(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : l'art français de la guerre

(Bruno Duvcic) Titre du roman, prix Goncourt, d'Alexis Jenni. Goncourt "mérité" selon La Croix et beaucoup d'autres. "Il éclaire notre histoire récente à la lumière du remords colonial, il tisse une chronologie subtile entre les horreurs du passé et celle d'aujourd'hui."

Le malaise français, cette difficulté à faire cohabiter, parfois, passé et présent, personnes de sensibilités différentes, on en trouve beaucoup d'illustrations dans la presse ce matin.

Première illustration : l'attentat contre les locaux de Charlie Hebdo

Attentat la nuit de la parution de l'hebdo rebaptisé Charia Hebdo .

"C'est une image sans précédent, écrit Nicolas Demorand dans Libération , un journal totalement détruit par le feu en plein Paris."

Alors, dans les locaux de Libé où parait-il, le café n'est pas bon mais la bière est fraiche, on s'est serré pour faire de la place aux confrères de Charlie .

« Geste élémentaire, précise le directeur Demorand : il n'était pas question que l'hebdomadaire satirique soit absent des kiosques la semaine prochaine.»

Libération qui fait de la place à Charlie dans ses colonnes aussi. Quatre pages, illustrées de caricatures évidemment, pour revenir sur l'attentat, la journée d'hier.

Et la Une est offerte au dessinateur Catherine. C'est un Sarkozy angoissé qui apparait : « Après la Grèce il faut maintenant sauver Charlie . Quinquennat de merde. »

La réprobation est unanime, titre Le Figaro . Dans l'édito du Monde / "Pourquoi il faut soutenir Charlie Hebdo (...) : la liberté d'expression et de création artistique est l'une des valeurs essentielles de nos démocraties."

Sur Rue89 , Daniel Schneidermann a un point de vue un peu plus distancié. Ce numéro de Charia Hebdo était pour lui une « provocation pas drôle (...) un fonds de commerce », pas envie au départ d'en faire la pub.

Mais il ajoute : "qu'une poignée de cons balance un cocktail Molotov et l'abstention devient interdite : nous voilà enrôlés sous la banderole de la liberté menacée par les cons et amenés avec la Sainte Union des pas trop cons à rappeler ceci : oui, on a le droit de dessiner Mahomet à la Une, comme on la droit de moquer tant qu'on veut les imams, les curés et les rabbins et ce droit est inaliénable."

L'art français de la guerre, suite... La guerre d'Algérie à la Une de Valeurs actuelles

Elle figure aussi dans ce passé qui ne passe pas, selon l'expression d'abord utilisée pour Vichy.

Que reste-t-il à découvrir de cette guerre ? Beaucoup de choses, selon Valeurs actuelles , qui publie les bonnes feuilles d'un livre écrit à partir des archives du conflit. L'historien Jean-Jacques Jordi a été autorisé à plonger dans les archives.

Et voici ce que dit cet enseignant à l'Ecole des hautes études en sciences sociales : « le terrorisme FLN a précédé celui de l'OAS et il a été beaucoup plus meurtrier. (…) Exactions dirigées non contre des activistes mais de manière aveugle contre l'ensemble de la population. (…) Faits connus et soutenus par les dirigeants algériens de l'époque. »

Propos qui provoqueront sans doute la polémique. « Il ne s'agit pas de réhabiliter une violence par rapport à une autre, précise Valeurs actuelles , mais de rétablir une vérité plus complexe que celle propagée depuis 1962. »

L'histoire de la guerre d'Algérie resterait donc à écrire, celle des noirs de France aussi

Hommes et femmes venus d'Afrique, des Caraïbes, de l'Océan indien et d'Océanie. C'est fait : un ouvrage publié aujourd’hui retrace trois siècles d'une histoire "spécifique", nous dit Le Monde .

Et il remet en cause quelques mythes, selon Pascal Blanchard, chercheur au CNRS qui a codirigé cet ouvrage :

  • non, l'arrivée des noirs en France n'est pas récente, elle date du XVIIIème siècle.

  • non, les tirailleurs sénégalais n'ont pas davantage servi de chair à canon que les bretons, les corses ou les occitans.

  • cet historien considère que les générations issues des migrations africaines et d'outre mer ont trop construit leur imaginaire historique sur la souffrance et le malheur.

  • mais aujourd'hui, selon lui, l'acceptation des minorités visibles a atteint un de ses niveaux historiques les plus bas.

Gagner en visibilité contre le racisme. Deux exemples.

D’abord, le dernier exemplaire du magazine Respect Mag , toujours en kiosque. Ce trimestriel consacré à la culture urbaine, sociale et métissée a publié un numéro 100% "noirs de France."

Second exemple, c'est dans Le Nouvel Observateur , l'affiche de campagne provoc’ que va bientôt déployer Patrick Lozès, candidat à la présidentielle et ancien président du conseil représentatif des associations noires. On y voit sa photo et ce slogan : « En 2012, ne votez pas blanc. »

Et c'est en France que s'ouvre aujourd'hui une tout autre bataille : celle du G20.

Le G20 et les malheurs de l'Europe en invités vedette, on en parle largement ce matin sur France Inter. Quelques titres, pour donner le climat dans la presse.

Crise de l'Euro, Libération a le "G20 triste".

Pour Le Figaro , « l'Europe règle ses comptes sous les yeux du monde ».

Pour La Tribune , « La Grèce impose son scénario à Cannes. »

« G20, ils ont peur des peuples », titre L'Humanité .

« Comment donner la parole aux citoyens européens » ? C'est la Une de La Croix ,__ qui soumet cette question à une série de personnalités.

Parmi les intervenants, Dominique de Villepin. "On voit deux réponses émerger, dit l'ancien Premier Ministre. Celle de la Grèce qui a fait le choix du referendum et celle de l'Allemagne qui fait le choix d'une démocratie parlementaire vigilante." L'Allemagne où Angela Merkel consulte régulièrement le Bundestag avant les sommets européens.

Deux méthodes donc, mais, selon Villepin, « l'Europe doit se mettre à la même heure démocratique. Pour ma part, je serai favorable à la tenue d'un referendum européen, une fois que les contours d'une nouvelle architecture institutionnelle auront été trouvés. Pour l'heure il faut accorder plus d'importance au Parlement européen et aux parlements nationaux. »

Dans ce dernier épisode de la crise européenne, le couple franco allemand semble uni pour mettre la pression sur George Papandreou. Le Parisien Aujourd’hui en France ne parle plus de Merkel et Sarkozy mais de "Merkozy".

Quoi d'autre dans la presse ?

Dominique Strauss Kahn encore et toujours à la Une. Qui faut-il croire ? Paris Match , qui affirme qu'Anne Sinclair est son « dernier soutien » ? Ou VSD pour qui il est de plus en plus seul et pour qui le Carlton est l'affaire de trop pour le couple ? Dans Challenges , on trouve cette phrase mystérieuse : « Anne Sinclair a décidé de reprendre en main son destin. »

Et Le Nouvel Observateur raconte un nouvel épisode de la vie de Dominique Strauss-Kahn. Ce pourrait être dans Union ou Détective . Il est question d’une pratique « à la hussarde ».

Plus tendre, toujours dans le Nouvel Obs , à la rubrique « Air du temps » : le baiser serait en voie de disparition ! La preuve par James Bond. Dans le tout premier film, Sean Connery séduisait la James Bond girl avec un langoureux baiser d'au moins 20 secondes. Le 007 d'aujourd'hui, Daniel Craig, couche mais n'embrasse plus.

Que se passe-t-il ? Il se passe que l'époque n'est plus au désir mais aux pulsions et à la rentabilité, nous expliquent sociologues et philosophes dans les colonnes de L'Obs .

Le baiser passe à la trappe ou il devient dans les couples un simple « compostage mécanique », le matin et le soir.

Le french kiss, comme un billet SNCF : décidément l'art français de la conquête a déraillé.

A demain !

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