Je ne vais pas vous surprendre en vous disant qu'aujourd'hui encore la couleur dominante de vos journaux, c'est le bleu. Bleue comme la une du "Parisien-Aujourd'hui en France" qui titre sur une "France tout en bleu". Bleu roi pour le roi Zidane qui, comme le dit "Libération", a été impérial samedi. "Tous Bleus", selon "La dépêche du Midi" qui voit la France chavirer derrière son équipe de football. "Des Bleus zénormes", titre "La Charente libre". Zénormes, avec un 'z' comme Zidane. "Huit ans déjà que la fièvre bleue du magicien Zizou a rendu folle toute la France", s'exclame Sébastien Wargnier dans "La Voix du Nord". Zidane a fait des Bleus de 2006 une équipe à son image : humble, travailleuse, brillante et terriblement intelligente. Comme le titre "L'Equipe", au-dessus d'une photo de Zidane sur fond de Champs-Elysées en fête : "la France retrouvée". La qualification des Bleus, samedi, pour la 5ème demi-finale de Coupe du monde de leur histoire a scellé leurs retrouvailles avec le pays, dans une atmosphère de liesse digne de 1998. "Incroyable mais vrai, s'étonne "France-Soir", voilà les Bleus en favoris !"... "Eh oui, il y a comme un parfum de finale, rappelle "L'Humanité". "On se prend à rêver d'une finale France-Allemagne, prédit Dominique Garaud dans "La Charente libre", d'une revanche à la loyale du Mondial 82 à Séville, quand la République fédérale avait rudement barré la route du titre aux artistes de la bande à Platini". On n'en est pas là parce qu'il faut battre le Portugal. "Mais la force est en eux", nous dit "Le Figaro". Et l'éditorial de "L'Equipe" s'interroge: "Qui sait vraiment comment une équipe sans âme parvient à se transformer en équipe sans états d'âme ? Qui sait comment un collectif renfermé sur lui-même parvient à incarner l'espoir de tout un peuple ? Les Français sont dans la rue, heureux, le soleil brille, écrit "L'Equipe". Il suffisait de presque rien mais c'était presque tout". "Le Parisien Aujourd'hui en France" consacre 11 pages à "cette victoire qui remonte le moral des Français". Ségolène Royal affirme qu'elle avait prévu qu'ils gagneraient contre le Brésil. Elle a regardé le match en famille avec François et les enfants. "C'est un grand moment de fierté, de joie collective, mais, dit-elle, je ne crois pas que cela change la face du monde". "C'est une bonne image à l'étranger", pense le comédien Franck Dubosc. "Cela peut nous réconcilier avec la mondialisation, estime Michel-Edouard Leclerc, le président des hypermarchés qui portent son nom. Ces confrontations avec des étrangers permettent de relativiser la compétition économique, explique-t-il. Je n'y vois que du bien pour l'économie française." "Eh oui, reprend Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, depuis samedi soir, 23 heures, l'actualité française n'a plus la même odeur la même saveur, les mêmes repères. La percée des Bleus a brutalement relativisé toutes les polémiques politiques, économiques et sociales qui nous ont tenu en haleine depuis des mois. Une sorte d'électrochoc a tout a coup magnifié l'équipe de France de football et pétrifié tout le reste". "On l'avait assez dit et répété avant que ne débute le mondial, dit Dominique Valèse dans "La Montagne": le comportement des Bleus dans cette compétition influera sur le moral du pays. Le football sera érigé, cette semaine, en grande cause nationale et en suprême médication contre la déprime". Et Sébastien Lacroix ose dans "L'Union" ce mariage de couleurs : "Grâce aux Bleus, les Français voient la vie en rose. En un rien de temps, dit-il, ils ont retrouvé le goût de la fête, le goût d'être français et ils rêvent d'être à nouveau les maîtres du monde. C'est qu'ils en avaient besoin, les Français, de cet enthousiasme collectif qui les transporte bien loin des tracas habituels. Une sorte de dopage national euphorisant, sans le moindre état d'âme vis-à-vis des démons de l'économie libérale et capitaliste. Curieux, s'étonne Sébastien Lacroix, comme tout à coup, ce que le Français honnit en temps normal s'efface au premier coup de sifflet : la mondialisation, l'omniprésence des sponsors, l'exaltation de la nation, la starification d'une poignée de sportifs payés des sommes hallucinantes, la guerre des chaînes privées. Une peinture d'apocalypse en temps normal. Un détail pendant le Mondial. Comme quoi, conclut Sébastien Lacroix, les convictions politiques ne pèsent pas lourd face à l'émotion du sport. Enfin, tant qu'on gagne"... Même pour l'économie, le numéro 1 de l'automobile mondiale, General Motors, vient chercher son salut auprès d'un Français, Carlos Ghosn, à la fois PDG de Renault et de Nissan. L'alliance entre Français et Japonais pourrait s'ouvrir au constructeur américain en crise. Carlos Ghosn, selon "les Echos", se dit prêt à engager des discussions si les conseils des trois constructeurs donnent leur feu vert. Il aurait ainsi l'occasion de devenir le chef d'orchestre de la plus grande alliance automobile de la planète. Mais attention aux géants ! Regardez EADS, "c'est la valse des patrons, titre "Le Figaro" parce que Noël Forgeard, co-président de la maison-mère d'Airbus, est démissionné et il est remplaçé par Louis Gallois qui cède la tête de la SNCF à Anne-Marie Idrac, présidente de la RATP qui, elle-même, laisse son siège à Pierre Mongins, le directeur de cabinet de Dominique de Villepin. Ce que "Libération" traduit en deux titres : "Forgeard descendu en plein vol" et "Gallois, le roi du rail, prend l'air". "On ne joue pas avec Airbus, l'entreprise emblématique de la force de frappe industrielle de l'Europe, affirme Camille Olivier dans "Le Républicain lorrain". Il fallait donc rapidement rétablir un climat de confiance pour que Boeing ne profite pas des ennuis de son grand concurrent". Camille Olivier, qui pense que Louis Gallois, c'est l'assurance que l'entreprise est mise en de bonnes mains. Il rappelle le jugement du secrétaire général de la Fédération des cheminots CGT sur son PDG : "un grand commis de l'Etat intègre et désintéressé". Oui, mais une expression revient dans tous vos journaux, des "Echos" à "La Tribune", en passant par "L'Est républicain", celle des "chaises musicales"... Vous savez, le jeu où on doit s'asseoir dès que la musique s'arrête. Un jeu de chaises musicales qui amène Dominique de Villepin à changer de directeur de cabinet. "L'onde d'EADS va jusqu'à Matignon", s'étonne Michel Noblecourt. Et Pierre Taribo reprend dans "l'Est républicain" : "la nomination de Pierre Mongins, le directeur de cabinet de Dominique de Villepin, à la présidence de la RATP ressemble à un parachute attribué à un bon serviteur dont le départ va laisser un gros vide à Matignon. Mais en recasant son plus fidèle collaborateur, Dominique de Villepin n'a rien inventé. Il ne faut pas voir le diable là où il n'est pas, s'insurge Pierre Taribo, le départ de Noël Forgeard ne choque personne et, excepté celle de Pierre Mongins, la connotation politique des nominations n'est pas évidente". Ce n'est pas l'avis de Gilles Sengès, dans "Les Echos", qui s'inquiète de cette "tradition bien française où les nominations sont plus inspirées par la politique que par les compétences". Comme souvent, "Libération" joue sur l'actualité décalée et enquête sur un crime impuni. Comment Paris a laissé filer les mercenaires responsables du bombardement de Bouaké, en Côte d'Ivoire, bombardement qui avait fait neuf morts parmi les soldats français, en novembre 2004 ? Les mercenaires, auteurs des bombardements, avaient été arrêtés au Togo, puis relâchés sans que Paris n'y fasse obstacle. Une question que "Libération" a posé à Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Défense. Elle explique d'abord pourquoi les mercenaires n'ont pas été arrêtés juste après le bombardement. "Parce que, dit-elle, l'aéroport de Yamoussoukro était tenu par l'armée ivoirienne et que les forces françaises, moins nombreuses, ne pouvaient pas investir l'aéroport". Quant à l'arrestation des mercenaires au Togo, dix jours plus tard, la ministre précise qu'à ce moment, "nous n'avions pas établi les recoupements qui auraient permis de savoir qui devait être recherché. Nous ne pouvions donc ni les interroger, ni les arrêter car, pour les entendre et les extrader, il aurait fallu que nous disposions d'un mandat d'arrêt international, ce qui n'était pas le cas". Enfin "La Croix" fait sa une sur le congé dépendance. Un congé de soutien familial ouvert à ceux qui s'occupent d'un parent âgé en perte d'autonomie. Le gouvernement devrait l'annoncer aujourd'hui, à l'occasion de la Conférence de la famille. Marie-Louise Roubeaud s'en réjouit dans "La dépêche du Midi". "Tout part, selon elle, de l'été peu glorieux de la canicule. La culpabilité a du bon, dit-elle, dans la mesure où elle nous fait progresser. Depuis 2003, les mesures se multiplient pour pallier la solitude d'une population en marge du monde productif et pour favoriser la solidarité des générations. La Conférence de la famille promet d'aider les aidants familiaux, des salariés qui souhaitent soigner un proche à domicile et qui peinent et s'épuisent à trouver une solution viable pour eux et leur malade en fin de vie. Il est urgent de bien faire, dit-elle". "La Croix" nous parle plus longuement de ces personnes qui vont jusqu'à renoncer à leur travail ou risquer leur santé pour rester auprès de leur parent. Et puisqu'on avait commencé cette revue de presse par une discussion très Café du commerce sur "Bravo les Bleus !", sachez justement que la fumée des cigarettes chasse les Français du bistrot. Selon une étude révélée par "France-Soir", 60% des Français veulent une interdiction totale du tabac dans les cafés. Que de fumée dans les bars ! Il paraît que deux sur trois violent la loi Evin qui oblige, depuis 92, les établissements à disposer d'espaces non-fumeurs. Cela dit, quand ces cafés ont un écran géant où l'on peut regarder France-Brésil, on se soucie moins des nuages de fumée.

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