(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : les dossiers de l'écran

(Bruno Duvic) Puisqu'une partie de l'audiovisuel public était en grève hier, puisqu'il y a débat sur le financement de l'audiovisuel public et en particulier la télévision, on s'est penché sur une interview croisée publiée cette semaine dans L'Express .

Renaud Revel a réuni les patrons de France Télévisions, de la BBC et de la ZDF en Allemagne.

C'est un peu technique mais, comme toujours, derrière la technique se cachent de vraies questions politiques.

On le sait, France Télévisions est confronté à la rigueur. Dotation publique en baisse de 3.4%, revenus publicitaires en baisse aussi et préparation d'un plan de départs d'au moins 500 personnes - les syndicats redoutent le double.

Premier constat de cette interview : la BBC et la ZDF aussi ont traversé l'orage. 5.000 départs en l'espace de 8 ans à la BBC - en chiffre rond, elle compte 20.000 salariés contre 10.000 à France Télés. Quant à la ZDF, elle a vu sa masse salariale fondre de 15 à 20%

Mais la façon dont les trois sont financés est différente. En France, c'est un mélange redevance, dotation publique et publicité.

En Grande Bretagne uniquement la redevance. Elle est nettement plus chère : 175 Euros contre 129 l'année prochaine en France. Mais c'est une garantie d'indépendance.

Il y a une autre garantie en Grande Bretagne.

Le contrat passé avec l'Etat est décennal, 10 ans et personne ne songe à le remettre en cause à chaque changement de majorité ou à l'approche des élections. « C'est la clef de l'indépendance dit Mark Thompson, le PDG de la BBC. Ce contrat décennal le parlement n'y a jamais touché. » Rémy Pfimlin regarde son confrère avec envie : sa « feuille de route est en permanence corrigée, révisée, quand elle n'est pas revue à la baisse. »

2ème chapitre : la nomination des PDG de l'audiovisuel public.

Là encore le voisin anglais fournit beaucoup plus de garanties d'indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Le directeur général de la BBC est généralement issu du métier. Il est nommé par son conseil d'administration, totalement déconnecté du pouvoir politique.

A la ZDF, le système n'est pas exactement le même mais il y ressemble.

Quelle est la différence entre le secteur public et le privé ? Réponse simple du patron de la ZDF : « le public a besoin d'argent pour bâtir des programmes, le privé construit des programmes pour faire de l'argent. »

Mark Thompson ajoute deux remarques :

« Les liens forts qui unissent la BBC à l'opinion britannique constituent une cuirasse formidable. Dès lors qu'elle remplit ses missions, la BBC est intouchable (…) L'opinion britannique manifeste en retour une grande exigence, pas le droit à l'erreur. »

BBC, France Télévision, ZDF, voilà une image de l'Europe

Il y en a d'autres ce matin dans la presse. Le discours de Jean-Marc Ayrault hier à l'assemblée pour défendre le traité européen. Encore raté !

Libération ne s'est pas enflammé. Titre de Une : « Le débat mal-traité : le Premier Ministre a plaidé hier en faveur de la ratification du traité budgétaire, mais sans éclairer la politique européenne de la France. » Même écho sur Mediapart : « Ayrault a manqué son opération persuasion. »

Au fait ce traité, vous en connaissez le contenu ? Mais « Quel traité ? demande Claude Cabanes dans l'éditorial de L'Humanité , et il poursuit : Quel traité ? C'est la question infiniment simple et infiniment grave que se pose le peuple français qui, dans sa très grande majorité, ignore jusqu'au b-a-ba du contenu de ce texte. Interrogez vos proches ce soir autour de la table familiale du diner, vous découvrirez avec stupeur qu'ils ignorent l'essentiel et parfois l'existence de ce document. »

La presse fait tout de même son travail. Depuis quelques jours les journaux publient des dossiers sur le sujet. Parmi les derniers en date, le quiz sur slate.fr pour voir si vous connaissez ce texte.

A propos d'Europe, voici la dernière histoire qui fait polémique à propos de la Grèce. Pas un sou en caisse mais 30 millions investis pour l'organisation d'un grand prix de Formule 1. C'est raconté dans Le Figaro . Est-ce la priorité ? Le ministre du Développement grec parie que cet investissement va stimuler l'économie.

Et à la Une du Figaro : les psys mettent en garde contre l'adoption...

…l'adoption par des couples homosexuels. La semaine dernière, j'avais ouvert cette revue de presse avec une page du Monde consacré au même sujet. La conclusion était que les parents homos étaient aussi compétents que les autres et que leurs enfants étaient aussi épanouis que les autres.

La tonalité est différente ce matin dans Le Figaro . Parole à des psys qui ont de gros doutes. Pierre Levy Soussan, pédopsychiatre : « La reconnaissance dans la loi de deux parents du même sexe reviendrait à dire qu'il n'existe pas de différence entre les sexes ou qu'elle ne compte pas. Au nom de la théorie des genres nous sommes en train de faire disparaitre les hommes et les femmes. Pour se structurer un enfant a besoin de cette différenciation.

Les interactions avec la mère sont radicalement différentes de celles avec le père. »

Autre élément dans cet article signé Agnès Leclair. Les études scientifiques consacrées à ce sujet sont écartées, pas fiables. En France, l'Insee n'a pas le droit de répertorier des familles où les enfants sont élevés par un couple gay ou lesbien, elles sont enregistrées comme monoparentales. Ces études passent donc forcément par les associations lesbiennes ou gays, ce qui constitue un biais.

Et à l'étranger, biais aussi. Les travaux sont soit réalisés en lien avec la communauté homo soit financées par des organisations religieuses radicalisées.

Quoi d'autre dans la presse ?

« Scandale du mediator, les chiffres qui sèment le doute ». C'est la Une du Parisien Aujourd'hui en France . A ce jour, 86% des demandes d'indemnisations ont été rejetées par les experts désignés par le ministère de la Santé. « L'antidiabétique des laboratoires Servier, ajoute le Parisien, n'est peut-être pas à l'origine des quelque 500 décès qu'on lui impute. »

Colère du docteur Irène Frachon, la femme qui a fait exploser cette affaire : « Servier fait pression sur les experts. »

L'arme du gouvernement pour faire plier Arcelor Mittal. C'est à lire dans Le Canard Enchainé alors qu'on cherche un repreneur pour les hauts fourneaux de Florange. Mittal serait sous la menace d'un redressement fiscal de près d'un milliard d'Euros. Bercy reproche à l'entreprise d'avoir illégalement expatrié une partie de ses bénéfices au Luxembourg.

Et la part des anges, pour finir...

Quelques happy few en ont profité récemment : les Vendages du Chateau cheval blanc, l'un des plus grands vins qui existent, en Saint Emillion.

Quelques personnes triées sur le volet ont pu y participer à ces vendages, dont le chroniqueur du Figaro , Bertrand de Saint Vincent.

Il raconte :

« Une grappe est tombée par terre. Attention ! dit un vendangeur : tu vas marcher sur un billet de 500 Euros ! »

Château Cheval blanc est l'un des plus riches terroirs du monde. Les chais sont dessinés par l'architecte Christian de Portzamparc

« Les invités sont dans leurs bottes comme dans leurs petits souliers. (…) ils ont enfilé des gants Mapa, on pourrait les faire relooker par Vuitton (…) On jette les grappes dans un seau, un porteur les embarque dans sa hotte, c'est le père Noël (…) La récolte est ensuite déversée dans une cuve en béton. Vu d'en haut, le jus qui tourbillonne a l'air d'une énorme potion magique. »

A demain

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