Nouvelle tendance des vacances, les séjours pour Adults Only, Macron devant le Congrès, Jupiter, Bonaparte ou Boulanger ? Depardieu est-il encore à Paris, C'est un courant d'air

La revue de presse d'Hélène Jouan

On commence par une menace ?

Une menace, une idée mais surtout une tendance. C’est le dossier d’ouverture du Parisien/Aujourd’hui en France ce matin : « Vacances, et si vous partiez sans vos enfants ? ». Une menace, parce qu’il ne reste aux plus petits qu’une semaine d’école, que vous êtes épuisés, et que pour les tenir, quoi de mieux que de leur dire qu’ils seront beaucoup mieux au centre ou chez leurs grands-parents ? Plus sérieusement, Coralie Garandeau dans Le Parisien nous raconte comment les catalogues de voyagistes se sont remplis depuis quelques années de séjours en hôtels ou en club barrés de la mention « Adulte seulement ». Un concept touristique qui s’inspire de l’Europe du Nord, où la culture protestante privilégie l’efficacité à la culpabilité, et qui commence donc à faire des émules en France, même si parait-il, la France reste marquée par sa culture latine où se séparer de ses enfants et penser à soi est encore mal vu.

Le Parisien nous gratifie d’un conseil et d’une mise en garde pour ces vacances réservées au adultes ; une « coach » en relations humaines nous prévient, on ne profitera de ces moments en solo que si on part sans culpabiliser, Et si notre enfant va bien (donc on s’en assure avant de partir). La mise en garde : ne croyez pas en partant seuls, renouer avec les clubs olé olé des années 70 associés à la comédie « les Bronzés ». « Le terme adults only sonne un peu comme un film du samedi soir sur Canal Plus, reconnait le président du syndicat des tours opérateurs, mais ce ne sont pas des lieux libertins ! Ce sont juste des endroits où les adultes peuvent faire du bruit entre eux ». Bon, ben, c’est déjà ça…

On poursuit plus sérieusement avec la réunion du jour…

Le Congrès à Versailles réuni par Emmanuel Macron. Kak à la Une de l’Opinion s’amuse de la sortie imminente de Moi, Moche et méchant 3, en grimant le président en Gr(o)u, accompagné de son célèbre acolyte le docteur Néfario et d’une armée de minions tous aux couleurs de la République en Marche « comme ça on sait qui commande » affirme affirme martial, Grou/macron. Libération personnalise le mythe de Jupiter dont on nous rebat les oreilles depuis quelques semaines en mettant un « Manupiter à Versailles », premier acte, affirme le quotidien « d’une présidence sans partage ».

Dans son édito, Laurent Joffrin explique que « Macron est bien Jupiter. Hiératique et nimbé de nuages, le président divin s’exprime par le truchement d’oracles lapidaires et d’apparitions merveilleuses. Ainsi renoue-t-il avec une vieille figure française nous dit il, incarnée par Bonaparte, Thiers ou de gaulle. Ou encore, conclut Joffrin, par le général Boulanger, jeune ambitieux qui avait rallié droite et gauche sans faire grand-chose mais en cultivant son image ». Louis XIV, Bonaparte, Jupiter, et maintenant Boulanger donc ! André Chassaigne, président du groupe communiste à l’assemblée retient la « crainte d’une dérive bonapartiste du pouvoir » pour justifier le boycott du Congrès dans l’Humanité, l’Humanité parle du « discours du trône ». Il faut lire le Figaro pour trouver un commentaire un peu plus amène : Guillaume Tabard estime que « le quinquennat commence vraiment ce jour ». « Car ce qui a frappé dit il, pour l’instant, ce sont les images, l’omniprésence plus que l’omniprésidence. Cela plait mais commence à susciter quelques commentaires agacés. Avec ce discours au Congrès, le poids des mots va remplacer le choc des photos ». On attend les mots…

Et puis on s’arrête un instant sur les relations entre le président et la presse

Une petite phrase relayée par le Monde vendredi justifiait ainsi le souhait d’Emmanuel Macron de rompre avec une tradition instaurée par Valéry Giscard d’estaing, l’interview télé du 14 juillet : « la pensée complexe du président se prête mal au jeu des questions-réponses avec les journalistes ». Le service de presse de l’Elysée a eu beau ramer derrière, pour expliquer que cette phrase avait été sortie de son contexte et utilisée de façon négative, le mal était fait….parmi les journalistes en tout cas qui se sont largement offusqués d’une telle arrogance et de ce refus de se prêter à un exercice qui participe du questionnement démocratique.

Dans sa chronique dans Libération ce matin, Daniel Schneidermann dit avec drôlerie et pertinence ce qu’on peut aussi en penser : « Ce n’est pas qu’on pleure ici la fin de l’interview du 14 juillet. Cette étrange interview tricolore. On ne la pleurera pas cette interview confite de respect républicain, où au fil des décennies on a plutôt compté les questions non-posées que les questions posées. Mais au-delà, poursuit-il, exclure les questionneurs et les reporters d’images indésirables a-t-il un autre but que de permettre à la souriante propagande présidentielle de se déployer sans concurrence ? Reconnaissons de manière simpliste que la stratégie de Jupiter, « image partout, info nulle part » manque un peu de complexité »

Cérémonie nationale mercredi aux Invalides pour Simone Veil. La Croix ce matin s’engage

Bel et courageux édito d’Isabelle de Gaulmyn, à la Une de la Croix. Isabelle de Gaulmyn qui entendre répondre écrit-elle « aux réactions violentes d’une certaine blogosphère catholique » qui a pris pour cible Simone Veil, auteur de la loi sur l’IVG. L’avortement toujours officiellement condamné par l’Eglise. La journaliste redonne au combat de Simone Veil toute sa justesse et toute sa mesure : elle rappelle les mots de l’ancienne ministre, « personne n’a jamais contesté que l’avortement soit un échec quand il n’est pas un drame ». Simplement écrit-elle, « Simone Veil a choisi de défendre toute sa vie une certaine idée de l’action publique. Comme femme, elle ne pouvait ignorer la détresse de celles qui n’avaient d’autre choix que de se faire avorter dans la clandestinité. Comme ministre, elle assumait courageusement une forme d’obligation de l’Etat face à un problème de santé publique. Cette haute conception du sens de l’action politique, au-delà des convictions éthiques personnelles marque tous ses combats. Simone Veil mérite l’hommage de la nation, de toute la nation » insiste-t-elle.

On termine par un monument national

Pas Jupiter, pas Bonaparte, juste Gégé…Gérard Depardieu qui fait la Une du mensuel 75, le mensuel des curieux de Paris. Mais Depardieu est-il encore à Paris ? Philippe Schaller raconte avec drôlerie son enquête passée à traquer l’acteur dans son fief du 6ème arrondissement. Ses amis le disent une fois à Marseille, une autre à Dubaï, « ah dommage il était là le week-end dernier », encore raté, il sonne chez lui, pas de réponse, quand parfois il hurle à l’interphone « Y a personne ». Le journaliste assure que l’acteur est en train de se délester de tous ses biens parisiens de la rue du Cherche-midi, sa poissonnerie déjà vendue, son ancienne épicerie fine japonaise est vide, et même son hôtel particulier est à céder, depuis 2012…mais à 50 millions d’euros il n’a toujours pas trouvé preneur.

Alors Depardieu, toujours aigri par la maladroite remarque de Jean Marc Ayrault qui avait qualifié l’annonce de son exil fiscal « d’assez minable » s’apprêterait-il à tout bazarder et quitter Paris pour de bon ? Mathieu Sapin qui a écrit et dessiné une formidable bd consacrée à Depardieu, relativise « il déteste juste l’immobilisme. C’est un aventurier capable de tout lâcher du jour au lendemain, il pourrait être chercheur d’or ». Gérard Depardieu continue de parcourir Paris à scooter, avec son dernier fils derrière lui. « A la fraiche », comme on disait dans les Valseuses, 7 h du matin, pour lui faire découvrir les plaisirs secrets de la capitale. « Gérard Depardieu rêve d’être un courant d’air » dit joliment de lui Mathieu Sapin. Un courant d’air parisien à humer dans « 75 »

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