(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : grandes et petites oreilles

(Bruno Duvic) Deux immeubles de trois étages tout ce qu'il y a de plus banal, en banlieue parisienne. C'est à Chevilly-Larue, une annexe de l'ambassade de Chine. "Ce qu'ils font là-bas ? Je n'en sais." rien dit le numéro 2 de la mairie à Vincent Jauvert de L'Obs . Il y a tout de même un détail qui pourrait attirer son attention : trois énormes paraboles sur les toits.

Bienvenue dans le centre secret chinois d'écoute satellitaire, à deux pas de Paris. C'est la NSA à la Chinoise installé en France. Une toute partie des services Chinois dans ce domaine. Le siège est à Pékin. 130.000 salariés en tout dans le monde. Deux paraboles sont dirigées vers des satellites qui couvrent l'Afrique et l'Amérique du Sud - zones stratégiques pour le business chinois - la troisième renvoie la moisson vers la Chine.

Pourquoi et comment Pékin a-t-il pu installer ce centre près de Paris en toute tranquillité. Pour les opérations d'écoutes, ils n'ont pas de bases militaires comme les américains, ou les Dom Tom comme la France. Alors il faut faire avec les annexes des ambassades, comme celle de Chevilly-Larue. Des grandes oreilles chinoises en France ? Oui. Ont-elles été autorisées. Oui aussi selon Vincent Jauvert, e 2010 sous le quinquennat Sarkozy et en toute connaissance de cause. Les acteurs de l'époque ont la mémoire plus floue. Le quai d'Orsay n'est guère plus bavard. Pas envie se fâcher avec la Chine, deuxième puissance économique mondiale, où Laurent Fabius multiplie les allers retours. "Comment la Chine nous espionne", c'est à la Une de L'Obs cette semaine.

Il y a les grandes oreilles chinoises et les petits oreilles françaises...

Le dialogue social en France où ce qu'il en reste, à lire la presse ce matin.

Franz Olivier Giesbert, Le Point , édito sur "La CGT, le gros boulet français". La CGT pour Giesbert ? "Bateau ivre d'un communisme à la ramasse (...) Obstruction sociale, obtusion mentale (...) Experte en grévilculture (...) si elle travaille c'est pour le chômage."

Jean-Emmanuel Ducoin, L'Humanité , à propos des aides que touche les patrons, sans contrepartie visible en termes d'emploi, le CICE notamment : "Chez ces gens-là lorsqu'il s'agit d'assurer la rentabilité et la soutenabilité financière, ne dit-on pas que l'argent ne dort jamais ?"

Laurent Joffrin, Libération , à propos des affaires qui tachent Thierry Lepaon, à la tête de la CGT : "Les méfaits de l'argent ne viennent pas seulement de la perversité du capitalisme. Ils ont aussi à voir avec la nature humaine."

Y-a-t-il un problème Lepaon ? Oui à en croire Libération , à la Une à la CGT prête à licencier son patron. "De l'avis de nombreux dirigeants, la question n'est plus de savoir s'il va partir mais quand et comment."

Y-a-t-il un problème Gattaz à la tête du Medef, visage d'un patronat particulièrement remonté en ce moment ? Oui à en croire Marianne , en kiosque demain. Interview du grand patron Louis Gallois. "Je ne peux pas suivre (Pierre Gattaz) dans la manière dont il s'adresse à l'Etat, qui n'en fait jamais assez et aux partenaires sociaux. Il prend le risque de décourager les plus ouverts et de durcir le dialogue social."

Syndicats affaiblis - 8% seulement des salariés sont syndiqués rappelle La Dépêche du midi Patronat en colère - avec la compréhension de L'Opinion et des Echos qui dénoncent la nouvelle taxe surprise sur les grandes surfaces.... Et au milieu le Premier Ministre !

Comment faire passer les réformes dans ce contexte ? Après la séquence, comme disent les communicants, "j’aime l'entreprise", Manuel "Valls, pour durer à Matignon, courtise sa gauche", titre Le Figaro . Il a des mots plus durs à l'encontre du patronat et organisait un apéritif hier soir avec une centaine de parlementaires socialistes.

Analyse de Guillaume Tabard dans Le Figaro, qui reprend les mots de Michel Rocard à propos d'autre chose dans une tribune au Monde: " Il est des moments où une cure de gauchisme est nécessaire. Le Premier Ministre remet le cap à gauche, il est dans l'argente obligation d'éviter d'être enfermé dans un corner."

Car l'interview du mois d'octobre dans Le Nouvel Observateur dans laquelle Manuel Valls appelait à à peu près tout changer à gauche, y compris le nom du parti socialiste a laissé des traces. Même un modéré comme Michel Rocard soulève le sourcil. La voilà la tribune au Monde : ""Changer le nom du PS, c'est le couper de son histoire. Les forces de progrès ont besoin d'un emblème. Dans cette période où s'effondrent nos convictions, la seule certitude c'est que le marché est incapable de défendre l'intérêt général. Le nom du socialisme, s'il n'a guère plus de contenu concret, dit au moins cela."

Rocard qui accorde une interview à l'hebdomadaire Le 1 sur la légitimité en berne des politiques. Lumineux et ravageur, en trois points.

"Les légitimités naissent en temps de guerre, dit Rocard. En temps de paix, pire, en démocratie, le succès ne s'obtient que par le compromis, adieu la gloire.

Second problème : le politique doit répondre à tout problème, dans l'ordre de la santé, de la sécurité, des transports, etc. Pour chacune de ces questions, il y a un savoir. Or nous constatons aujourd'hui la crise d'un certain nombre de savoirs. Responsabilité des médias qui ont fait passer la réflexion du temps long au temps court. Le monde des médias a concouru à ce que l'humanité cesse de penser.

Troisième point : un cancer, un sida, dit Michel Rocard. Le chômage, maladie grave honteuse, qu'on n'ose pas avouer à sa famille. La politique dans ce domaine est inefficace. Nous ne disposons pas des outils. Tant pour les guerres que pour le chômage, il nous faudrait une régulation mondiale. Dans ces conditions, le politique n'est plus en état de prétendre à de la légitimité."

Fermez le cercueil. Dans une des premières phrases de l'interview à l'hebdo Le 1 , Rocard laisse quand même une issue possible : "La légitimité résulte de l'impression qu'a l'opinion de la carrière d'une personnalité dans sa continuité et sa lisibilité."

Quoi d'autre dans la presse ?

  • Vous avez une interview exclusive de Bachar el-Assad et des photos classiques de Carla et Nicolas Sarkozy love love. Que mettez-vous en couverture ? Paris Match a choisi les amoureux, avec une petite annonce à la Une tout de même de l'interview du dictateur syrien. Il justifie tout à travers un élément de langage : "Lutte contre le terrorisme". Les quartiers détruits, les bombardements qui touchent les civils ? "Lutte contre le terrorisme". Pas question de quitter son poste ou de reconnaitre que les frappes de la coalition peuvent lui apporter une aide de circonstance.

  • L'ex-comptable des Bettencourt persiste et signe. Soupçonnée de faux témoignage dans le volet abus de faiblesse de l'affaire, Claire Thibout répond dans L'Obs, elle ne renie rien. Elle réaffirme__ notamment que de l'argent liquide a été remis pour le financement de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. "Jusqu'à mon dernier souffle, je continuerai à le dire, car c'est la vérité."

Et encore dans L'Obs , oreille attentive, Jérôme Garcin recueille les confidences de Michel Tournier. Visite au grand écrivain. A bientôt 90 ans, il vit dans son presbytère de Choisel dans la vallée de Chevreuse. 20 ans que l'auteur de "Vendredi ou les limbes du Pacifique" n'a rien publié. Il n'est plus juré Goncourt - "on bouffait trop". Et il vit dans une certaine solitude. Mais ses admirateurs sont toujours aussi fervents. Tournier raconte à Jérôme Garcin cette anecdote assez incroyable. Depuis des années, tous les soirs, à 21 heures précises, son téléphone sonne. "C'est une lectrice que je n'ai jamais vue, explique Tournier. Je ne la connais que par la voix. Elle est suisse alémanique. Elle s'appelle Karine Bucher, un nom qui veut dire "livres" en allemand. Depuis des années, elle m'appelle. Elle me parle en allemand et je lui réponds en allemand. C'est une conversation qui fait mon bonheur. Mon dernier bonheur."

A demain

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