C'est une une pas très jolie, il faut le reconnaître, mais elle a la qualité d'être efficace. On la comprend tout de suite.

C'est un dessin de la Botte de l'Italie, et de sa partie haute s'échappe une main et un avant-bras, tendus vers le ciel, faisant un salut fasciste. C'est un dessin publié en une de Libération, et qui traduit bien l'inquiétude de la presse et de l'Europe ce matin.

L'Italie convoquera demain ses 50 millions d'électeurs pour des législatives qui, quel que soit le résultat, bouleverseront le pays et le continent.

Le Parti Démocrate de Matteo Renzi est à la peine. Le Mouvement Cinq Etoiles, populiste, et la Ligue, d'extrême droite ont le vent en poupe. Et comme seule alternative, Silvio Berlusconi et son parti Forza Italia.

"Vous ne rêvez pas !", lance à juste titre Paul Quinio dans Libération, "le Cavaliere "bunga bunga", le Caïman corrompu et condamné, est aujourd'hui perçu dans le paysage politique italien comme un rempart" aux dérives extrémistes. Après des mois de campagne difficiles, ternis par l'attentat nationaliste et raciste de MACERATTA, voilà le choix qui s'offre à nos voisins.

On peut lire dans la République des Pyrénées, sous la plume de Jean-Marcel Bouguereau, un triste bilan des derniers mois : une "campagne électorale où on ne parle pas de chômage des jeunes, d’enseignement, d’Europe, de réduction du déficit budgétaire, mais de fascisme et d’immigration".

Et Le Figaro de s'interroger sur le futur parlement. Une victoire de Berlusconi avec une coalition de centre droit très très à droite, amènerait l'actuel président du Parlement européen, Antonio Tajani, à la tête du gouvernement. Mais, si le parti du milliardaire ne sort pas 1er de la coalition, c'est le patron de la Ligue, ex Ligue du Nord, nationaliste, xénophobe, eurosceptique et alliée de Marine Le Pen, Matteo Salvani, qui entrerait au Palais Chigi...

"La tentation d’un nouveau « Duce » à la Mussolini", alerte Jean-Marcel Bouguereau, "n’est malheureusement pas à exclure." Toute l'incertitude réside chez les indécis, bien entendu. Ils sont environ 8 millions, rappelle Le Figaro, 13% du corps électoral. 8 millions de personnes dont le bulletin fera basculer ou non, l'Italie vers l'extrême droite.

Une menace nationaliste, extrémiste, en Europe

Hasard du calendrier, on vote aussi en Allemagne. Vote interne des 464 000 membres du Parti social-démocrate toute cette semaine. Le résultat sera dévoilé demain matin.

OUI ou NON à l'accord gouvernemental avec la CDU d'Angela Merkel. Oui à la fin d'une crise politique de plus de 5 mois. Oui à cette alliance, considérée comme décevante, au rabais, pour les militants du SPD, qui feront une croix sur des idées fortes de leur programme.

C'est ce qui ressort d'ailleurs des interviews pour et contre, publiées par Libération ce matin. "Il vaut mieux avoir 20% de social-démocratie que rien du tout, non ?", s'interroge encore Gesine qui a voté OUI. Tandis qu'une autre, Anja, qui a voté NON, explique que trop de concessions ont été faites, de "lignes rouges" ont été franchies.

En cas de victoire du non, c'est la plongée dans l'inconnu et un risque, rappelle l'hebdomadaire Politis. La convocation de nouvelles élections législatives, une aubaine pour une extrême droite de plus en plus forte en Allemagne.

Politis, qui élargit le constat cette semaine, et s'inquiète de la percée des extrémistes au niveau européen. Italie et Allemagne donc, mais aussi Autriche et Grèce. Les partis traditionnels faiblissent, les partis populistes se renforcent. De plus en plus en Europe, les coalitions entre droite et extrême droite se forment avec aisance. On peut alors, craindre le pire, ce matin à la lecture des journaux.

Défendre la place des femmes

Retour sur la Cérémonie des César d'hier soir. "Des César glamours et militants", dixit Le Parisien. Consécration de 120 battements par minute de Robin Campillo : meilleur film, meilleur acteur dans un second rôle, meilleur espoir masculin, meilleur scénario original, meilleur Montage et meilleure musique originale.

"Tout feu, tout femme" , en Une de la Provence. César d'Honneur à Penelope Cruz, très émue. Et un ruban blanc, symbole de la lutte contre les violences faites aux femmes, arboré par les personnes présentes. Avec un message, un mot d'ordre : Maintenant, on agit...

A prévoir, désormais que la cérémonie est passée, une réaction. Un "mais". Car ces derniers temps, il y a toujours un "mais". C'est d'ailleurs le coup de gueule de la journaliste Titiou Lecoq sur Slate.fr. Ce "mais", qui vient ruiner toute les mobilisations de reconnaissance des souffrances des femmes et des inégalités homme-femmes.

Les hashtags MeToo et Balance Ton Porc, c’est très bien... MAIS...

Et la journaliste de lister tous les "mais" entendus ces derniers mois...

"MAIS ça va trop loin. MAIS les réseaux sociaux ne doivent pas être un tribunal populaire. MAIS il faut laisser la justice faire son travail. MAIS il y a des femmes qui mentent". Etc...

Cela va-t-il réellement trop loin ? Non, répond Titiou Lecoq, en prenant l'exemple des hommes accusés par des femmes. Leur vie n'a pas été détruite avant même d'être jugés, explique-t-elle, comme certaines critiques le dénonçaient.

Woody Allen par exemple, fait toujours des films, Roman Polanski devrait être à l'affiche du prochain Tarantino sur Charles Manson, Gérald Darmanin est toujours ministre de la République... Pire, la cagnotte « Free Tariq Ramadan », en soutien à l'islamologue accusé de viol, a dépassé les 100.000 euros en quelques jours.

Difficile constat à lire sur Slate... Que pour chaque "mais" avancé, c'est la société qui se désolidarise, morceau par morceau, d'un mouvement de combat pour l'égalité qui devrait être embrassé par tout le monde.

Pour enfoncer le clou, que dire de cette histoire, dont parle le Huffington Post ce matin. Dominique Besnehard, le producteur et ex-agent des stars du cinéma, était invité de Jean-Pierre Elkabbach sur CNews hier matin pour évoquer la Cérémonie des César. Et notamment, cette libération de la parole des femmes après l'affaire Weinstein... 

Il se présente d'abord comme féministe, MAIS, il a ces mots pour parler de la militante Caroline de Haas :

"Moi, j'ai envie de la gifler !" Ce à quoi Elkabbach lui répond : "Il n'est pas impossible que vous ne soyez pas le seul"... Une "séquence violente", commente le HuffPost, qui précise que Caroline de Haas, qui a quitté les réseaux sociaux à cause des messages de menaces qu'elle recevait, a annoncé qu'elle porterait plainte.

Le soir, Dominique Besnehard et Jean-Pierre Elkabbach se sont rendus à la cérémonie des César. Sur des photos, on les voit recevoir et arborer le ruban blanc contre les violences faites aux femmes. Tout un symbole.

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