Bonjour... Trois jours après le passage désastreux de Xynthia sur la France, la tempête médiatique s'éloigne peu à peu. Les titres que la presse consacre à la catastrophe se font plus rares... Xynthia s'efface, ce matin, devant un événement sportif annoncé. Avis de grands vents sur le Stade de France : les Bleus de Raymond Domenech y accueilleront ce soir la sélection nationale espagnole, j'y reviendrai dans un instant. Xynthia, quand même. Xynthia, encore et toujours, avec son lot de questions et d'incompréhensions, avec ses marques de solidarité et son deuil. La tempête a souvent quitté les Unes de vos journaux ; elle n'est pas, pour autant, oubliée en pages intérieures. Dans Libération, page 10 : "Faute d'évacuation, la prévention est restée vaine". Le quotidien régional Sud-Ouest publie l'entretien que lui a accordé le président du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels, il exerce à Arcachon. Il dit ceci, Patrice Beunard : "Le Français est, à mon sens, quelque peu indiscipliné : il a besoin d'avoir la connaissance exacte du risque avant d'appliquer les consignes. On ne sait évacuer que quand on découvre une bombe". Sud-Ouest titre, en Une, sur l'Ile de Ré : "Une île déchirée et des hommes soudés". Le Figaro lui fait écho : "La tempête a coupé en trois l'Ile de Ré"..."Xynthia a bousculé pendant 48 heures la géographie de l'île, lui rendant le visage qu'elle avait au Moyen Age, avant que Ré, Loix et Ars soient réunies" : c'est le sous-titre de cet article publié en page 2. La Tribune évoque le "bétonnage" et le "goudronnage" de nos côtes et nous apprend que "chaque année, l'artificialisation des sols gagne 60.000 hectares sur les espaces naturels. Les zones littorales sont trois fois plus touchées que le reste du territoire". (Nicolas Demorand : "C'est mercredi, jour de publication du Canard Enchaîné. Quel sort l'hebdomadaire satirique réserve-t-il à Xynthia ?") Il en fait son gros titre de Une, mais ce n'est pas à Xynthia que Le Canard fait un sort... C'est plutôt à Nicolas Sarkozy. En tête de première page : "Sarko promet une aide financière et un plan digues : pourvu que ce ne soit pas du vent !". Je vous l'avoue, je suis un peu déçu, j'ai connu Le Canard Enchaîné un peu mieux inspiré. Tant qu'à faire, je préfère le titre subtil que le quotidien économique La Tribune consacre aux silences du numéro 2 du gouvernement, ministre de l'Environnement et de l'Energie : "Borloo, ministre de la discrétion durable". Après le drame, après les larmes et la colère, on sent que vos journaux ont besoin de s'aérer. La Croix, par exemple, que l'on a connue plus austère, consacre son dossier du jour à "l'empire de la dérision". Le quotidien constate que "à la radio, à la télévision, sur Internet, l'humour mordant prend de plus en plus de place. Au point d'exercer parfois un pouvoir excessif". En pages intérieures, le journal pose cette question grave : "La dérision, rire salutaire ou mal ravageur ?". Parmi les illustrations : une photo de "notre" Stéphane Guillon. L'éditorialiste Dominique Quinio sent flotter, dans l'air du temps, "l'idée que tout engagement peut (doit) être tourné en ridicule, qu'il n'y a pas de valeur qui vaille". Elle s'interroge et nous interpelle : "Ne peut-on rappeler à ces prêcheurs d'un nouveau type que, du haut de leur chaire publique, ils ont une responsabilité (au-delà du sens juridique du mot) à la hauteur de leur succès : ils doivent veiller aux conséquences de ce qu'ils disent ou écrivent". Depuis près d'un siècle, les journalistes du Canard Enchaîné ont eu le temps de tourner et retourner le sujet dans tous les sens. Ils continuent à s'en donner à coeur-joie. Et c'est souvent un régal, comme quand on lit l'article de Une intitulé : "Patrick et Alain sont dans la Simca 1000". Le Canard invite Alain Madelin et Patrick Devedjian à venir consulter ses archives avant de s'exclamer : "Tout le monde sait qu'ils ont fait les 400 coups lorsqu'ils étaient petits et fachos". Puis l'hebdomadaire satirique s'adresse au socialiste Vincent Peillon, qui a répondu aux accusations portées contre son camarade Ali Soumaré en exhumant du "Petit Varois" les exploits que les deux hommes (aujourd'hui ministre et ancien ministre) auraient accomplis en 1965 à La Croix-Valmer (vol d'une Simca 1000, siphonnage d'un réservoir, course-poursuite avec la police). Le Canard Enchaîné suggère à Vincent Peillon de jeter un oeil dans le livre de Frédéric Charpier "Génération Occident". L'actuel ministre de la Relance Patrick Devedjian, accusé -paraît-il- d'avoir "balancé ses potes aux poulets" (je lis Le Canard) "...avait passé un sale quart d'heure dans une baignoire, rue Soufflot, avant de s'enfuir par une fenêtre sur les toits, dans le plus simple appareil". Sous le titre : "France 3 monte au front pour protéger Novelli", Libération relate l'intervention de la chaîne des régions auprès du député socialiste d'Indre-et-Loire Jean-Patrick Gille. France 3 lui demande de retirer de son site un reportage qui reviendrait sur "les faits d'armes extrêmement à droite" du secrétaire d'Etat au Commerce. (ND : "Quand les "extrême-droitistes" d'hier deviennent des personnalités UMP de premier rang, ce n'est pas le fait d'une manipulation génétique")... Non, c'est 100% naturel. Ce n'est pas le cas de la pomme de terre dont la Commission européenne vient d'autoriser la mise en culture. Cette patate OGM est une créature du géant allemand de la chimie BASF. Le quotidien économique Les Echos titre : "Bruxelles relance le débat sur les OGM en Europe". En plus d'Amflora (c'est le nom de la pomme de terre transgénique allemande), trois nouvelles variétés de maïs fabriquées par le bidouilleur de gènes américain Monsanto reçoivent une autorisation de Bruxelles. Les Echos le rappellent : "chaque Etat restera libre de son choix". La France a, depuis un certain temps déjà, décrété un moratoire sur la culture des produits transgéniques. En première page du Monde Diplomatique de mars, et en lettres rouges, ce titre : "Comment les tomates ont perdu leurs saveurs"... Le Diplo réserve deux pages à cet intéressant sujet. On vous y explique les manipulations multiples que subissent les tomates le plus souvent venues d'Espagne. Le responsable "fruits et légumes" d'un grand hypermarché souligne que les tomates "arrivent très dures". Manipulées par les clients, elles doivent pouvoir tenir "deux à trois jours en rayon". La première variété de cette tomate antichoc a été mise au point en 1989, il y a 21 ans, sous le nom de Daniela. Depuis, ses géniteurs ont travaillé sa couleur, sa jutosité, sa tendreté. En France, l'Institut national de la recherche agronomique travaille à l'optimisation de la logistique des fruits et légumes. Le Monde Diplomatique ajoute que ces recherches "essentiellement utiles à la grande distribution" sont menées avec de l'argent public. A la lecture de cet article, on apprend aussi que "le consommateur qui pense éviter la tomate espagnole d'Almeria" en allant chez le primeur de son quartier plutôt qu'au supermarché "s'illusionne". Alors que se déroule à Paris le Salon de l'Agriculture, les reportages foisonnent autour du mal-être des paysans français. L'Indépendant s'intéresse à eux et publie un article qui revient sur la tempête du week-end. Il est intitulé : "Xynthia, un coup dur pour des paysans en difficulté". Tout semble se liguer contre eux : les aléas climatiques, la rapacité des intermédiaires. Et à présent, ceux qui se retrouvent sinistrés en Vendée et en Poitou-Charentes vont devoir faire le siège des assureurs. Le Figaro précise que "les dégâts de la tempête Xynthia (sont) évalués à un milliard d'euros". Ceci m'amène, en surfant sur la "dérision" chère à La Croix du jour, à vous rapporter ce que publie ce matin l'édition "Val-d'Oise" du Parisien-Aujourd'hui en France : "La sinistrée reçoit 14 centimes d'euro d'indemnité (...) Quatre ans après l'incendie de la cité Blanche-de-Castille, à Saint-Ouen-l'Aumône, une plaignante attend toujours ses 6000 € de dédommagements". Son appartement a été détruit aux trois-quarts. Elle déclare : "En ouvrant mon relevé de compte bancaire, j'ai cru que c'était un gag". (ND : "Heureusement, Alain, il y a le football")... Ne vous impatientez pas, Nicolas, je vais y venir. Auparavant, je prends une option sur trois titres que vous lirez dans Le Parisien-Aujourd'hui en France. Je vous les cite : - "Le témoignage accablant d'un salarié de Disney. Alors qu'un employé du parc de loisirs s'est donné la mort le 21 février, l'un de ses collègues avait fait une tentative de suicide la veille". Le Parisien parle de harcèlement et fait état d'un "malaise croissant chez Mickey". - "Carrefour veut réintégrer les vigiles accusés d'avoir tué un SDF. Deux des quatre vigiles accusés d'homicide involontaire après la mort d'un SDF à Lyon seront réintégrés par la grande surface qui les employait". - "Les diseuses de bonne aventure font plier le maire. L'arrêté empêchant les diseuses de bonne aventure de travailler aux Saintes-Maries-de-la-Mer vient d'être jugé discriminatoire". ...Trois titres qui sont un signe des temps, probablement. Ballon-ballon : j'en reviens au foot et à la rencontre amicale qui opposera ce soir au Stade de France nos Bleus à l'Espagne. Sous le titre : "Gare au coup de corne", L'Equipe rappelle que la sélection espagnole a gagné 21 des 22 matches qu'elle a disputés depuis sa conquête du titre européen en 2008. Presque tous vos journaux voient ce rendez-vous sportif comme un "test" à trois mois du coup d'envoi de la Coupe du Monde. Un test pour qui ? La réponse, on la trouve en première page du Dauphiné, pour qui "la question se pose déjà : QUI, après Domenech ?". France-Espagne : c'est ce que Le Figaro appelle "l'opération rachat". Je n'ai pas le temps de vous parler des supporters du PSG qui semblent causer des soucis à tout le monde, mes petits camarades de France Inter vous en ont touché un mot dans les journaux de la matinale. En revanche, je prends quelques secondes pour vous inviter à suivre ce qui va se passer ce soir à l'Elysée-Montmartre de Paris avec le rappeur anglais d'origine indo-sud-africaine "MF Doom". Les organisateurs, raconte Libé, sont "au bord de la crise de nerfs". Ils se demandent ce qui leur a pris d'organiser ce concert au cachet exorbitant. "MF Doom", en effet, a l'habitude de se produire sous un masque. L'ennui, c'est que sous le masque, il n'y a pas toujours "MF Doom". Gare à l'émeute. Pour finir dans la même veine, je vous donne des nouvelles de Doc Gyneco. Le Canard Enchaîné nous apprend que le Doc pointe depuis quelques semaines au chômage. Il perçoit 89 € et 31 centimes d'allocation par jour jusqu'au 24 octobre prochain s'il ne retravaille pas avant cette date. Comme quoi, ça ne sert pas toujours à grand-chose d'avoir des amis haut placés... Bonne journée...

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