(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : la morale et le normal...

(Bruno Duvic) Et d'abord, puisque la rentrée occupe très largement les colonnes des journaux, photographie de l'école éternelle. C'est dans La Dépêche du midi .

Avant le début de la classe, visite de celle de Tournecoupe, dans le Gers.

Soit une famille, la maman en tête sur la pointe des pieds, au seuil de la salle, deux petites filles, un garçon et le papa ferme la marche. Un instituteur souriant. Odeur de cahier neuf et d'encaustique. Cartes de géographie au mur. Dans un bocal, une couleuvre dans le formol depuis 60 ans se dit que ce n'est pas une sinécure d'apprendre les sciences nat' aux gamins du Gers.

L'école de Tournecoupe vient de fêter ses 100 ans, le maire y est passé, il se souvient encore du poêle qui trônait au milieu de la classe du temps où la couleuvre et lui avait un peu moins de barbe.

Chers enfants de Tournecoupe et d’ailleurs, vos cahiers et vos stylos : cours de morale laïque !

"Il s'agit de comprendre ce qui est juste, distinguer le bien du mal, étudier les devoirs, les droits, les vertus, les valeurs. Connaissance, dévouement, solidarité plutôt qu'argent, concurrence et égoïsme.

Et égalité entre les garçons et les filles"

Voilà comment le ministre de l’Education Vincent Peillon (invité de la matinale de France Inter ce lundi 3 septembre) a défini la morale laïque, hier, dans les colonnes du Journal du Dimanche .

Et dans Le Figaro Luc Ferry juge que c'est une excellente idée.

Parenthèse : après un portrait louangeur de Manuel Valls, cela fait deux fois en une semaine que Le Figaro applaudit le gouvernement, il est grand temps de rétablir des repères.

Excellente idée donc, et Luc Ferry, philosophe et ancien ministre de l’Education, prend un exemple très sérieux pour illustrer ce besoin de repères. Dans une fiche individuelle distribuée par son enseignante sur le thème, 'J'aime/j'aime pas", un élève de 13-14 ans a répondu :'J'aime le foot, j'aime pas les Juifs'.

"Le problème de cette morale laïque est de savoir comment l'enseigner (...) Il faut s'appuyer sur de grandes œuvres littéraires, philosophiques ou cinématographiques susceptibles de bouleverser les élèves"

Le vice-président de l'association des profs d'histoire géo témoigne dans les colonnes de La Croix . Ce sont eux qui enseignent aujourd'hui l'éducation civique. "On se contente généralement d'enseigner les rudiments de droit et le fonctionnement de la démocratie. Cela évite de s'engager sur le terrain du bien et du mal et de se retrouver en porte à faux vis à vis des élèves."

« La morale ne s'enseigne pas, elle se vit », dit le secrétaire général de l'enseignement catholique, toujours dans La Croix . Claude Berruer espère par ailleurs que cette morale laïque ne soit pas tournée contre les religions.

Objection d'une autre nature dans L'Humanité . Elle émane de la responsable éducation du PCF, Marie Roussillon : "Plutôt que de promouvoir la mixité et la tolérance, mettons les moyens pour diminuer les inégalités scolaires et faire réussir tous les enfants, quelles que soient leurs origines"

Synthèse de Bruno Dive dans Sud Ouest pour dire tout le travail de définition d'un programme qui reste à accomplir: "Le retour de la morale à l'école : rien de tel qu'un ministre de gauche pour remettre au goût du jour des valeurs supposées de droite (...) Mais la morale c'est comme le beau temps, tout le monde est pour. Et chacun peut y mettre ce qu'il veut"

Cette morale laïque, elle fait un peu écho à l'ordre juste que prônait naguère Ségolène Royale. Les confidences de Ségolène Royale en Afrique du Sud où elle était pour éviter l'université d'été du PS à la Rochelle. C'est dans Le Figaro . Elle dit à Solenn de Royer qu'après son échec aux législatives, elle a songé à faire une retraite dans un monastère. Mais elle a renoncé "On allait encore dire que j'étais originale (...)

Arrêter la politique, c'est impensable, c'est ma passion. Comme un artiste, un romancier. » Qu'est-ce qui vous fait tenir ? Réponse inspirée de Victor Hugo : "Je suis une force qui va"

De la "morale" à la "normale", dans la presse.

Est- il normal que la France ait 3 millions de chômeurs ? "Trois millions de familles passées de l'autre côté, commente Didier Pobel sur son blog. Et l'absence de confiance, pour ne pas dire le désespoir, non seulement des gens touchés, mais au fond de chacun d'entre nous en proie à la crainte de l'abandon"

3 millions de chômeurs, électrochoc national, écrit Pierre Haski sur Rue89 .

Le chômage, la crise, l'Europe en berne. « Hollande est en terrain miné », titre Le Parisien-Aujourd'hui en France à sa Une.

Et sur Mediapart , Antoine Perraud n'en peut plus : "Pile ou face bon sang. L'insaisissable François Hollande est-il Franklin Roosevelt ou Edouard Herriot ?

Roosevelt qui avait répondu à la crise par le New Deal. Herriot, radical socialiste de la 3ème République qui prenait "sa rondeur pour du rayonnement, sa chaleur pour du charisme, ses petits arrangements pour de grandes perspectives"

Pour Libération , c'est « La fin du président normal ». 4 mois après son élection, le président est contrait d'ajuster son style et son tempo. Libé publie un sondage qui confirme la baisse de popularité du chef de l'Etat. Réflexion de Nicolas Demorand dans l'éditorial : « La Présidence normale, c'était apaiser le pays, le faire décélérer après un quinquennat qui avait instauré l'instantanéité et l'urgence en mode de gouvernement. Mais quand la crise s'approfondit sur un rythme toujours plus préoccupant, que faire ? Le concept de présidence normale ne survivra sans doute pas à cette première crise politique »

Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?

L'un des jeux en ligne les plus populaires au monde, World of Warcraft, interdit en Iran. Ce n'est pas une décision des mollahs mais de l'éditeur du jeu américain et qui se conforme ainsi à l'embargo imposé à l'Iran. C'est à lire sur le site du Guardian en Grande Bretagne

Dans la presse britannique également, nouveaux échos inquiétants de la Grèce. L'extrême droite est de plus en plus violente. The Independant écrit : « Le parallèle avec le nazisme est ici plus qu'une vieille technique rhétorique : il y a en Grèce de vrais fascistes en chemise brune qui défilent pour de vrai dans les rues de la capitale, mutilant et tuant des étrangers et les gouvernements du monde entier les regardent avec une effrayante tranquillité. »

Le blues de Cristiano Ronaldo. C'est à lire dans L'Equipe . "Je suis triste pour des raisons professionnelles, le club sait pourquoi, mes coéquipiers aussi, mais je ne donnerai pas plus de détails", dit le joueur vedette du Real Madrid n'en dit pas plus

Un mot nouveau et un mal nouveau : l' « infobésité ». Trop d'information qui l'on parvient plus à digérer dans nos boîtes mails et sur nos écrans. Les chercheurs se pensent sur la question, c'est une petite brève dans Libération .

L' « infobésité », c'est ce qui menace le chroniqueur de la revue de presse, je m'arrête donc là.

A demain.

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