Qu'est-ce que le courage en politique ? Définition... proposée par le philosophe Alain Etchegoyen, dans une tribune pour "Le Figaro" qui, depuis hier, propose une série sur ce sujet... Définition donc : le courage politique ne doit jamais se dire courageux. Rien n'est plus dangereux que de se regarder agir courageusement, d'en être fier, et de se commenter. Autrement dit, le courage qui se contemple lui-même s'autodétruit... Il devient le ressort de la décision quand il n'en doit être qu'un attribut... Moralité : le courage politique est un bon serviteur, mais un piètre maître. Ainsi, selon "La Croix", "face à la tourmente, Dominique de Villepin fait front", titre ce journal... "Il contre-attaque", reprend "Le Figaro"... "Le Premier ministre tient bon", souligne "La Tribune"... "Il se débat", estime "L'Humanité", mais tout de même, commente ce quotidien, le plaidoyer du Premier ministre à l'Assemblée nationale, hier, avait quelque chose de pathétique. Tout ça pour ça, semble dire "Libération", qui titre : "Villepin répond pour ne rien dire"... Et puis à l'entendre s'exprimer "Trop, c'est trop !", on peut se demander, écrit Pierre Haski, si ce ne sont pas les Français qui sont en droit de s'exprimer sur le ton excédé de l'indignation, face au spectacle de la rivalité Villepin-Sarkozy, qui pollue le fonctionnement de l'exécutif et plonge le gouvernement dans la tétanie. Déficit de crédibilité... Déficit d'image également, pour "Le Canard Enchaîné", qui s'indigne et qui écrit : "De crise en crise, de référendum foireux en banlieues en feu, de pays dans la rue en cinglant désavoeu, de barbouzerie médiocre en rafistolage lamentable... Comme image de la déliquescence, on ne fait pas mieux". "Le Canard" qui croit savoir que, face à l'adversité, Dominique de Villepin aurait dit devant son cabinet, avant-hier : "Sarkozy est peut-être en France maître de l'univers, mais moi je suis comme le principe d'Archimède : plus on essaie de me couler, plus je remonte à la surface... Sarkozy peut faire le malin, il y aura un retour de bâton". Toujours dans la confidence, "Le Canard" revient également sur le petit-déjeuner de Matignon hier, qui réunissait Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, avec cet échange verbal qui en dit long sur l'ambiance. Nicolas Sarkozy : "Moi, je veux savoir qui a balancé mon nom, et pourquoi"... Alors Dominique de Villepin, du tac au tac : "Moi aussi". D'où ce titre inspiré du "Canard", en Une... "Coups tordus et intox au sommet de l'Etat : le régime est toujours de boue !"... B-O-U-E... Alors, que doit faire le Premier ministre : se battre ou partir ?... Se battre, répond Alexis Brezet dans "Le Figaro"... En tout cas, ne pas partir. Dans l'état actuel de l'enquête, cela n'aurait pas de sens... Après le retrait du CPE sous la pression de la rue, cette marque de faiblesse consommerait une nouvelle défaite de nos institutions. En tout cas, pour un étranger ignorant tout des réalités françaises et débarquant aujourd'hui à Paris, le spectacle de notre riante démocratie aurait de quoi étonner, note "Le Canard Enchaîné"... Notre étranger apprendrait surtout que, sur la scène politique française, la comédie du pouvoir fait rarement relâche. D'ailleurs, la presse étrangère se déchaîne contre Dominique de Villepin. C'est par exemple le quotidien suisse "Le Matin" qui écrit que "le plus insolite, dans cette affaire, c'est que le Premier ministre n'a peut-être rien à se reprocher, mais ça ne l'empêchera pas d'être la risée de l'Histoire en étant bientôt acculé à la démission". "Watergate au bord de la Seine, crise d'Etat en France", titre l'hebdomadaire allemand "Der Spiegel"... A Londres, le "Times" se réjouit des mésaventures d'un Chirac qualifié de "déclinant", et d'un Premier ministre affublé du titre, un peu cruel, de "canard boîteux"... Le "Times" qui, comme le journal suisse "Le Temps", fait un parallèle avec la fin de l'ère Mitterrand, empoisonnée par des suicides plus ou moins suspects et un fumet de corruption au sein des élites dirigeantes. Et pendant ce temps, Nicolas Sarkozy défend sa loi sur l'immigration, largement commentée dans la presse aujourd'hui, mais rarement défendue... Et la majorité des journaux estiment que cette loi poursuit bel et bien le but de reconquérir une partie des électeurs du Front National, comme l'écrit "Charlie Hebdo" par exemple, qui traite Nicolas Sarkozy de "videur à l'entrée de la France", genre "Toi oui, toi non"... Parce que ce projet-là, écrit Philippe Val, il distingue les immigrés bons pour la croissance, et les autres, indésirables. "Faire ce que Le Pen veut faire, pour empêcher que ce soit Le Pen qui le fasse... Ce que j'écris là manque un peu de nuances, reconnaît Philippe Val, mais en gros, c'est ça... Or, il faut savoir que chaque fois qu'un parti politique de l'alternance cède à ce genre de facilité, c'est l'extrême-droite qui en sort légitimée". Hervé Chabaud, au contraire, dans le journal "L'Union et l'Ardennais", estime justement que Nicolas Sarkozy, qui ne veut pas caresser dans le sens du poil le politiquement correct, a choisi un pragmatisme éloigné de l'oukase simplet de la droite extrême. Alors, pour illustrer le débat autour de ce projet de loi sur l'immigration, et en particulier ce concept "d'immigration choisie", ce dessin de "Charlie Hebdo", qui se distingue autant par son humour que par sa mauvaise foi... C'est de bonne guerre... On y voit un patron recevant un candidat pour un emploi, un candidat noir... Le patron lui dit : "Vous me convenez parfaitement pour le boulot, mais je vous aurais plutôt préféré en beige". "Désolé". Que ceux qui estiment qu'avec son projet sur l'immigration, Nicolas Sarkozy chasse sur le terrain de l'extrême-droite, nous rappellent que la Présidentielle c'est dans un an... Et que dans la stratégie des candidats, officiellement déclarés ou non, il y a un aspect que personne ne néglige : c'est celui des feux de la rampe, c'est celui du soutien des "people". Un petit barnum qui se met déjà en place, et auquel s'intéresse "VSD" cette semaine... Et on découvre ainsi qui est copain avec qui, et qui va donc soutenir qui... Bien au-delà des amitiés connues, comme celle de Christian Clavier avec Nicolas Sarkozy... Il y a par exemple le soutien de poids que représente Jamel Debbouze pour Ségolène Royal... Mais attention, nous explique "VSD" : il ne faut pas se tromper... Il faut trouver des soutiens fédérateurs, pas des boulets... Bref, des stars en vogue, des artistes dont les spectacles marchent... Car en campagne électorale, un bon "people" est un "people" au top de son succès, de son efficacité et du box-office... Sinon, ça ne sert à rien. Il y a quelques chose de pas très carré dans le monde du ballon rond. Sur le terrain, rien à dire : la grand-messe de la Coupe du Monde va encore passionner les foules dans un peu plus d'un mois... Mais en coulisses, c'est une autre histoire... Ces messieurs qui dirigent le foot mondial, au sein de la FIFA, seraient de fieffés truands, si l'on en croit le le journaliste britannique Andrew Jennings, dont le livre, publié demain, décortique et dénonce la corruption à grande échelle qui sévirait au sein de la Fifa. Luttes d'influences, trafic en tout genre, détournements de fonds... Tout y passe. Le livre s'appelle "Carton rouge"... L'auteur, lui, est une sorte de Michael Moore... Oui, mais en plus marrant, précise Jennings...Quoi qu'il en soit, notre confrère britannique dénonce les dérives des instances du football mondial...Révélations auxquelles s'intéressent "Libération" et "Le Parisien". Jennings nous apprend notamment comment le patron de l'équipementier histotrique de la FIFA a longtemps manipulé le monde des sports en offrant les grands événements au gré des intérêts des uns et des autres... Quitte à offrir une réhabilitation à l'Argentine des dictateurs en 78. Des manoeuvres variées et diverses, où l'on voit passer des personnages comme André Guelfi, dit "Dédé la Sardine", connu en France pour l'affaire Elf. Commission occultes, élections truquées, marchés suspects et bien sûr valse des valises de billets... On arrose abondamment...Demandez donc à Nelson Mandela ce qu'il en pense... Il est resté abasourdi au moment de la désignation de l'Allemagne pour organiser la Coupe du Monde, aux dépens de l'Afrique du Sud, explique "Le Parisien"... A côté de l'opération Paris 2012, c'était une farce de récréation. Et vive le foot ! Alors des choses comme ça... Le côté "ombre" que, par définition, on ne veut pas montrer... Eh bien, des choses comme ça, elles vivraient tranquillement si la presse n'existait pas. Bon, ça n'empêche pas la corruption de corrompre, l'homme vénal de s'enrichir, la tricherie de tricher... Mais dénoncer, ce n'est pas rien... Le fait de pouvoir le faire, ça s'appelle "la liberté de la presse", à laquelle cette journée est consacrée... Et c'est le journal "Le Monde" qui d'abord établit le bilan... En rappelant d'abord que 63 journalistes ont été tués en 2005... 807 arrêtés, et 1.300 agressés ou menacés à travers le monde... L'année 2005, précisément, restera la pire pour les journalistes depuis 10 ans. Et puis il y a la censure, évidemment, les attaques contre le secret des sources, y compris dans les pays démocratiques... Et d'ailleurs, le journal "L'Humanité" nous rappelle qu'en France également, la presse est en danger... Mais là, pour des raisons différentes, des raisons essentiellement économiques... La crise que connaît "France Soir" en constitue un exemple flagrant... Ce que "L'Humanité" considère comme une menace sur le pluralisme. Manque d'idée éditoriale, concurrence des gratuits, des blogs et de l'Internet... Concentration également dans la presse régionale, laissant deviner une information de plus en plus uniformisée et, disons-le, aseptisée... Le mot est lâché... Il fallait oser... Bien sûr, Claude Baudry n'associe pas son journal à cette dérive, mais reconnaît que "L'Humanité" - qui, selon lui, fait entendre une voix différente - est aussi dans la difficulté... Autrement dit, l'étouffoir économique... Il en va aussi de la liberté de la presse. Bonne journée... A demain...

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.