(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le sucre et le sang

(Bruno Duvic) La nouvelle est à la Une du Monde : le sucre, comme le tabac et l'alcool est dangereux pour la santé.

Ce ne sont pas des ayatollahs des régimes minceur qui le disent, mais 3 scientifiques qui viennent de publier une étude dans la respectée revue Nature.

Diabète, obésité, maladie du cœur... 35 millions de personnes meurent chaque année de maladies non transmissibles dans le monde. Les scientifiques de San Francisco confirment le lien avec la consommation de sucre.

Et ses propriétés induisent une dépendance, avec des effets comme l'atténuation du signal de la faim, l'interférence sur le sentiment de satiété, la diminution du plaisir procuré par les aliments qui encouragent à consommer encore davantage de sucre.

Comme l'alcool et le tabac, il faut encadrer et taxer sa vente, bien plus qu'on ne le fait aujourd'hui.

Une fois ce crochet au foie encaissé à la lecture du Monde, il faut entrer un peu plus dans les détails. La nature du sucre a son importance. Dans sa composition, le fructose et le glucose. Accusé : le fructose. Pas celui que contiennent naturellement les fruits, celui qui est utilisé comme additif.

20 à 30 grammes de fructoses par jour dans nos fruits. Jusqu'à 150 dans les sirops utilisés par l'industrie. Ce qui est en cause, ce sont donc les sodas, les barres coupe-faim, les plats fast-food. "Le fructose exerce sur le foie des effets similaires à ceux de l'alcool" dit encore cette étude.

Autre parallèle établi par Le Monde , la filière sucre est un puissant groupe de pression, comme les fabricants de cigarette.

"On ne pourra pas dire qu'on ne savait pas", écrit Le Monde .

Après le sucré, l'amertume en Egypte

Amertume et odeur de sang. 74 morts mercredi soir dans le stade Port Said et une police dépassée, ou passive, les jours à venir le diront peut-être.

En tout cas ce ne sont pas des supporters lambda qui ont été agressés. Le club du Caire al Ahly, c'est le Real Madrid africain et ses supporters ultra ont été parmi les bras armés de la révolution.

Avant même le drame de mercredi, le magazine Yards , qui mélange sport et grand reportage consacrait la couverture de son numéro d'hiver à cette bande de supporters hors norme, 5 à 10.000 membres actifs. Virilité, violence et rebellion; "Nous avons été les premiers à répondre en Egypte à la brutalité policière par la violence" dit l'un de ces ultras à Mathieu Ropitault, dans ce reportage.

Il les a suivis dans le bus dans les cafés, au stade. Depuis leur création en 2007, ils croisent le fer avec le ministère de l'Intérieur. Et le club lui même a une tradition de rébellion : il était né en 1907 comme un défi à l'occupation anglaise, les clubs coloniaux n'acceptaient pas les joueurs égyptiens.

L'article fourmille d'anecdotes, comme ce refrain des supporters, repris sur la place Tahrir "Je ne crains plus la mort. Au milieu de votre terreur, mon cœur a vu que le soleil se lèvera de nouveau". "Les ultras égyptiens sont des adolescents qui ont trouvé dans le soutien d'un club de foot un moyen d'identification dit un spécialiste des sociétés arabes dans les colonnes de Yards . Le phénomène reflète le besoin d'appartenir à un groupe social pour cette jeunesse marginalisée.

« La révolution est en deuil », titre ce matin Libération

"Ce match est la parabole d'un pays qui se regarde sombrer" dit l'ancien directeur du centre jésuite du Caire.

Amertume aux pays des révolutions arabes, le temps où l'avenir n'était que miel et sucre semble révolu. Le Nouvel Observateur enquête sur les droits des femmes en danger en Tunisie.

Le feu du désespoir est toujours là. L'Algérie est-elle gagnée à son tour ? « Vagues de suicides par le feu » dans le pays, titre Le Figaro . De violentes émeutes ont éclaté dans l'Ouest après l'immolation d'un jeune vendeur à la sauvette.

Les combats aux portes de Damas en Syrie. Et cette histoire à propos de l'Iran dans le Herald Tribune .

Cette semaine, le régime organisait une opération de bourrage de crâne. Une conférence à Téhéran pour marquer du tampon islamiste les révolutions arabes. La conférence a commencé avec des images de la révolution de 79 qui a porté Khomeiny au pouvoir, comme pour l'inclure dans la série. Et puis tout d'un coup un jeune homme dans l'assistance a brandi un panneau "Syrie" avec un point d'interrogation. Il n'en avait pas été question. Le panneau a recueilli des applaudissements, certains ont chanté "God, Freedom and Syria". Ca n'est pas allé plus loin, mais tout de même, les journalistes ont été priés d'aller voir ailleurs.

Entre sucre et le sang, il y a une place pour le pétrole.

Dans Courrier International vous lirez une enquête de La Gazette de Cotonou qui a obtenu le prix Daniel Pearl du jounalisme.

Enquête sur les pirates en Afrique de la côte somalienne au Bénin en passant par le Nigéria et le Kenya.

"Tous les pirates ne sont pas criminels", c'est le titre. Violence, blanchiment d'argent, mafia, mais aussi aide sociale. Exemple de ce contrebandier de pétrole au Bénin qui possède une entreprise de micro-finance et prête de l'argent aux femmes qui veulent monter des stands de pain ou aux jeunes qui s'achètent une moto-taxi. Il n'est pas très regardant sur les remboursements. Les contrebandiers prospèrent là où l'Etat est impuissant. Au Bénin, 70 à 80% des importations de carburant passent par la contrebande.

Deux tranches de vie pour finir.

Vous avez le choix entre gigot saignant et tasse de thé avec un tout petit peu de sucre

A la veille de l'ouverture du tournoi des 6 nations, le nouveau sélectionneur des bleus, Philippe St André raconte dans L’Equipe la vie d'un joueur de rugby à son époque, 1989 et années suivantes, avant le professionnalisme, la diététique et le suivi scientifique des rugbymen.

A l'époque le centre d'entrainement ce n'était pas le moderne Marcoussis mais un relais de chasse propriété de Ricard. Les remplaçants dormaient dans les écuries. Et les bonnes blagues consistaient à mettre des têtes de sanglier dans les lits des joueurs et à couper l'électricité.

Pour la « cup of tea », vous pouvez aussi passer la troisième mi-temps avec la Reine d'Angleterre. 60 ans de règne lundi prochain. Numéro collector cette semaine dans Point de Vue et une double page signée Marc Roche dans Le Monde , avec ce titre "La Reine sa cour".

Le Monde s'est glissé dans les coulisses de cette souveraine de 85 ans, incarnation même du conservatisme. Elle travaille assise au même secrétaire Chippendale depuis 1945 dans son bureau aux couleurs vert menthe et or.

Le courtisan est loin du marquis poudré et plumé de Versailles, c'est une sorte d'éternel commis de l'Etat à l'anglaise, affable discret qui agit dans l'ombre.

Au fait, quel est le vrai pouvoir d'Elizabeth 2 ? Marc Roche écrit ceci : « Elle est Reine de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord, chef du Commonwealth et de l'église anglicane, commandant en chef des armées. Elle ne règne en fait que sur les cygnes, les baleines et les esturgeons de son royaume. Mais en incarnant la nation sans détenir les leviers du gouvernement, la souveraine assure à la démocratie parlementaire un équilibre inégalé. »

Bon week-end !

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