidente du RPR est devenue un boulet pour le chef de l'Etat. Ira-t-il jusqu'à se séparer du maillon faible ?" Patrick Cohen : Politique intérieure toujours. 2012 en ligne de mire. Et dans les hebdos, c'est Sarkozy-Strauss-Kahn cette semaine... Clotilde Dumetz : "Sarkozy-DSK : leurs secrets", c'est dans Valeurs-Actuelles. Pour le magazine, ce sont deux favoris sous pression. "Sondages en berne, chômage en hausse, rigueur en vue. Sarkozy peut-il vraiment rebondir ?" Quant à DSK, "saura-t-il composer avec son image de candidat PS préféré de la droite ?" Et un peu de politique fiction dans Valeurs Actuelles avec Christine Clerc qui imagine : "Et si Sarkozy ne se représentait pas ?" Et avec Catherine Ney qui analyse : "Pourquoi DSK n'ira pas". Ce qui est sûr, c'est que les deux hommes se côtoient et s'apprécient depuis vingt ans. C'est ce que vous lirez dans Le Nouvel-Observateur. C'est une enquête signée Ariane Chemin et intitulée : "DSK dans l'œil de Sarko". Et la journaliste raconte : "Longtemps, ils se sont appelés Nicolas et Dominique. Ils s'embrassaient quand ils se croisaient. Dans les années 90, les Strauss-Kahn et les Sarkozy dînaient chez les Bouygues ou pendaient la crémaillère chez Jacques Attali. Aujourd'hui, si les deux hommes se tutoient toujours, la situation s'est un peu tendue : les proches de DSK ont noté que leur patron disait désormais "Sarko" ou "l'autre". Et "l'autre", il se demande s'il ne s'est pas trompé en soutenant la candidature de DSK à la tête du FMI. Et c'est Pierre Moscovici qui analyse : "Sarko a joué au poker, mais la crise a changé la donne. Le FMI qui aurait du être un placard doré est devenu un marchepied". Alors du coup, raconte Ariane Chemin, dans l'entourage de Sarkozy, on concocte un plan anti Strauss-Kahn, avec l'idée de le discréditer avant la Primaire socialiste. Ce sont toutes les petites phrases du genre : "c'est un jouisseur, il aime trop la vie, il s'ennuierait à l'Elysée". Ou encore : "à côté de lui, j'aurais l'air d'un pasteur méthodiste" glissé en souriant par le président de la République. Du coup, aujourd'hui, l'un des complices de DSK explique que ce dernier surveille tout. Exemple sur le perron de l'Elysée, lors de sa visite en novembre, DSK a gardé sa main bien au fond de sa poche. Certains ont pris ça pour une preuve de décontraction... c'était en réalité une parade. Surtout ne pas laisser le chef de l'Etat lui donner une de ces accolades d'acteur américain qu'il affectionne ! Patrick Cohen : A lire également ce matin, ce rapport de la Cour des comptes sur le port de Marseille... Clotilde Dumetz : "Un rapport accablant" note La Provence sur place... et Le Figaro résume ainsi ce matin : "Comment la CGT ruine le port de Marseille". Un rapport publié au beau milieu d'un nouveau conflit social et qui dénonce les conséquences du face à face entre la CGT et le port. Salaires, primes, temps de travail : un inventaire édifiant. Edifiant, par exemple, le temps de travail des portiqueurs. Ces conducteurs d'engin, compte-tenu des absences et de la règle dite du "fini-parti", travaillent... 14 heures par semaine à Fos... 12 heures à Marseille. Vous lirez également dans Le Parisien et dans La Croix que le sport ne facilite pas toujours l'intégration. Il n'est pas la solution miracle dans les cités. C'est une étude présentée aujourd'hui au Sénat et qui montre que le sport citoyen a souvent perdu sur le terrain, confronté au sport business. Je vous signale aussi, ça s'appelle du copinage, le portrait de Ben en dernière page de Libération. Un portrait qui s'intitule : "Bouffon tout chiffon"... et c'est bien lui ! Pour finir, et pour rire, c'est dans le magazine "TechnikArt", cet article intitulé : "Les ministres à bombasses". "Elles s'appellent Pauline, Yasmine, Valérie, Emmanuelle. Elles, ce sont les divines femmes de ministres qui, dans le sillage de Sarkozy, rivalisent pour savoir qui aura la plus belle". Mais que signifie, s'interroge "TechnikArt"... que signifie réellement ce concours de coqs au sommet de l'Etat ? Alors, il paraît que c'est un rituel culturel de droite. Et pour le psychanalyste Jean-Jacques Moscovitz, cette nouvelle façon d'incarner le pouvoir politique en exhibant sa sexualité, est le pendant d'un contexte public et politique d'impuissance ! Et résumé avec les mots de la science, ça donne : "Les ministres sont comme les sultans d'un harem, ils semblent vouloir nous dire "regardez comme on jouit".

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