Depuis quelques jours, et à l'occasion du 10ème anniversaire de l'accession de Mohammed VI sur le trône marocain, la presse publie beaucoup d'articles et pose une question, LA question : les droits de l'homme, dans ce pays, progressent-ils avec le jeune souverain ? La réponse est arrivée assez brutalement hier, par et avec le journal Le Monde, qui s'est associé à l'hebdomadaire marocain TelQuel pour la confection d'un numéro tout à fait spécial, dans lequel devait être publié un sondage CSA, estampillé TelQuel/Le Monde sur la popularité du roi. Or, tous les numéros de l'hebdo marocain, et même du quotidien français, ont été passés au pilon. Et pourtant, Mohammed VI était plébiscité dans ce sondage. Dans son édition datée du 4 août, Le Monde publie un fac-similé de la Une de TelQuel, que je vous livre (sans mauvais jeu de mots) tel quel : "Le peuple juge son roi : ses affaires, sa sacralité, son protocole fastueux et son bilan". Et l'on peut lire, en sous-titre : "Pour la première fois, sondage national : ce que les Marocains pensent vraiment de Mohammed VI"... "vraiment" étant écrit en italiques, car le mot est lourd de sens... "vraiment"... autrement dit, en toute indépendance. TelQuel avait qualifié son édition "d'historique". Ce qui, manifestement, a rendu les autorités marocaines hystériques, puisqu'elles ont passé au pilon ce petit morceau de démocratie qui tentait de s'imposer. Le gouvernement n'y a vu qu'un crime de lèse-majesté. "C'est vrai, reconnaît Le Monde, l'exercice était risqué, dans un pays dont la démocratisation est loin d'être achevée. Dommage : c'eût été une grande première, non seulement au Maroc, mais pour le Maghreb et dans l'ensemble du monde arabe". Retenez aussi l'argument du pouvoir marocain, les mots employés par le porte-parole du gouvernement : "La monarchie ne peut être mise en équation, même par la voie d'un sondage". "Il n'en reste pas moins, estime Eric Fottorino, que le régime marocain ne pouvait pas prendre décision plus contestable, plus arbitraire, plus incompréhensible et, osons l'écrire, plus absurde". Alors un jour, peut-être, les Marocains pourront découvrir dans leurs journaux les petits secrets de leurs députés : comment ils dépensent leur argent, à l'euro près, car il s'agit d'argent public. Un jour, peut-être, un journal aura le droit de publier un dossier comme celui que nous propose Libération ce matin. Il se trouve que 3 députés... oui, 3 sur 577... c'est moins que très peu, mais c'est mieux que rien... 3 députés donc, socialistes ou apparentés, ont décidé de jouer la transparence et publié le détail de leurs frais. Citons-les : Arnaud Montebourg, Jean-Jacques Urvoas et René Dosière. Citons-les, car tant d'autres refusent de lever ne serait-ce qu'un coin du voile. "Ils refusent même de répondre, avec une certaine arrogance", nous dit François Sergent dans Libération. Il y a même une élue UMP, Arlette Grosskost, députée du Haut-Rhin, qui non seulement refuse de donner des infos, mais qui rétorque aux enquêteurs de Libé : "Et vous, les journalistes, vous en rendez, des comptes ?". Tout aussi coopératif, un autre UMP, François Grosdidier, monte en vrille et répond : "On a parfaitement le droit d'aller bouffer au resto dans le cadre de notre fonction sans que cela regarde forcément nos concitoyens. La transparence a ses limites", conclut-il. Et puis il y a cette saillie d'un député, dont le nom n'est pas révélé, qui dit à Libération : "On ne gagne déjà pas assez ; ne venez pas nous emmerder avec ça". Eh bien justement, puisqu'on en parle, Libération nous rappelle ce qu'un député français perçoit mensuellement : 5200 € au titre de ce qu'on appelle l'indemnité parlementaire + 6329 € pour les dépenses liées à leur fonction justement. Total = 11529 €. Et encore beaucoup de place ce matin, dans la presse, pour cette affaire de remboursement de subventions agricoles... Oui, là, le ver est dans le fruit. Les producteurs de fruits et légumes hurlent contre cette décision de l'Europe, qui réclame le trop-perçu par les agriculteurs et qui leur demande de rembourser sur-le-champ. "Une décision qui tombe mal", titre La Tribune. Car c'est une filière mal en point... une filière qui désespère, après ce que le ministre de l'Agriculture a dit hier : oui, "les producteurs devront rembourser", expliquait Bruno Le Maire dans Le Parisien-Aujourd'hui en France. Bref, réagissons en Européens. Un discours qui, évidemment, a du mal à passer, du côté des vergers. D'ailleurs, "venir dire aux producteurs de fruits et légumes, en plein été, qu'ils vont devoir rembourser 500 millions d'euros d'aides reçues il y a dix ans, c'est comme entrer dans une grange pleine de foin avec un briquet allumé", souligne Daniel Ruiz dans La Montagne. "L'exigence de Bruxelles est une agression contre les producteurs, en même temps qu'une aberration", estime de son côté L'Humanité. Et ce n'est pas tout : "C'est aussi un signal d'alarme pour d'autres professions", ajoute Maurice Ulrich dans le même journal. "Peut-être", objecte Philippe Waucampt dans Le Républicain Lorrain. "Mais vous savez : la Commission européenne est dans son rôle, et elle ne fait que pointer l'inconséquence des gouvernements successifs, de gauche comme de droite, qui ont transformé les aides européennes exceptionnelles en sources de financement pérennes". Alors, dans cette chronique des fruits amers et de ce pépin majeur pour les agriculteurs, l'ancien ministre de l'Agriculture de Lionel Jospin, Jean Glavany, refait surface dans Le Parisien, le temps d'une mise au point : "J'assume", dit-il, j'assume sans réserve le versement d'aides aux maraîchers. Il fallait les aider, parce que l'Europe, précisément, a été totalement défaillante dans ce domaine, et qu'il n'était pas question de pousser les producteurs à l'agonie. Quant à Bruno Le Maire, il s'est précipité, juge Jean Glavany. C'est une petite faute de jeunesse". Dans la série "je ne paiera pas", cette histoire, que nous raconte Le Parisien : l'histoire d'un automobiliste flashé qui se retrouve avec une amende majorée à 431,28 €... mais qui se retourne contre l'Etat, et qui l'attaque pour "extorsion de fonds". L'affaire n'est pas banale. Bon, le plaignant connaît la musique judiciaire : c'est un avocat parisien. Il s'appelle Jean-François Divier. Il reproche à l'administration sa mauvaise volonté. On va dire ça comme ça, car l'avocat a utilisé des moyens de contestation tout à fait légaux. Ce à quoi les services compétents ont fait la sourde oreille, ne lui répondant qu'à coups d'amendes majorées. Le plaignant considère donc ces méthodes comme procédant de l'extorsion de fonds. D'où sa plainte et, en théorie, son côté un peu surréaliste puisque ce genre de délit peut aller jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 100.000 € d'amende. Ce serait l'arroseur arrosé. En Grande-Bretagne, il est aussi question de "permis à points", mais entre guillemets, et avec de gros guillemets, car il s'agit d'un permis pour devenir Britannique. Jusqu'ici, la naturalisation s'obtenait automatiquement après cinq ans de travail. Là, avec la réforme prévue par le ministère de l'Intérieur et approuvée par le Parlement le mois dernier, l'immigré verra donc son permis de séjour sujet à obtention ou retrait de points. C'est Le Figaro qui s'intéresse à cette affaire, et qui nous explique qu'un bon parcours professionnel donne des points, alors qu'un comportement jugé "antisocial" peut coûter des points. Oui, mais qu'est-ce qu'un comportement "antisocial" ? Selon le journal britannique The Guardian, le gouvernement pourrait punir par exemple des immigrants qui participeraient à des manifestations contre la guerre. Malaise... Gros chapitre écolo également, ce matin dans les journaux... Oui : la presse fait du vent ce matin, si je puis me permettre : on y parle des éoliennes. Dans La Croix, qui évoque cette pétition réclamant un moratoire de dix ans sur leur installation dans le paysage français, en Ardèche notamment, où s'organise cette contestation. Les anti-éoliennes disent que ces engins tuent des oiseaux migrateurs et que, de surcroît, ils ont un rendement énergétique faible. Tout faux, à les en croire. Oui : "Eoliennes : qui sème le vent...", titre France-Soir à sa Une, avec ce constat en forme de contradiction : "Voilà une technologie écologique et novatrice qui a le vent en poupe mais qui divise les écologistes". Ce à quoi la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno, répond que "la France ne dépassera pas les 8000 éoliennes, et que les paysages, ainsi, ne seront pas défigurés". Il est question également des éoliennes dans Le Figaro, avec gros plan sur le Portugal, qui en fabrique à la tonne, une activité qui a créé des milliers d'emplois. Les Portugais veulent rapidement devenir exportateurs d'éoliennes. Ca, c'est de la croissance verte. Enfin, en termes d'écologie, c'est à La Croix que nous laisserons le dernier mot, car ce quotidien se lance dans une série pendant deux semaines... une initiative qui vous permettra de découvrir chaque jour un projet écologique original. Aujourd'hui, par exemple, il est question des chaussures Bionat. Merci pour la pub. "Produits naturels, chaussures confortables, fabrication française"... Ca fait très slogan. Et pour cause : ce sont les mots du créateur de ces chaussures. Le problème, c'est que, contrairement à un fruit, on ne peut pas parler d'une chaussure fabriquée sans pesticides ni OGM. Alors ? "Alors c'est compliqué, répond le fier patron, car c'est vrai qu'il n'existe pas de cahier des charges bio dans la chaussure". Donc, on se débrouille : l'entreprise cherche actuellement des vaches élevées en bio. Ce qui lui permettra de satisfaire l'exigence biologique du cuir... histoire d'avoir un pied bio. Voilà... C'est formidable, les vacances... Ca permet à la presse de trouver l'espace pour ce genre de sujet. Alors, par exemple, si vous avez un penchant pour la tour de Pise, vous saurez tout sur elle en lisant Libération. Mais je n'insiste pas : Arnaud Vaulerin nous a parlé de son article à 7h40 sur France Inter, dans la chronique "Coup de fil à Libé". En revanche, si vous croisez Le Parisien (qu'il vaut mieux avoir en journal, chacun le sait), il vous parlera de vacances avec gourmandise. Oui : ce journal publie un dossier de sept pages, dont la Une... un journal très exposé au soleil... un journal qui va finir par bronzer, tellement il nous montre de photos de plages, de baignades, de farniente... Tous les modes de vacances sont passés au peigne fin. Où l'on s'aperçoit que les Français, cette année, partent moins loin, moins longtemps et pour moins cher, crise oblige. C'est ainsi que Justine et Marie, deux Lilloises, résument la situation : "On est passées d'un cinq-étoiles en Tunisie à des tentes dans le Var". Et puis on apprend, dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, cette information qui flirte avec le scoop : les Français plébiscitent le Sud, car il fait beau. Mais ils fuient la côte atlantique, par exemple, parce qu'il ne fait pas beau. Voilà un constat qui va faire sortir de ses gonds plus d'un Breton, d'un Vendéen ou d'un Charentais... Disons que ça peut faire des vagues.

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