L'étrange charge de Mediapart contre le Masque et la Plume taxé de misogynie et plus encore, comme si des mots lâchés dans un débat culturel portaient le même poison que des agressions sexuelles. On cherche la vérité dans la Croix, on fait l'éloge du lent dans Sud Ouest. Le Monde raconte les recalés de l'immigration.

On parle de beauté ce matin...

Et (pardonnez moi) on parle de monstres et pourtant on parle d'êtres humains, des jeunes femmes qui veulent contrôler leur apparence et qui pour cela vont au cabinet de chirurgie esthétique, mais là me dit le Figaro, elles montrent sur leur téléphone portable des photos de vedettes ou d'influenceuses, et elles disent, voilà docteur, "c'est la bouche, la jaw line, la ligne de la mâchoire que je veux", comme si elles désignaient une coupe de cheveux...  

Et toutes et chacune demandent à être refaites selon les canons de l'époque, et je pense à Frankenstein et à des corps cousus.

  • Le grand front de Lily Rose Depp
  • Les sourcils fournis de Kendall Jenner
  • Le regard de la top model Bella Hadid
  • Le nez droit de Hailey Bieber
  • La bouche pulpeuse d'Emily Ratajkowski

Le Figaro montre ce collage, il me dit l’unification de la crème de l'espèce via les réseaux sociaux et le bistouri , et il dit les tortures.

Pour ne plus avoir le visage rond mais triangulaire androgyne puisant, des jeunes femmes se font affaiblir les muscles de la mastication, on leur avance le menton à l'acide botulique, on leur enlève les boules de graisse au creux des joues et l'os de la pommette alors avance  la marque des clones de la beauté.

Dans le Parisien, je lis étrangement que la poupée Barbie elle a décidé de défendre la diversité, on la trouve chauve ou bien noire à la peau parsemée de taches décolorées, Barbie atteinte d’une maladie de peau.

A mon angoisse dédaigneuse je redoute le conformisme de mon âge.

J'ai curieusement la même sensation en lisant Mediapart, qui ne parle pas de beauté mais de bonne tenue langagière, et qui m'inspire le même malaise devant une époque où tout se lisse.

Je parle ici d'un long article qui parle de nous France Inter, et de notre plus ancienne émission, « le Masque et la plume, » où chaque dimanche une bande de critiques joyeux ou fâchés goûtent, croquent, déchiquettent théâtralement littérature et cinéma. Dans leur enthousiasme ils manquent parfois de finesse et récemment ont plus aimé un film de Woody Allen et un autre de Polanski, qu’ils n’ont commenté les accusations qui entourent leur auteurs...

Des auditeurs s'en plaignent parfois, Mediapart en fait procès.

Ayant écouté 96 émissions, le journal affirme que le Masque est coupable de manière récurrente de sexisme, de misogynie, voire d'homophobie et de préjugés raciaux... La preuve par quelques blagues prises sur le vif et au premier degré et qui feraient système.

Chacun peut en juger. Personnellement, ayant lu et écouté, je trouve cela faux et forcé. Mais le débat est libre, l'article de Mediapart a été salué hier sur les réseaux sociaux.

L'affaire est en tous cas intéressante pour ce qu'elle révèle, sur l'état des disputes en France. L'article est signé Marine Turchi, grande enquêtrice de Mediapart, qui a notamment accompagné les révélations d'Adèle Haenel. Et on est frappé de lui trouver contre "le Masque" la même fièvre minutieuse... Comme si des hoquets de rire et de langage, fruits d'une conversation poussée aux exagérations et dont le patron de l'émission, Jérôme Garcin, bonne pâte, reconnait être parfois désolé, étaient aussi graves, valaient le même traitement, portaient le même poison que l'emprise et les atteintes sexuelles supposées d'un adulte sur une jeune comédienne...

Et s'il est ce matin une révélation dans Mediapart, elle est ici. Nous vivons ce moment où l'on passe du procès des individus au procès des mots, et des intentions qu'ils révéleraient, en dépit de leurs auteurs.

On cherche la vérité dans la Croix...

Et dans une époque confuse et de conflits, un journal à la fois apaisé et de conviction forte se donne cette ambition, pendant deux semaines : dans ses pages débats, interroger, chercher quelle vérité nous rassemble. Ce ne sont pas des textes faciles, c'est d'autant plus précieux. La Croix fait débattre deux philosophes le catholique Rémi Brague et le protestant Olivier Abel. Ils redoutent l'un comme l'autre les vérités de confort que l'on choisit et que l'on entretient dans des communautés virtuelles où chacun pense pareil, et aussi l’immédiateté de l'époque, quand le vrai se réduit au plus efficace...

C'est la même quête dans Sud-Ouest, édition charentaise, où un professeur à l'université de la Rochelle, Laurent Vidal réhabilite cette lenteur qui fut un mot stigmate posé sur les peuples soumis, conquis, asservis au fil des siècles par notre civilisation agitée… Et désormais épuisée.

Il est bon de lire cet éloge du lent, quand le Monde me raconte la souffrance en Côte d'Ivoire de ceux qui n'ont pas réussi à migrer vers l'Europe, quand dans Ouest-France on me raconte des sculpteurs bretons partis enseigner au Népal, l'art de la sculpture des gargouilles, pour que naisse une activité là-bas et qu'on ne parte plus au Qatar se faire exploiter...

Quand vrombissent les candidats aux primaires démocrates, qui débutent dans l’Iowa, le Monde encore raconte un vieil Etat où pousse du maïs et que balaient des vents glacés, où John Wayne a un musée, où l'on déguste des lanières de bacon et où peut se dessiner le destin du monde. Un jeune électeur, Kevin a assisté à 120 meetings et sa maman s’agace : "Tu ne choisis pas un Dieu, tu choisis un humain, aucun ne marchera sur l'eau, alors choisis un de ces fichus candidats et passe à autre chose." Laisse-lui le temps, Mummy !

Et des insectes pour finir...

Les chenilles processionnaires du pin, qui nous "urtiquent" et qui prolifèrent par la douceur de l'hiver, m'assure le Bien public, mais à Chartres on les combat me dit l'Echo républicain par les mésanges qui sont leurs prédateurs, on construit des nichoirs sur les arbres de la ville pour les attirer. 

Nous vivons donc aussi de choses simples, animales et humaines.

Un chien australien dans Libération dressé pour repérer les koalas qu'il faut sauver.

Des rugbymen qui renversent l'Anglais à la une de l'Equipe et un pub irlandais à Tours dans la Nouvelle république, où la France a été fêtée, c'était la Saint Patrick.

Une splendide cycliste couverte de boue et de pluie, Marion Norbert Riberolle, dans l'Est éclair et Libération Champagne, championne du monde de cyclo-cross des moins de 23 ans.

Et dans la Provence je vois un autoportrait de Van Gogh, réalisé à Saint-Rémy de Provence en 1889 et exposé à Oslo, et qui a enfin été authentifié. Vincent a le regard en biais et semble m'épier depuis ses cauchemars, il s'était surmené, ses crises l'emportaient, son génie et son visage n'étaient semblable à nul autre. 

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