(Nicolas Demorand : "La presse s'empare du débat sur l'identité nationale")... Des pages spéciales, des reportages, des éditos... Il y en a pour tous les goûts et toutes les couleurs, sur le fond, sur la forme, sur les implications politiques... Alors, comme la presse ce matin, nous allons y passer pas mal de temps... Les débats proprement dit, d'abord. Ils ont commencé cette semaine dans toute la France. Il y en aura 260 en tout, rappelle Le Parisien-Aujourd'hui. Et pour l'instant, c'est le bazar... Pour La Provence, Philippe Larue a assisté aux échanges à Digne. "Joli fourbi. On y a parlé de la main de Thierry Henry, du franc, et même de formules mathématiques". "A Bourges, écrit Gaël Cogné dans Libération, c'était une salade identitaire. La soirée a commencé avec le long exposé d'un professeur d'histoire du droit sur la nation. Trois quarts d'heure plus tard, ça roupillait dans la salle. Alors une grand-mère s'est emparée du micro pour citer Francis Cabrel : 'Nous sommes tous des individus, tous pareils même si différents'". Dernier exemple : Avignon, toujours dans Libération... Les anciens combattants étaient au premier rang. Un handicapé est intervenu : "Pourquoi les automobilistes se garent-ils sur nos places ?". On l'a gentiment remercié de son témoignage, qui n'avait rien à voir avec le schmilblick. Avant lui, une dame s'était plainte de l'attitude de certaines catégories, en commençant sa phrase par "Nous, les Gaulois". d'où ce titre pour résumer le reportage : "A Avignon, on y pense, on y pense". (ND : "Oui, on y pense, aux dérives racistes. C'est le reproche qui revient ce matin dans la presse")... "Identité nationale : c'est le grand embarras", titre La Croix ce matin. Sur 40000 contributions laissées sur le site Internet, 12% ont été censurées : elles étaient passibles de poursuites pour antisémitisme ou incitation à la haine raciale. "Et si le grand débat d'Eric Besson n'était finalement qu'un piège à cons, dans lequel l'UMP est tombée après l'avoir tendu ?", se demande Laurent Joffrin dans Libération. "La majorité se divise. Les plus lucides expriment tout haut leurs doutes sur cette équipée qui fait le jeu de l'extrémisme". Libé cite notamment les propos de François Baroin, pour qui "ce thème, à quelques encablures des Régionales, c'est gros comme un hippopotame dans une mare asséchée". Malaise dans la majorité, confirme Le Figaro. Pour la deuxième fois en deux semaines, Nicolas Sarkozy refile une patate chaude à François Fillon. C'est lui qui était allé affronter les maires en colère face à la réforme territoriale. C'est lui qui ira parler de l'identité aujourd'hui devant les intellectuels de l'Institut Montaigne. "Sarkozy cherche-t-il à refroidir un débat trop explosif ?", se demandent Charles Jaigu et Bruno Jeudy. Les deux du Figaro relèvent que le FN profite, depuis quelques semaines, d'une légère embellie. Pour autant, le Président ne veut pas donner l'impression de fuir. Il réfléchit à une intervention télévisée, croit savoir Le Parisien. (ND : "Dans ces conditions, faut-il accepter de discuter ?") "Non", répond une pléïade d'hommes politiques, artistes et intellectuels. La pétition sur ce thème, à la Une du site MédiaPart, en est à plus de 10.000 signataires. Dans Libération, 20 chercheurs vont plus loin et exigent la suppression du ministère de l'Identité nationale et de l'Immigration. Pour eux, cet intitulé est "un rapt nationaliste de l'idée de nation". Dans son édito, Laurent Joffrin leur donne raison et tort. Il dénonce le cadre fixé par Eric Besson, mais il trouve absurde de rejeter toute discussion. "Il est évident, écrit Joffrin, que l'identité française existe, admirable ou détestable selon les périodes, et qu'il est légitime d'en parler". (ND : "Alors allons-y : le débat sur le fond")... Eh bien, ce qui est intéressant, c'est que, quelle que soit la conception des éditorialistes, ils en arrivent toujours à la question de l'immigration et de la diversité. Deux exemples : - A droite : l'ancien ministre de Pompidou et Giscard, Jacques Limouzy, dans Valeurs Actuelles. Il en appelle à Clovis, Bossuet, Racine... Il passe par Bouvines, Reims et Arcole... Puis il écrit ceci : "Durant trente siècles, toute la barbarie du monde a buté ici sur ce petit promontoire déchiqueté de l'Eurasie pour ensuite s'y fondre et s'y civiliser. Pour des peuples aussi divers, aussi mêlés, il n'y a pas d'existence nationale sans la conscience historique". - A gauche : à nouveau Laurent Joffrin, dans Libération, qui a d'autres références historiques : les révolutionnaires de 1789 et 1793, les Communards, ou encore les deux Jean (Jaurès et Moulin)... "C'est la conception républicaine de la nation française : adhésion politique au principe des droits de l'homme, au contrat social... une nation qui postule que l'ouverture sur l'étranger est une source d'enrichissement plus que de troubles". Et c'est là qu'arrive l'article très éclairant d'Anne Chemin, dans Le Monde. Près d'un Français sur quatre a au moins un grand-parent immigré. La France, selon la jolie formule de l'historien Gérard Noiriel, "c'est l'Amérique de l'Europe". Depuis plus de 150 ans, elle accueille des immigrés venus du monde entier. Ils étaient Belges et Italiens à la fin du XIXème, Polonais dans l'entre-deux-guerres, Algériens ou Portugais pendant les Trente Glorieuses, ils sont d'Afrique subsaharienne ou d'Asie du sud-est aujourd'hui. Et contrairement à l'idée reçue, les flux migratoires ont plutôt tendance à se stabiliser. Et la particularité de la France, ce sont les immigrés de deuxième, troisième et même quatrième génération. Ils ont façonné en profondeur le visage de l'Hexagone. C'est une infusion durable. Une infusion, ça peut être une tisane apaisante ou un thé trop excitant. La question, aujourd'hui, c'est donc celle du morceau de sucre pour que le mélange soit optimal. (ND : "Alors quelles pistes ?") Eh bien, c'est là que les avis divergent complètement. Il y a ceux qui regardent du côté de la religion et des minarets suisses... Dans son Bloc-notes du Figaro, Ivan Rioufol rend "hommage à la résistance du peuple suisse". Et pour lui, ceux qui parlent d'un "vote de la honte" rappellent les oukazes adressés en 2005 aux opposants à la Constitution européenne. Le peuple s'est fait entendre face au mépris des élites et à l'arrogance des puissants. Selon Rioufol, les Suisses ne sont ni racistes ni islamophobes : ils demandent simplement à ceux qui les rejoignent de respecter leur identité. Et l'opinion européenne, et donc française, n'est donc sans doute pas loin d'en être solidaire. Est-il inconcevable d'attendre de l'islam qu'il s'adapte à l'identité de ses hôtes européens ? Est-ce que cela résume le débat sur l'identité française ? Non, bien sûr. Mais, comme l'écrit Laurent Joffrin dans Libération, "la négation bien-pensante des difficultés ne sert à rien. Les musulmans doivent se couler dans les principes de la laïcité républicaine. En échange, la République doit leur garantir une place égale et juste. C'est le seul sens légitime de cette discussion sur l'identité nationale". Alors on a bien compris que, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, le débat se crispe autour de cette notion d'intégration. Mais elle ne passe pas que par la place de l'islam, pour le dire carrément. Le Monde et La Croix explorent d'autres pistes... Dans Le Monde, parole à une sociologue qui a enquêté auprès de plus de 6000 immigrés. Voici l'une de ses conclusions : la protection sociale est un facteur important d'adhésion à la France. C'est ce qu'expriment notamment les immigrés retraités. La reconnaissance d'une vie de travail par la perception d'une retraite donne un sentiment d'appartenance à la société. Dans La Croix, l'évêque de Verdun, Mgr Maupu, relève un autre lien : celui entre emploi et identité nationale. "Dans les milieux défavorisés, dit-il, on observe que le chômage a tendance à durcir les logiques d'appartenance, au lieu de favoriser l'intégration". (ND : "Et pour finir en douceur : l'identité nationale par le biais du foot et de la gastronomie")... Un ballon de rouge, un ballon de blanc : ça, c'est de l'intégration, Monsieur. C'est ce qu'Antoine Blondin appelait "les verres de contact"... Le foot d'abord... et le tirage au sort de la Coupe du Monde, ce soir. La France n'est pas tête de série. Et dans L'Equipe, Damien Degorre a les accents d'un gaulliste outragé. Les Bleus relégués au statut d'équipe normale, c'est "la France recalée, la France dégradée, et surtout la France très angoissée". Bref, comme le titre le quotidien sportif, "la France s'inquiète". Et si l'identité française, c'était aussi un soupçon d'auto-flagellation, que ce soit en foot ou en gastronomie ? Sur le site Marianne.fr, Périco Légas pousse un coup de gueule contre cette tendance. Il râle contre les caciques du Guide Michelin, qui viennent de sortir une nouvelle édition du guide rouge sur Tokyo, et selon qui la gastronomie française est morte. Et pourtant, c'est bel et bien un marqueur de notre identité et de l'évolution de la France. Dans Libération, Jacky Durand et Catherine Mallaval consacrent deux pages à un ouvrage intitulé "La France aux fourneaux". Et l'on découvre qu'en un siècle, nous sommes passés du boeuf-carottes aux sushis. On y revient toujours : aux fourneaux comme ailleurs, les années 2000 sont celles de la mondialisation. A Paris, il y a aujourd'hui plus de restaurants étrangers que de tables gauloises. Et pourtant, les cours de cuisine font le plein. Il y a peut-être une piste à suivre : mettre tout le monde à table. Autour d'un couscous, d'un poulet thaï et d'une blanquette de veau, on ne peut pas se fâcher. Bon week-end...

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