Bonjour... Les uns mangent, les autres pas... ...Depuis plusieurs semaines, depuis plusieurs mois, sans doute n'avez-vous pas échappé à ces images que draine le petit écran, images et témoignages de ce que l'on appelle : "les émeutes de la faim". ...Plus d'énergie dans le corps, juste assez pour crier sa colère et sa douleur. Les hommes manifestent, ils s'insurgent... Les femmes, pendant ce temps, font ce qu'elles peuvent pour apaiser la faim de leurs enfants, en leur confectionnant, parfois, de simples galettes d'argile. L'argile, un placebo pour qui rêve de blé et en manque cruellement. Près d'un milliard d'êtres humains souffriraient actuellement de sous-alimentation chronique. Montrées du doigt par ceux qui dirigent les nations (et qui mangent à leur faim) : la flambée des prix alimentaires, la hausse des prix du pétrole qui alourdit le coût du carburant et, du même coup, du transport des aliments. Aujourd'hui et jusqu'à jeudi, se réuniront à Rome plus de 40 chefs d'Etat et de gouvernement. Conférence au sommet, sous l'égide de l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, la FAO. "La Tribune" titre sur cette "urgence alimentaire" qui " met les politiques au pied du mur"... ..."Les dirigeants de la planète en quête d'un plan d'action", renchérissent "Les Echos"... Le quotidien économique cite le patron de la Banque Mondiale, Robert Zoellick ; il craint que les victimes de la famine "ne soient plus un, mais deux milliards" si rien n'est fait très vite pour inverser la tendance. Vos journaux, ce matin, épinglent l'action de la FAO et de ceux qui tiennent les commandes de cette structure onusienne depuis un quart de siècle. Au lendemain de son élection il y a près de quinze ans, le directeur général de cet organisme, le Sénégalais Jacques Diouf, déclarait sans rire : "Je ferai de l'eau en Afrique la priorité de mes priorités". "Le Figaro" rapporte ses propos avec ce commentaire désolé et désolant : "On peine aujourd'hui à trouver sur le continent africain quelque projet d'envergure d'irrigation et de distribution de l'eau". Nicolas Sarkozy, à Rome, plaidera pour "remettre l'agriculture en tête des priorités des institutions internationales, car celle-ci était sortie de leur écran radar"... déclaration de Michel Barnier aux "Echos". Le chef de l'Etat français ne veut pas quitter la capitale italienne sans un "plan d'action"... Dans "Libération", Robert Bailey, de l'ONG britannique "Oxfam", livre son idée sur la question. Elle tient en une phrase : "Changeons la hiérarchie : le droit à manger avant celui de commercer". On saura jeudi s'il a été entendu. 7 morts, 3 blessés graves, des enfants sous le choc, des familles éplorées... Le mot qui revient le plus souvent dans la presse aujourd'hui, c'est "tragédie". "Le Républicain Lorrain" reprend en titre de Une le propos d'un témoin avec cette simple et terrible phrase : "Les barrières se fermaient". Vous connaissez les faits : un autocar chargé de collégiens coincé sur une voie ferrée quand survient un train express régional... Ca s'est passé en Haute-Savoie hier, à la mi-journée. La plupart de vos quotidiens s'en tiennent aux faits, strictement aux faits. "Le Midi Libre" pose cette question : "Quelle sécurité pour nos enfants ?". Dans "Le Parisien-Aujourd'hui en France", vous apprendrez qu'un élève sur trois utilise un moyen de transport collectif pour se rendre à l'école, au collège ou au lycée, que 37.500 minibus ou autocars sont spécialement dédiés à ces transports quotidiens... En moyenne, on déplore 7 accidents par mois, 7 à 8 morts par an : le transport collectif routier reste de loin le moyen le plus sûr pour les déplacements des jeunes Français en âge scolaire". "Le Figaro" répertorie "364 passages à niveau dangereux supprimés au compte-gouttes". "Le Parisien" n'en voit que 340. Le journal précise que le Premier ministre a manifesté hier sa volonté d'en "accélérer la suppression". "Nicolas Sarkozy révise le Bac"... C'est au programme de la réforme des lycées (nouveau Baccalauréat en 2012), la réforme que le Président de la République vient de mettre sur les rails... Ce "cher Xavier" et "Valérie" (Darcos et Pécresse) "seront chargés de préparer ensemble les détails de la réforme", souligne Véronique Soulé dans "Libération"... ...En gros, la classe de seconde devrait devenir plus généraliste qu'elle ne l'est, la spécialisation se ferait à partir de la première et surtout en terminale, le travail personnel serait davantage valorisé, ainsi que la recherche et les travaux en groupe, sur le modèle finlandais, le lycéen choisirait lui-même son parcours et se spécialiserait au fur et à mesure, avec une ou deux dominantes... Quant aux enseignants, il leur faudrait se former un an de plus pour professer dans l'Education Nationale. A l'arrivée, ils gagneraient mieux leur vie. Quand on voit la diversité des titres retenus ce matin par la presse pour faire état de cette réforme, on a l'impression que les journaux ne savent pas trop par quel bout la prendre... Xavier Panon, dans "La Montagne", écrit : "L'ambition est noble, mais les modalités pratiques et les conséquences sont floues". ..."Nouveau lycée, nouvelle seconde, nouveau Bac, nouveaux profs : l'Education Nationale est désormais dans l'oeil du cyclone élyséen", constate Hervé Cannet dans "La Nouvelle République du Centre-Ouest"... Il relève aussi que "de l'aveu même des syndicats, le résultat est plutôt positif"... Hubert Coudurier, dans "Le Télégramme", acquiesce : "La bonne nouvelle, c'est que les enseignants eux-mêmes semblent acquis à la nécessité du changement", un changement que Nicolas Sarkozy propose sous la forme d'un "contrat de confiance". L'expression interpelle Luc Marck, dans "L'Alsace". Il rectifie : "En guise de 'contrat de confiance', c'est plutôt un deal qu'il a proposé aux enseignants : la redistribution, à leur profit, de la moitié des économies réalisées grâce aux postes supprimés, l'augmentation de leurs qualifications à Bac+5 et donc de leur salaire"... Et l'éditorialiste alsacien pose alors cette question : "Qui sortira gagnant du deal ?... Pas sûr que ce soit les élèves et leurs familles". Dans "Le Monde", le dessinateur Pessin emboîte le pas de son confrère de "L'Alsace"... Sous le titre "Xavier Darcos, ou l'art de dérouter les oppositions en multipliant les annonces de réformes", il croque le ministre de l'Education, l'air sévère et magistral, planté devant un tableau noir, un cartable à la main... Sur le tableau on lit (c'est écrit à la craie) : "Si on peut faire mieux avec moins, essayons avec encore moins". Peut-être un jour les élèves de terminale plancheront-ils sur cette étude de cas : "Soit deux jeunes mariés... Au cours de la nuit de noces, l'époux comprend que l'épousée n'est plus vierge et qu'elle lui a menti en lui faisant croire le contraire... Y a-t-il lieu d'annuler le mariage au prétexte que, suivant l'article 180 du Code civil, il y a eu erreur sur la personne ou sur les qualités essentielles de la personne ?". Bref, la virginité, en France, doit-elle être considérée comme une qualité essentielle pour quiconque s'apprête à s'engager devant Madame ou Monsieur le maire ? Sur cette affaire qui a fait couler tant et tant d'encre et de salive, la Garde des Sceaux avait "justifié dans un premier temps" la décision des magistrats du Tribunal de Grande Instance de Lille ("Le Parisien-Aujourd'hui en France" nous le rappelle ce matin, et titre : "Dati fait volte-face"). ..."Après Dati qui dit oui, Dati qui dit non", reprend "Libération". "Libé" s'arrête un moment sur l'avalanche de flèches qui visent ces jours-ci la ministre de la Justice, "attaquée par la gauche et une partie de la droite". Quant à "La Croix", elle consacre un dossier complet à cette histoire lilloise. Sous le titre "Jeune et musulmane en France", le journal cite la sociologue et chercheuse en anthropologie du fait religieux Dounia Bouzar. Elle déclare : "Les jeunes filles musulmanes nées en France ont appris à lire et à dire 'Je'. Elles savent vérifier dans le Coran les textes et le sens des textes. En l'occurrence, la plupart des jeunes femmes savent très bien que la virginité ne fait pas partie des commandements de l'islam". Vous lirez aussi Dounia Bouzar dans les pages Rebonds de "Libération". "Yves Saint Laurent, celui qui voulait donner le pouvoir aux femmes" : c'est le titre des "Dernières Nouvelles d'Alsace". Tous vos journaux rendent hommage ce matin au "couturier modèle" (ça, c'est dans "Le Télégramme"). "Libération" nous offre, pleine page Une, une photo de jeunesse... Derrière le rideau qu'il écarte délicatement d'une main, l'anxieux Yves Saint Laurent observe d'un oeil le défilé de ses mannequins et de sa collection. Le titre : "YSL : 1936-2008". Je finirai sur ces quelques mots écrits de sa main (la phrase est reproduite, dans son graphisme d'origine, dans les pages du "Monde") : "L'élégance, c'est une façon de se mouvoir. C'est aussi savoir s'adapter à toutes les circonstances de sa vie. Sans élégance de coeur, il n'y a pas d'élégance".

Alain LE GOUGUEC

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