(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : le débat, un premier bilan

(Bruno Duvic) C'était long, technique, tendu, de qualité et au final match nul avec avantage Hollande aux points. Voilà en quelques mots la synthèse de la presse ce matin.

L'expression qui revient le plus souvent à la Une, notamment dans la presse régionale, c'est "Coup pour coup".

Légèrement vainqueur aux points, comment le mesurer, en gardant à l’esprit que la presse n’est pas l’opinion ?

Premier élément, parlons comme les instituts de sondage. Sur un panel de 25 éditoriaux sélectionnés par l'Agence France Presse - ce sont les extraits les plus marquants : 17 ne se prononcent pas, 6 vous déclarent légèrement ou franchement vainqueur, 2 désignent Nicolas Sarkozy.

Il y a les journaux qui vous (François Hollande invité du 7/9) sont depuis le début de la campagne plutôt favorable ou défavorables au président sortant.

Libération , édito de Nicolas Demorand. "En dépit d'une réalisation digne de l'ORTF, la dynamique du débat aura permis d'éviter la langue de bois. A ce jeu là François Hollande a marqué bien des points."

Libération qui a bouclé sa Une avant même la fin du débat - mais c'est vrai que vous avez terminé tard : « Hollande préside le débat »

Dans la presse régionale,

Jean Marcel Bouguereau, La République des Pyrénées : « A force de reculer pied à pied, Nicolas Sarkozy semblait acculé dans un coin du ring. Et plus loin : on assistait à la chute finale d'un président. »

Daniel Ruiz, La Montagne : « s'il est un point sur lequel les lignes ont sans doute bougé, c'est sur l'image d'un François Hollande taille patron. »

Parmi les éditos qui désignent clairement un vainqueur, il y a aussi celui de Jean Claude Souléry dans La Dépêche duMidi : « En jouant la défensive, le candidat sortant semblait déjà sorti. On verra dimanche, mais hier soir il a perdu.»

A ces éditos, s'ajoutent les analyses sur les sites Internet des journaux.

Là encore, le verdict ne surprend pas forcément. Mediapart.fr : « Hollande bouscule Sarkzoy sur son bilan ». Mais le site a trouvé que vous aviez montré des faiblesses sur les questions internationales

Pour Françoise Fressoz sur lemonde.fr , match nul mais du coup c'est à votre avantage : « Hollande partait en position de favori, il le reste. »

Le jdd.fr s'est lancé et a donné des notes. Elles traduisent la qualité du débat. Sarkozy 7.5 sur 10. Hollande 8.5.

Parmi les observateurs qui tranchent plutôt ou nettement en faveur de Nicolas Sarkozy, on trouve Hubert Coudurier dans Le Télégramme .

"Hollande a su faire ressortir certains traits de caractère de Sarkozy mais il a été faible sur la cohérence économique de son programme.

Sarkozy a su habilement démontrer que le contribuable paierait le prix d'une certaine démagogie, mais n'ayant pas un bilan exemplaire à présenter, l'exercice a fini par trouver ses limites. Il s'est bien défendu sans pour autant ébranlé celui dont il a dénoncé la folie dépensière. Sur la forme, Hollande a un vrai talent de dialecticien, sur le fond, c'est une autre affaire.

Et puis Paul-Henri du Limbert dans Le Figaro : « Il y avait bien, hier soir, face à face, un ancien et un moderne. François Hollande parle couramment le langage socialiste, celui qu'on ne parle depuis bien longtemps en Europe. Taxation, redistribution et le tour est joué. C'était le rôle de Nicolas Sarkozy de rappeler à son rival que le monde s'est profondément modifié depuis que les socialistes ont quitté le pouvoir. »

Et ceux qui ne se prononcent pas, que disent-ils ?

Dans Libération , Alain Duhamel qui précise qu'il a écrit son texte à mi débat résume bien le sentiment de cette catégorie d'observateurs.

« Débat plus technique et plus teigneux que les précédents. J'ai peur que le public ne soit saoulé de statistiques et de données contradictoires. Mais leurs arguments à chacun sont solides, c'est un débat de très bonne tenue. Je pense qu'Hollande a marqué un point important lorsqu'il a dit à Sarkozy "En fait vous n'avez jamais tort, vous avez toujours raison." Mais sur la question de la dette, c'est Sarkozy qui a pris le dessus en utilisant les chiffres de la cour des comptes. »

Globalement, chacun a repéré la structure de la soirée : on a débattu de votre projet et du bilan de votre adversaire.

Les moments forts... Slate.fr nous rappelle ce qu'est une anaphore et une épiphore.

« Anaphore » : une série de phrases qui commencent toutes de la même manière...

C'est vous, François Hollande :

"- Moi président de la République, je ne serai pas chef de la majorité,

  • Moi président de la République, je ne traiterai pas mon Premier Ministre de collaborateur, etc... »

De l'avis quasi général c'était votre moment marquant.

« Epiphore », c'est presque la même chose, sauf que la formule répétée revient à la fin de la phrase. C'est Nicolas Sarkozy lorsqu'il a égrené tous les hommes de gauche placés à des postes importants sous son quinquennat. A chaque fois, il terminait sur cette question : « C'est une présidence partisane ? »

Rue89 a relevé la fréquence des mots mensonge et menteurs. « Nicolas Sarkozy s'est évertué à démontrer que le menteur n'est pas celui qu'on croit. Hollande a eu l'air de dire que son adversaire avait peut-être quelque chose à se reprocher. »

Autre version de la même accusation dans la bouche du président sortant : l'expression de « petit calomniateur. »

De l'avis général vous étiez dans les cordes sur la question des centres de rétention. Autre flop de la soirée en ce qui vous concerne, selon Bruno Jeudy sur le jdd.fr : la défense du programme nucléaire. « Hollande a rendu les armes en lâchant les verts. »

Et puis il y a le "fact checking"

Oui, c'est une première pour une campagne présidentielle. Les Internautes contrôlent et corrigent en direct les déclarations des candidats.

Ils ont relevé plus de bourdes, de mensonges ou d'approximations de la part de votre adversaire que de votre fait.

C'est à lire sur mediapart.fr , latribune.fr , owni.fr et rue89.com

Du côté du président sortant :

  • pas d'émeutes pendant mon quinquennat. Si : il y a eu Grenoble et Villiers le Bel
  • La France seul pays qui n'a pas connu un trimestre de récession depuis 2009. Faux, il y a aussi l'Allemagne, la Suède, la Grande Bretagne et les Etats Unis

  • La France, fiscalité la plus lourde d'Europe : faux. En 2011, dixit rue89 qui cite la commission Européenne, elle était à la 7ème place.

De votre côté :

  • 400.000 emplois industriels détruits pendant le quinquennat, c'est 300.000 selon mediapart .

  • Sur la hausse de la TVA qui coûterait 300 Euros par an à des Smicards, latribune.fr trouve que vous avez chargé la barque.

Et rue89 est d'accord avec votre adversaire quand il doute que l'une de vos mesures phares, le contrat de génération, crée vraiment des emplois.

Ces bureaux de vérification sur Internet, c'est aussi ce que l'on retient de cette soirée télé, avec Daniel Schneidermann dans Libération . C'est que justement, « suivre le débat à la télé était presque secondaire. Ce qui est important se joue sur les sites des journaux.

Comme si on assistait à un nouveau partage des tâches, la télé se cantonnant à la pure image, les sites d'information s'occupant des débats de fonds. »

A demain

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.