‘Et toi, elle s’appelait comment ton école ?’ Posez donc cette question dans votre entourage – à vos collègues, à vos amis.

Il s’en trouvera forcément un qui vous répondra qu’il était à la maternelle Jule Ferry. Ou bien au collège Jules Ferry. Ou bien au lycée Jules Ferry… C’est, du moins, ce que nous assure Aurélie Rossignol dans LE PARISIEN DIMANCHE, en s’appuyant sur le classement réalisé par le journal, classement des noms les plus donnés à nos institutions scolaires et c’est donc Jule Ferry, le promoteur de l’école publique et laïque, qui arrive en tête : on compte plus de 600 écoles Jule Ferry en France.

Jacques Prévert arrive deuxième : 440 établissements… Prévert, qui pourtant, rendait hommage au ‘Cancre’, qui ‘dit oui à ce qu’il aime’ mais ‘non au professeur’… Il est suivi par Jean Jaurès – référent socialiste, puis, à égalité, par Antoine de Saint-Exupéry, le père du Petit Prince, et par Jean Moulin, l’un des héros de la Résistance… Un palmarès qui, finalement, en dit long, à la fois, sur notre pays et notre vision de l’école. Si l’on fait abstraction des Saints qui dominent dans le privé – Saint-Joseph, Sainte-Marie, Jeanne d’Arc – ce sont surtout des références républicaines qui briguent les premières places.

On trouve également 45 écoles De Gaulle, une trentaine d’écoles Pompidou, une trentaine d’écoles Mitterrand… On trouve des écrivains : Victor Hugo, Jean de la Fontaine, Jules Verne, Marcel Pagnol… On trouve des aussi des peintres : Matisse, Picasso, De Vinci… On trouve des musiciens : Debussy, Mozart ou Brassens… Eh oui, quelques chanteurs : 5 écoles Balavoine, 10 écoles Nougaro, 67 écoles Brel… Pour la parité, on repassera – heureusement que Marie Curie et Françoise Dolto sont là… Sachant que certains établissements portent en outre le nom de personnalités vivantes : on compte déjà 8 écoles portant le nom d’Elisabeth ou Robert Badinter, et même une demi-douzaine baptisées Yann Arthus-Bertrand.

Dès lors, on peut tout imaginer pour la suite. Pour preuve, les réponses données par les lecteurs du journal à la question ‘Quel nom donneriez-vous à une école ?’ Cédric, 23 ans, lance ‘Teddy Riner’ - une réponse de circonstance ; après son neuvième titre de champion du monde décroché hier, le judoka fait la Une d’une bonne partie des journaux. Quant à Chantal, 49 ans, elle rêve d’une école ‘Johnny Halliday’… Ah que, dit-elle, ‘parce qu’il chante bien’… Et, ah que, parce que ‘sa carrière force le respect’…

Alors bon, je ne sais pas s’il existera un jour des écoles ‘Johnny Hallyday’, mais à la veille de la rentrée : nombreux articles concernant notre système scolaire ce matin. Demain, plus de 12 millions d’élèves retrouveront leurs établissements, une rentrée placée sous le signe de plusieurs nouveautés concoctées par le gouvernement. D’où ce titre à la Une de l’Union : ‘Macron imprime sa marque’…

Or, visiblement, ça ne plait pas à tout le monde. Lire, sur le sujet, deux papiers publiés sur le HUFFINGTON POST. Un premier concernant le dédoublement des classes de CP – pour l’heure, ça ne concerne que les établissements du réseau d’éducation prioritaire renforcée. Reportage dans la banlieue lyonnaise. Une maitresse fait part de son désarroi… Comme l’écrit Caroline Vasquez, ‘elle n’a reçu aucune fiche explicative ni consigne pour l’aiguiller dans l’application du dispositif’, et comme les locaux ne sont pas extensibles, elle va désormais devoir partager sa classe avec un autre instituteur. Pour l’autre reportage, direction le Pas-de-Calais, dans la commune de Polincove… Rencontre avec le maire, un maire sans étiquette, qui se désole, lui, de la baisse des emplois aidés… Il venait de recruter trois personnes pour prêter main forte aux employés de son école : aider pour le ménage, la cantine et la garderie. Et puis, sur les trois postes, il ne peut finalement en conserver qu’un seul, les deux autres embauches ont été annulées. ‘C’était deux femmes d’environ 45 ans, et je suis particulièrement triste pour l’une d’entre elle, dit-il. Elle est mère d’un enfant autiste, dans une situation sociale difficile, elle vient de perdre son mari.’ Et puis donc de perdre également son boulot… ‘C’est la première fois, assure le maire de Polincove, c’est la première fois que l’Etat nous joue un sale tour comme ça.’ Lui ne devrait donc pas militer pour qu’il y ait un jour une école portant le nom du chef de l’Etat ou du Premier Ministre…

Le Premier ministre qui ce matin fait la Une du JOURNAL DU DIMANCHE. Grande photo et ce titre : ‘Edouard Philippe dévoile l’agenda des réformes’. Après la modification du Code du Travail par ordonnances, le gouvernement se prépare à transformer maintenant la politique du logement, celle de l’assurance chômage, comme celle de la formation. Quinze millions d’euros seront ainsi investis sur cinq ans pour la formation professionnelle et pour l’apprentissage, tout cela avec un seul objectif : lutter contre le chômage. ‘Et ce n’est qu’un début, assure Edouard Philippe, en précisant que ‘les résultats de cette politique ne seront pas immédiats – c’est pourquoi, dit-il, il faut se dépêcher de la mettre en œuvre.’

A l’hebdomadaire, il explique du reste comment il conçoit son rôle : en l’occurrence, pour lui, c’est celui de chef d’orchestre. ‘Je ne me prends pas pour le compositeur, ni pour le pour le premier soliste, et pas davantage pour le percussionniste au fond de la salle, non, je suis le chef d’orchestre.’ Mais un chef d’orchestre qui ne connaît pas, semble-t-il, toutes les notes du morceau. Question du JDD : ‘Votre prestation de rentrée sur RMC était confuse. Etiez-vous mal préparé ?’ Réponse d’Edouard Philippe : « Quand je sais, je sais. Quand je ne sais pas, je ne sais pas et je le dis. Je ne connais pas tous les chiffres par cœur. Je ne suis pas Wikipédia. Mais je connais tellement de gens, en politique, qui font semblant de savoir et qui vous empapaoutent.’ Le Premier ministre, vous pourrez l’écouter ce midi sur France Inter. Il est l’invité de l’émission Questions Politiques, animée par Ali Badou, lequel ne devrait pas se laisser empapaouter.

A propos de la loi travail, interview de Xavier Bertrand, toujours dans LE JOURNAL DU DIMANCHE. Le président des Hauts-de-France défend les ordonnances et appelle ses ‘amis’ de la droite ‘à voter cette réforme’… Une réforme au sujet laquelle Muriel Pénicaud, ministre du Travail, continue de se faire rassurante. Tout en réaffirmant sa volonté de transformer le modèle social français, elle promet, dans les colonnes du PARISIEN DIMANCHE, que ‘la France ne deviendra pas le pays du travail low-cost’ – espérons qu’elle n’essaie pas là de nous empapaouter.

Et puis, dans le quotidien, un autre visage féminin : celui de la journaliste Anne-Sophie Lapix, qui prendra demain les commandes du 20H de France 2. Un portait laudateur, dans lequel elle confie notamment qu’elle a un peu de mal à trouver ses marques dans son nouveau bureau – pour l’instant, elle n’ose pas enlever les photos de David Pujadas sur la porte… Pour le reste, vous ne lirez vraiment que des compliments. Même chose dans le portrait que lui consacre CHALLENGE, qui la présente d’un mot : Anne-Sophie serait ‘parfaite’… A ce rythme-là, je pense que l’on pourrait très bientôt voir fleurir en France, pourquoi pas dans le Sud-Ouest, sa région d’origine, des écoles Anne-Sophie Lapix.

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