On lit la menace des Black Blocs dans le Parisien, leur loghorrée dans Libération, mais dans Explicite, ils dansent sur Alizée au milieu des lacrymogènes. L'Obs part en pèlerinage près d'un savant anglais, Ouest France conte l'utopie des frigos, la Provence défend les vautours, le Point dévoile un scandale pédophile.

S'en prendre au mobilier urbain, c'est cibler un des symboles de l'organisation spatiale décidée unilatéralement par l'Etat dans la tactique Black Bloc
S'en prendre au mobilier urbain, c'est cibler un des symboles de l'organisation spatiale décidée unilatéralement par l'Etat dans la tactique Black Bloc © AFP / Yann Castanier / Hans Lucas

Les black blocs occupent encore les journaux...

Et c'est un exorcisme de voir la presse disséquer l'ennemi, quand le Parisien dresse le portrait du black bloc "équipé pour casser", lunettes de piscine contre les lacrymogènes, veste noire à capuche, sac à dos garni d'un marteau ou d'un pied-de-biche, et la peur rode au coin des pages, quand le Figaro dénonce "l'inquiétant profil des casseurs d'ultra gauche" et cite Gérard Collomb, "l'art des black blocs est de se mélanger pour qu'il y ait des blessés et des morts si la police intervient", et la fascination se faufile quand Le Parisien cite Raphael, qui sent la peur dans les yeux des keufs et la fascination s'étale quand Libération fait sa Une, "un Black Bloc s'explique", et accueille en majesté Johan: "le black bloc pousse l'état dans ses retranchements afin qu'il affiche son vrai visage, la violence policière qui s'exprime quotidiennement dans les quartiers populaires..."

Tout ceci donne l'impression d'une force implacable, qui se dissipe quand le journalisme prend un peu de distance, et c'est Le Monde qui ose l'écrire, "Paradoxalement, les dégâts matériels et humains ont été plutôt limités", et oui, la police a su capter la fureur des casseurs... 

Explicite, jeune media sur Internet a suivi la manifestation au cœur du cortège de tête et dans ce reportage, les black blocs parlent normalement, comme des gosses dans un jeu politique... . 

Quand tu entres dans le bloc, c'est assez génial. Tu enfiles ton k-way, ton foulard, et tu sais qu'autour de toi, ils sont tous là pour t'aider

dit Mathilde venue de Bretagne, dans ce bloc qui casse puis se met à danser au milieu des lacrymogènes au son de "Moi Lolita" de Alizée, que diffusent des enceintes bluetooth, et les cortèges de têtes cèdent aux premiers assauts policiers... 

On voit dans Explicite une poignée de jeunes gens qui se sauvent dans une rue parisienne, et ce n'est pas la puissance qui frappe mais leur défaite et leurs ruses. 

On est venus ici parce qu'il y a trop de keufs à Nantes. A Paris, on tagge plus facilement… On a eu l'intelligence de péter deux grilles au Jardin des Plantes pour s'enfuir. On n'est pas des teubés, la plupart parmi nous sont doctorants.

Pas des teubés, des doctorants, rassurez-vous bonnes gens. L'Etat va tenir. La parodie ne le menace pas... 

Et si vous en doutez, lisez des choses graves quand Paris Match et Libération reviennent en Nouvelle-Calédonie et revisitent la grotte d'Ouvéa, où, il y a trente ans, mourraient quatre gendarmes, deux parachutistes et dix-neuf indépendantistes dans une violence réelle.

Et si vous en doutez contemplez Emmanuel Macron en l'anniversaire de sa victoire aux Unes de Paris match (avec son épouse) et de l'Express (seul), ou de Forbes où il trône, en leader du free market, les Echos montrent cette couverture. Et le Point fait dissidence en affichant Edouard Philippe en couverture. Ils n'affichent guère la peur ou le doute, ces hommes au pouvoir qui ne varient pas. 

On parle de rêve aussi... 

Ce qui reste quand le pouvoir est solide et le capitalisme en marche...

Il reste l'utopie que le UN nous offre pour son numéro 200. Le droit de rêver à un autre monde ? Il reste aussi des sages qui ont pensé avant nous et l'Obs a envoyé un philosophe, Bruno Latour, rencontrer un vieux savant anglais, James Lovelock, sur la route des Cornouailles. Lovelock a inventé le concept de Gaïa, la terre en grec, selon laquelle tous les habitants, les cellules, les bactéries, les plantes, nous-mêmes, s'entrelacent pour composer la vie et notre planète. Ce n'est pas l'article le plus facile à lire mais il y a une poésie dans cette idée... 

Mais il n'est pas besoin de penser le monde pour le rendre meilleur. Je lis dans Ouest France le portrait d'une lavalloise de 36 ans, Rwaida Ayache, qui dit ceci: « En France, on a perdu l’habitude de faire confiance » et y remédie en Mayenne en lançant des « frigos solidaires » : des réfrigérateurs où chacun peut déposer de la nourriture et se servir selon ses besoins...  

Aujourd’hui, je peux donner, demain, je peux en avoir besoin. 

Et le monde est meilleur. Et la nourriture est une révolution. dans la Provence, à propos de nourriture, je lis une défense et illustration minutieuse des vautours, volatiles injustement décriés, accusés -dans les Pyrénées, je lis cela dans la Dépêche-  d'attaquer et de dépecer des vaches et des brebis qui ont juste mis bas attirés par le placenta... Mais qui sont en réalité, insiste la Provence, les animaux, les plus propres et les plus utiles, protecteurs de l'homme et de la nature, qui nettoient la faune de ses cadavres.

Il faudrait, j'ai trouvé ça dans les archives du parisien, offrir aux vautours des charniers pour les détourner des brebis parturientes. Chacun est responsable aussi du rapace...

Et un scandale de pédophilie qui menace l'église de France

A propos de vautours donc, pardon, voilà donc des éducateurs qui auraient fait bonne chère du corps des enfants qu'on leur confiait... C'est Le Point qui a révélé hier sur son site internet, une enquête judiciaire qui encercle la communauté catholique traditionnaliste de Riaumont, dans le Nord, où des enfants de familles très religieuses côtoient, des "petits durs" dans un pensionnat critiqué de longue date pour sa brutalité. On parle désormais d'atteintes sexuelles, ayant eu lieu dans les années 90 à 2000...  Plus de 200 témoins et victimes ont d'ores et déjà été auditionnés par la police, du Vietnam au Canada et en France... 

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