"Il existe, comme ça, des jours miraculeux dans l'histoire du monde... Il y a des jours où l'actualité sait s'habiller de couleurs chatoyantes... C'est important d'apprécier ces jours-là"... Dans La Presse de la Manche, Jean Levallois ne cache pas sa joie, après l'annonce de la libération d'Ingrid Betancourt... une joie partagée par toute la presse, dont la plupart des titres ont réussi à chambouler leur Une, tard hier soir... Une joie affichée par un seul mot... "Libre !"... C'est le titre qui revient le plus souvent, sur une photo de l'ex-otage à sa descente d'avion à Bogota... "Ingrid Betancourt est libre... Ces mots d'une totale simplicité expriment pourtant un bonheur incommensurable", écrit Jacques Camus dans La République du Centre... "C'est la victoire d'Ingrid, et nous y puisons des raisons d'espérer... Sa victoire permet d'affirmer que les valeurs de solidarité et d'engagement universel pour une noble cause peuvent être plus fortes que tout"... Un "bonheur" salué, dans Le Figaro, par Etienne Mougeotte... "bonheur de revoir Ingrid Betancourt enfin libre, après plus de six ans de martyre... On se plaît à rêver au bonheur d'Ingrid et des siens"... "C'est Noël en juillet"... une réaction parmi d'autres, rapportée par Le Parisien-Aujourd'hui en France... la réaction de Florence Aubenas, ex-otage en Irak... Un soulagement souligné ce matin par toute la presse européenne... "Le sourire d'Ingrid Betancourt", affiche le Financial Times... "En Colombie, l'otage Ingrid Betancourt est libre", rapporte Die Welt... En Italie, le Corriere della Sera et La Repubblica rapportent, en Une, les premiers mots de la Franco-Colombienne à sa descente d'avion : "Je rends grâce à Dieu et à l'armée"... "Libre"... C'est le seul mot en titre du Courrier de Genève... Et toujours en Suisse, Le Temps rappelle la phrase qu'elle avait prononcée quelques jours avant son enlèvement : "No mas secuestros !" (plus jamais d'enlèvements)... une phrase qui retentit de plus belle pour Le Temps... qui note aussi que "la captivité d'Ingrid Betancourt a bénéficié d'une médiatisation extraordinaire... un battage médiatique qui a presque fait oublier que près de 3.000 otages sont encore aux mains des FARC"... Tiens, justement... à lire dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... L'ex-otage Fernando Araujo... aujourd'hui ministre colombien des Affaires étrangères... confiait, lors de sa libération le 31 décembre 2006 par les forces spéciales colombiennes : "Quand j'étais otage, j'ai toujours désiré qu'une opération militaire soit montée pour me sauver, malgré les risques"... Et c'est bien ce qui s'est passé hier... "Un commando colombien libère l'otage Betancourt... un raid audacieux", titre le Times... "La ruse d'une opération militaire", note le Telegraph... "Ingrid Betancourt libre grâce au bluff", pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung... Et Michel Lépinay, dans Paris-Normandie, trouve que cela fait partie des bonnes nouvelles de la soirée... "Sa libération n'est pas le résultat d'un marchandage... Ingrid Betancourt n'avait pas offert sa mort à ses bourreaux... Sa libération ne les servira pas non plus, pas plus que ceux qui regardent leur combat avec complaisance"... Cette opération militaire, elle est racontée dans Le Parisien-Aujourd'hui en France... C'est le ministre de la Défense colombien qui en a donné tous les détails hier soir, révélant que "plusieurs agents avaient été infiltrés jusque parmi les geôliers de certains otages, en se faisant passer pour du personnel humanitaire"... Et c'est donc un ordre totalement faux, censé provenir du nouveau numéro 1 des FARC, qui a permis le regroupement des 15 otages, séquestrés jusqu'alors en trois groupes différents... Le Figaro revient aussi sur cet exploit... mais pour expliquer plus largement qu'il a été "accompli par une armée devenue moderne et efficace"... C'est Arnaud Delagrange qui explique qu'avec l'armée colombienne, "on est loin, très loin des clichés folkloriques sur les armées sud-américaines... Ces dernières années, les Etats-Unis, mais aussi Israël, ont aidé Bogota à mettre sur pied une force militaire de 400.000 hommes... ce qui a permis de rendre la pression sur la guérilla considérable... avec le résultat suivant : les FARC n'alignent plus aujourd'hui qu'environ 10.000 hommes, 10 fois moins qu'il y a 7 ans"... Le journaliste du Figaro qui explique aussi que l'autre grande innovation de la Colombie, c'est d'avoir mis en place une action civilo-militaire... Il n'y a plus les militaires qui interviennent ici pendant que les autres militaires font de l'action sociale ailleurs... Aujourd'hui, tout est coordonné... ce qui a permis de reprendre pied dans nombre de localités abandonnées depuis des lustres... un concept qui intéresse vivement l'OTAN, précise Arnaud Delagrange... L'Organisation Atlantique voudrait bien s'en inspirer en Afghanistan"... Et puis dans les journaux, ce matin, il y a cette interrogation : à qui profite cette libération ?... "Qui a gagné ?... A qui doit-on rendre hommage pour cet heureux dénouement ?", se demande ainsi Hélène Pilichowski, dans Le Dauphine Libéré... "Il est encore trop tôt pour le dire"... L'éditorialiste souligne que le Président colombien remporte incontestablement une victoire, mais que les autorités françaises aussi, qui ont multiplié les efforts... "Certes, plusieurs tentatives ont tourné au fiasco, au point de faire sourire les adversaires de Nicolas Sarkozy... Mais le miracle est arrivé : personne ne songe aujourd'hui à s'en glorifier... La rareté d'une aussi bonne nouvelle se suffit à elle-même"... Dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, Jean-Claude Kiefer analyse également que "la stratégie à la James Bond du Président Uribe, longtemps accusé de faire fi de la vie des otages, a été payante... mais qu'il y a eu aussi l'opiniâtreté de Nicolas Sarkozy"... François Sergent ne dit pas autre chose, dans Libération : "La pression mise par Sarkozy a certainement convaincu le Président colombien de tout faire pour libérer Ingrid... Maintenant qu'elle est libre, que plusieurs commandants des FARC se sont rendus, que la guérilla est exangue, il va falloir au Président colombien reconstruire son pays... Désormais, Uribe va devoir montrer qu'il est l'homme d'Etat qu'il ambitionne d'être"... Pour Philippe Waucampt, dans Le Républicain Lorrain, il n'y a pas de questions à se poser... "La libération d'Ingrid Betancourt relève exclusivement du Président colombien"... C'est aussi l'avis de l'éditorialiste d'El Pais... "Alvaro Uribe a remporté hier le plus grand succès de sa carrière politique... Et dernière bonne nouvelle pour Bogota : Hugo Chavez, le Président vénézuélien, qui était considéré par beaucoup comme le mieux placé pour convaincre les FARC de libérer Ingrid Betancourt, a droit, là, à un pied-de-nez"... Ainsi donc, "dans cette affaire, le rôle des Français sera resté marginal, note Hubert Coudurier dans Le Télégramme... Mais au final, la diplomatie française devrait quand même s'enorgueillir de ce succès, pour lequel elle n'a pas ménagé ses efforts, au risque de rallonger la captivité de l'otage dont la valeur ne cessait de croître"... Pour Patrice Chabanet, dans Le Journal de la Haute-Marne, il serait injuste d'opposer la ligne dure d'Alvaro Uribe à celle de la diplomatie, défendue par Nicolas Sarkozy... "Chacun a joué sa partition, explique l'éditorialiste... La France a maintenu continuellement sa pression, sans laquelle le sort d'Ingrid Betancourt serait tombé aux oubliettes"... Marion Mourgue, de Bakchich, ne se fait pas de souci : "Super-Sarko devrait habilement transformer cette bonne nouvelle en victoire politique... même si, pour l'instant, en gros, c'est Uribe : 1, Sarko : 0"... Et puis cette libération, c'est aussi plus que ça... "Elle aura d'immenses répercussions partout dans le monde, analyse Rémi Godeau dans L'Est Républicain... Preuve est faite que la pression internationale peut être efficace... De Bogota à Paris, du Vatican aux Etats-Unis, les scènes de liesse se sont multipliées hier, tant le signal est fort pour tous les otages"... Oui, "cette libération a une valeur universelle, confirme Patrick Fluckiger dans L'Alsace... Ingrid Betancourt était la plus médiatique mais pas, hélas, la seule otage à travers le monde... Sa libération est un soulagement pour tous les autres : en Colombie, en Irak, en Afghanistan et ailleurs"... Et puis dans vos journaux, ce matin, il y a cette dernière question : est-ce la fin des FARC ?... En Espagne, El Mundo voudrait bien y croire... "La guérilla la plus ancienne du continent sud-américain, et la plus puissante militairement, a subi le plus grand revers de ses 40 ans d'histoire... Mais cela ne signifie pas que vous pouvez enterrer cette bande de terroristes nourris avec l'argent du trafic de drogue"... Mais une chose est sûre pour El Mundo : "le temps joue contre la guérilla"... Et après la libération d'Ingrid, note Roberto Alvarez dans France-Soir, "cela risque d'être la débandade parmi ces paysans nourris de mensonges, qui avaient besoin d'un père ou d'un frère pour leur tenir la main, et qui n'ont plus que leurs jambes pour courir"... Dans La République des Pyrénées, Jean-Marcel Bouguereau est définitivement plus optimiste : "Pour les FARC, c'est le chant du cygne... et pour la Colombie, la fin d'un cauchemar"... Pour terminer... dans La Nouvelle République, Jean-Pierre Bel n'en revient pas de la vitesse à laquelle la nouvelle s'est répandue dans l'Hexagone, relayée de bouche à oreille et de famille en famille, comme dans toutes les grandes heures du pays... témoignage de la solidarité profonde qui a toujours entouré Ingrid en France...

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.