(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : entre deux eaux

(Bruno Duvic) "C'est le premier pas d'un changement radical de la pratique judiciaire, un texte clé, moins symbolique que le mariage pour tous, mais qui aura plus de prise sur la société". Dans Le Monde , Franck Johannès souligne l'importance du projet de loi présenté cet après-midi à l'assemblée nationale. Réforme pénale, « Taubira joue son va-tout ».

« A l'origine, reprend le journaliste, l'objectif était que l'emprisonnement, qui incontestablement favorise la récidive, cesse d'être la peine de référence. On créait à côté une peine de probation que l'Angleterre, la Belgique, la Suisse, les Pays Bas, les pays scandinaves ou le Canada ont adoptée depuis longtemps. Elle fixe une série d'obligations au condamné. On la baptisait contrainte pénale pour faire plus sévère. Une vraie peine, avec de lourdes contraintes et un suivi sérieux mais sans être adossée à la prison, pour les délits, pas pour les crimes. Il y aurait eu 3 sanctions : la prison, la probation et les amendes. »

Voilà pour le principe. Pour ou contre ? Echange d'arguments sur lemonde.fr

Contre : le député UMP Georges Fenech.

« Qui peut croire qu'en renonçant à demander de véritables comptes aux délinquants, en leur administrant pour toute sanction des stages professionnels, on les dissuadera de continuer à tirer profit de leur criminalité ? »

On fera valoir au député que cette contrainte pénale devrait s'appliquer aux peines encourues de 5 ans et moins. Petits délits, pas les plus graves infractions. Population concernée : entre 8 et 20.000 personnes - 600.000 condamnations sont prononcées chaque année en correctionnelle.

Oui mais, reprend Georges Fenech, pour qu'il y ait un véritable suivi, un véritable contrôles des personnes condamnées, « il faudrait un agent de probation pour 20 condamnés. La France en compte un pour 120. La peine hors les murs est inapplicable. »

Angélique la gauche ? Non, répond l'avocat Philippe Vouland. Au contraire, elle regarde la réalité bien en face. « La contrainte pénale s'inspire totalement de ce qui fonctionne contre la récidive. La réinsertion réussie est rentable, elle limite la récidive, protège le corps social, elle est surveillable et quantifiable. On peut l'étudier la contrôler. »

« Au bout d'un certain temps, la prison vous bousille », dit encore un ancien détenu dans L'Humanité .

« La réforme pénale, pari fragile », faute de moyens suffisants, titre La Croix . Fragile aussi parce qu’une partie de la gauche espérait que le texte irait plus loin. Explication de Sonya Faura dans Libération . Non, la contrainte pénale ne sera pas détachée de toute référence à la prison. Un condamné qui ne respecterait pas ses obligations pourra être emprisonné. La peur de donner une image laxiste de la gauche est passée par là.

Editorial de Libé : « La peine de probation ne sera finalement qu'une autre forme de condamnation avec sursis (...) Le véritable problème de Christiane Taubira, c'est que derrière un verbe haut, elle a perdu la plupart de ses arbitrages politiques (…) Son échec est aussi révélateur d'une gauche hésitante, incapable d'assumer des choix clairs. »

D'où ce titre à la Une du journal :

« Juan Carlos abdique, Taubira aussi »

A propos de l'abdication de Juan Carlos, on notera ce matin l'ironie de Libération : l'embourbement d'un bourbon. Le ton plus sec de L'Humanité , qui l'envoie « au cimetière des éléphants ». A quoi sert la Monarchie en 2014 ? Réponse de Philippe Gélie dans Le Figaro . « Elle n'a de sens que si les institutions trouvent auprès du souverain leur point d'ancrage. » De ce point de vue, Juan Carlos a joué son rôle en contribuant à conforter la démocratie, en défendant l’Espagne contre un coup d'Etat militaire en 1981, tous vos journaux le rappellent ce matin. Alors la presse espagnole le salue plutôt avec respect ce matin, malgré une fin de règne tourmentée : « Le meilleur ambassadeur de l'Espagne », pour ABC .

L'Espagne entre deux eaux, en pleine crise sociale, économique, institutionnelle et territoriale pour El Mundo . Quand il montera sur le trône, entre le 16 et le 20 juin croit savoir El Païs , Philippe VI aura parmi ses dossiers prioritaires la question catalane. C'est cela qui menace l'unité de l’Espagne, selon un spécialiste interrogé par Le Figaro . De ce point de vue, l'édito sur le site du quotidien catalan La Vanguardia est intéressant ce matin. Hommage pas tout à fait désintéressé à Juan Carlos.

Le journal souligne l'intelligence et le courage du roi parti au bon moment. Parti pour susciter un mouvement de rénovation plus général dans le pays. « Autrefois la stabilité pouvait être un signe de force. A notre époque, ce n'est plus le cas, ce qui compte c'est la volonté de réformer, la flexibilité, l'ouverture d'esprit. Dans ce contexte, on peut imaginer de nouveaux scénarios pour la Catalogne en Espagne. »

En France, dans la presse ce matin, la réforme pénale se dispute la Une avec la nouvelle carte des régions. Gros succès à la Une de la presse régionale évidemment. Et les éditos sur le thème, « le président s'est lancé dans un chantier sacrément périlleux ». Je ne rentre pas dans les détails, nous en parlons largement ce matin sur France Inter.

Pendant que la France débat de la carte de ses régions, la mondialisation fait son œuvre...

Et les grandes entreprises françaises le sont de moins en moins. On le savait, mais Les Echos donnent quelques jalons : les investisseurs étrangers possèdent 50% du capital des entreprises du Cac 40 et 43% des valeurs françaises cotées en bourse en général. Les investisseurs individuels sont de plus en plus absents : leur part dans le capital de ces entreprises est passé en 20 ans de 25 à 10%. Quant à l'Etat et les administrations, leur participation est de 7%.

Une grande entreprise française menacée d'amende aux Etats Uni, c’est BNP-Paribas. Selon le New York Times , édition internationale ce matin, les autorités françaises font pression aux Etats Unis pour que la sanction qui menace BNP Paribas soit adoucie. Le journal évoque même un coup de fil de François Hollande à la maison blanche. Différence de culture entre la France et les Etats Unis commente le quotidien. Aux USA l'intervention politique dans une affaire judiciaire est taboue.

Quoi d'autre dans la presse ?

La France doit accueillir Edward Snowden comme réfugié politique ! Dans L'Express , appel d'une série de personnalités pour l'homme qui a révélé le système des écoutes illégales aux Etats Unis. Son visa en Russie expire en juillet. Parmi les signataires : Michel Rocard, Daniel Cohn-Bendit ou Edgard Morin.

14%. C'est la part de la population française qui n'est jamais allé sur Internet selon Le Figaro . Et puis un autre chiffre, le taux du crédit immobilier : 2.85 au plus bas depuis l'après-guerre. Détail dans Les Echos .

Pour finir, en attendant de savoir si le dos de Franck Ribery lui permettra ou non de participer à la coupe du monde de football, zoom sur un Français en pleine forme. « Le soleil Monfils » titre L'Equipe . Gaël Monfils qualifié pour les quarts de finale de Roland Garros demain. Peut-il aller plus loin dans le tournoi ? Monfils comme souvent les tennismen français, est entre deux eaux, éternel espoir jamais vraiment consacré,. « De l'avantage d'être inconstant ». C'est le titre de la chronique de l'ancien champion Mats Wilander dans le quotidien sportif. « J'ai vu Gaël les batteries à plat sur le central ou lors de grands matches. Je l'ai vu jouer de manière fantastique pendant une heure avant de disparaitre ». Alors peut-il aller plus haut ? « Je n'en ai pas la moindre idée », répond Wilander. Voilà un chroniqueur honnête !

A demain !

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