Ils n'ont pas mauvaise presse ce matin les participants à la manif pour tous dans les rues de Paris et Lyon... Qu'on soit d'accord ou pas avec eux, qu'on les aime ou pas, il faut les entendre. C'est la première idée qui revient régulièrement dans les éditoriaux. "Le pire serait de balayer d'un revers de la main cette manifestation, écrit Yann Marec dans Midi Libre. François Hollande, élu sur l'idée dune France fracturée sous Nicolas Sarkozy, doit trouver les mots pour recoller les morceaux d'une République aux pieds d'argile" "Pas de slogans haineux, racistes ou antisémites, point de violence, ajoute Jacques Camus dans les journaux du Centre, mais une mobilisation pacifique sous des bannières roses et bleues. Rien qui justifie les sévères avertissements préventifs d'un Manuel Valls diablement soupçonneux."

C'est le deuxième point qui revient dans les éditos, sous forme de question : Le gouvernement n'en fait-il pas un peu trop, sur le thème "la République en danger" ? Pour Raymond Couraud dans L'Alsace, "Le zèle déployé par le gouvernement à présenter la société française comme une masse aussi arriérée que réactionnaire est aussi caricatural que maladroit"Sur ce thème, Paul-Hanri du Limbert y va à la grosse Bertha dans son édito du Figaro : "Bientôt il va faloir inscrire dans la constitution que qui s'oppose au parti socialiste est un ennemi de la République et doit être chatié."

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Une parisien © Radio France
« La manif pour tous réussit son pari », titre Le Parisien-Aujourd’hui en France. Le Figaro et Ouest France à la Une insistent sur le caractère pacifique et calme des défilés. Représentent-elles pour autant la société française, les 100.000 personnes qui défilaient hier selon la police, plus de 500.000 selon les organisateurs ? Non, et loin de là, répond Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées. « C'est un univers circonscrit qui, de manif en manif, n'élargit pas ses rangs et se parle d'abord à lui-même en prétendant qu'on ne l'écoute pas. » « Manif pour tous, le harcèlement », titre La Dépeche du Midi.

Dans Sud Ouest, Yves Harté tente de circonscrire ce mouvement.

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Une Ouest © Radio France
« France traditionnelle, bousculée dans ses valeurs, ses certitudes (…) Croire qu'elle est un bloc monolithique serait mensonger. On y trouve des mouvements d'extrême droite, qui ne pourront jamais admettre que la gauche puisse accéder au pouvoir. Ils côtoient d'autres manifestants du même bord, impossibles à caser dans le même moule, tant leur préoccupation et leurs obsessions sont différentes. Un seul mot les rassemble : exaspérés, face opposée des Indignés. »

Exaspérés ou réactionnaires ? C'est « Le réveil de la France réactionnaire » pour Le Monde sorti samedi et toujours en kiosque ce matin. « Société civile de droite, traditionnaliste, catholique militants, ils dénoncent une phobie de la famille au sein du gouvernement ». « Il s'agit simplement pour eux de rappeler l'idée qu'ils se font de la vie », explique l'édito du Figaro. Familiphobie, vraiment au gouvernement ? Ce n'était pas la grande manif hier, selon la Une de Libération, c'était « La grande manip ».

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Une libé © Radio France
« La famille, écrit François Sergent dans l'éditorial est au centre de l'intime de chacun, ses croyances, son éducation, sa sexualité. La famille ou son refus doit rester le lieu absolu de cette liberté. Rien dans les lois passées par ce gouvernement ou en préparation ne change ce postulat. Les manifestations de dimanche restent fondées sur des mensonges. Comme la pseudo théorie du genre qui seraient enseignée aux petits-enfants.» Après jour de colère, « Jour de chimère », titre encore Libération.

Manque de pédagogie du gouvernement alors, manque de clarté ? « Les choses seraient plus claires si Najat Vallaud-Belkacem n'avait entonné les louanges de la théorie du genre, écrit Olivier Mazerolle dans La Provence. Certes, la prochaine loi sur la famille ne prévoit pas d'autoriser la PMA, procréation médicalement assistée. Mais les choses seraient plus claires si le gouvernement disait être opposé à tout amendement parlementaire en ce sens (ce qu’a fait ce lundi matin Manuel Valls sur RTL ndlr). Et si la composition du comité national d'éthique dont François Hollande promet de respecter l'avis n'avait pas été réformée récemment à son initiative. » Clair ou pas le gouvernement sur ces questions ? La ministre de la famille aimerait manifestement que la majorité soit plus offensive et assume pleinement ses choix : « Nous n'avons pas à nous excuser d'être de gauche », dit Dominique Bertinotti à Mediapart. Droite et gauche dans la mêlée, jusqu'à quel point ? « Comment le PS piège la droite » à la Une de L'Opinion. « En contribuant à jeter dans la rue des dizaines de milliers de partisans d'une vision traditionnelle de la famille, la majorité embarrasse l'UMP, écartelée entre libéraux et conservateurs. »Hier pour l'Echo de Haute vienne, « Les droites étaient dans la rue. » Oui, mais quelles droites ? On notera que dans une partie des journaux, les éditorialistes placent UMP et FN sur le même plan après la manif d'hier : pas certains de vouloir accompagner le mouvement, pas envie de le laisser s'échapper.

Dans L'Opinion, le politologue Thomas Guénolé résume le dilemme pour l'UMP à quelques semaines des municipales : « Reprendre les revendications de la manif pour tous comme message principal est le moyen le plus sur de perdre les élections, mais dénoncer publiquement ce discours c'est perdre les voix nécessaires pour passer le premier tour. » Comme beaucoup de mouvements sociaux ces dernières années, celui-ci échappe aux partis. « Cette France réac qui veut peser dans les urnes » selon Mediapart, c'est une « street party », écrit Marine Turchi. "Faillite de la politique, écrit Patrice Carmouze dans L'Eclair des Pyrénées, politique dont l'un des rôles primordiaux, dans une démocratie est de parvenir à évacuer les tensions qui secouent une société. » Manif contre manif. A la Une de L'Humanité, « Riposte à l'obscurantisme ». Dossier sur les manifestations, principalement en Espagne contre le projet de loi de qui limite très strictement le droit à l'IVG de l’autre côté des Pyrénées. Autorisée seulement en cas de danger prouvé pour la santé physique ou psychologique de la femme ou après un viol ayant fait l'objet d'une plainte.

Interview de l'écrivain Annie Ernaux, qui avait publié un texte sur un avortement clandestin subi en 1964. « Est-ce si impensable d'imaginer le retour vers l'avortement clandestin ? On ne sait plus ce que subir un avortement clandestin veut dire. On sait que l'on peut en mourir mais on affronte quand même la mort. Comprendre ce que c'est qu'être totalement dans l'illégalité, dans la quête d'une personne pour vous donner l'adresse d'une avorteuse ou pour vous prêter de l'argent. Une femme dans mon quartier à Yvetot a été trouvée morte sur la table, elle avait deux enfants. La nuit du 20 au 21 janvier 1964 est devenue une date anniversaire pour moi. Je me suis fait traiter comme une moins que rien. Le médecin appelé par le concierge de la cité universitaire m'avait pris le menton, et, en me tutoyant me demandait de lui jurer de ne pas recommencer. J'ai toujours été persuadé que rien n'était jamais gagné pour les femmes. »

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