Lannion, Saint-Nazaire et Toulouse plongent dans le désarroi des promesses trahies, après les plans sociaux de Nokia et d’Airbus, le Monde, Presse-Océan, la Dépêche. Les séries de Netflix ont pris soin de nous, dit une philosophe à Libération. Philosophie magazine goûte la prose d’une Japonaise du Xe siècle.

On parle d'une voiture noire...

De marque tchèque, une Skoda, et quand elle s'approche de vous, tremblez, disent dans StreetPress de jeunes et moins jeunes habitants d'Argenteuil, pas loin de Paris, qui ont vu jaillir des brutes de cette voiture... Mais ces brutes sont des policiers, des membres de la Brigade anti-criminalité d'Argenteuil, on lit dans StreetPress leurs surnoms, Forrest Gump, Tête brûlée, Babacar, Lucky-Luke ou Pacman, on ne sourit pas de ce folklore car on lit aussi leurs exploits, rapportés par des victimes.

Erwan, 22 ans, marseillais de séjour en ile de France fumait une cigarette quand la Skoda est arrivée sur lui, en novembre 2019. Un des agents lui donne un coup de matraque sur les doigts pour faire tomber sa cigarette, un autre prend son téléphone et le frappe avec, le premier coup est pour l'œil, la violence est telle que des bouts de verre lui restent dans l’orbite. “Prends tes affaires et casse-toi, on veut plus jamais te revoir ici” lui ont dit les policiers.

Je vous passe d'autres scènes de violences, de sadisme, vous rencontrerez dans StreetPress, Amine Mansouri qui un 14 juillet, soir de fête nationale et nuit du ramadan, eut le testicule explosé par un tir de flash-ball, il avait 14 ans... je vous passe aussi les injures, celle-ci pour vous donner une idée, « tu es de la couleur de la merde que je chie », dit un policier à un jeune homme.

StreetPress a enquêté sur cette police d'Argenteuil dont il y a  deux ans et demie, Mediapart avait déjà exposé les méthodes, la violence mais aussi l'utilisation des amendes, des procès-verbaux, pour punir et intimider. Rien n'a changé c'est cela qui est pire que tout. 

Pendant ce temps, le Parisen revient sur cette unité de police dissoute en Seine-Saint-Denis, dont  des membres rackettaient les dealers... Il y a une ambiance mais elle ne dit ps tout.  

On peut aussi avoir le cœur serré pour la police ce matin, quand la une de l'Est républicain est barrée par le suicide d'un policier de 49 ans, père d'un enfant, qui s'est tué dans l'armurerie de l'hôtel de police à Nancy. on peut aussi admirer nos forces de l'ordre en relisant dans le monde comment des gendarmes spécialisés dans la criminalité numérique ont craqué un système de communication réputé inviolable, Encrochat  à l'abri duquel des criminels organisaient leurs trafics et préparaient leurs meurtres. Il n'y a pas que les bavures et nous sommes protégés.

On parle de peur sociale...

Et donc de trahison, et méchante ironie, c'est le désarroi des travailleurs de la technologie et de la communication que le Monde, encore, est allé raconter, à Lannion Côtes d'Armor, frappée par le plan de licenciement du géant des télécoms Nokia... Mais plus que la brutalité d'un plan, ce qui désespère, c’est la décomposition d 'une histoire glorieuse : ce coin de Bretagne fut  choisie par l'Etat en 1959 pour décentraliser le Centre national d’études des télécommunications, des centaines d'ingénieurs migrèrent vers le Trégor, ce furent des années vivace d'expansion, puis le ressac est venu, la chute d'Alcatel rachetée par Nokia, et maintenant Nokia qui se replie, c'est loin la Finlande, que dire aux ingénieurs  qui étaient revenus, qui y ont cru, car on voulait croire encore à Lannion. 

C'est le même désarroi que vous lirez à propos d'airbus dans Presse Océan qui décrit Saint-Nazaire en état de choc, chacun autour d'Airbus se sent menacé, et dans la Dépêche, où l'on parle de l'onde de choc dans cette agglomération où chacun connait un salarié d'airbus, la Dépêche se souvient aussi de l'explosion de l'usine AZF en 2001... A-t-on eu tort, ensuite, de rayer de la carte la séculaire industrie chimique de Toulouse? A ce doute on sait qu'une ville vacille.

Le 1 de cette semaine nous avertit contre la défiance que nous portons au monde et qui nous mine, français, notre défiance justifie la tromperie d'autrui disait la Rochefoucauld, oui mais justement, à Toulouse et à Saint-Nazaire, on était sans méfiance. 

On parle enfin de sable vert...

C'est sur le site Korii, déclinaison de Slate, qui décrit les grandes espérances de l'olivine: une pierre précieuse volcanique de couleur verte, riche en silice et en magnésium que l'on trouve à la Réunion ou à Hawaï. Broyée traitée, et saupoudrée en sable vert sur 2% des plages du monde, elle pourrait absorber le CO2 qui enserre la planète, c'est le pari d'une start-up américaine, c'est passionnant, c'est compliqué mais c'est bienvenu à lire tant cela parle de vie.
 

J'aime lire aussi dans Ouest France que les méduses françaises s'exportent dans le monde car elles captent bien des visiteurs des parcs marins. J'aime lire dans Sud-Ouest l'histoire d'une cité de Mérignac, Beutre, dont la rénovation fut si douce qu'elle sera présentée  à la biennale d'architecture de Venise. On apprend aussi dans Sud-Ouest que  Guignol Guérin revient au parc bordelais, il est bon qu'on nous raconte des histoires.

Dans Paris-Match, Sylvain Tesson, qui cet été est rimbaldien sur Inter, raconte une expédition dans les hautes montagnes de Patagonie sur les traces de l’Aéropostale qui était notre technologie futuriste il y a  100 ans, il accompagne Tesson des militaires français qui se jettent des sommets et se font porter par les vents.  

Dans Libération une philosophe Sandra Laugier tresse des louanges à Netflix qui nous a accompagné pendant le confinement, nous n'étions pas seuls, nous avions des séries, la dame est sérieuse, son sujet est le care, l'attention aux autres, et les séries ont pris soin de nous.

Dans Philosophie magazine consacré à la vie qui revient, je lis des textes d'une écrivaine japonaise, Sei Shonagon, dame de cour au Xe siècle, qui en prose simple, disait la beauté d'être. 

« Choses qui font battre le coeur. Des moineaux qui nourrissent leurs petits. Passer devant un endroit où l’on fait jouer des petits enfants. Une nuit où on atteint quelqu'un. Tout à coup on est surpris par le bruit de l'averse que le vent jette contre la maison. »

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