Bonjour... "Carnet noir à N'Djamena, carnet blanc à l'Elysée"... C'est la formule de Jean-Pierre Bel, dans La Nouvelle République du Centre-Ouest, qui résume le mieux l'actualité ce matin... "La collision des actualités a encore été brutale ce week-end, poursuit l'éditorialiste, entre les malheurs interminables d'un continent et les éphémères bonheurs d'un Président"... A défaut de photos du mariage, vous verrez les photos des frais épousés hier, dans le parc de Versailles, pour la première sortie de Carla et Nicolas devant les objectifs... Francis Brochet, dans Le Progrès, se fait faussement urbain... "Recevez tous nos voeux de bonheur, Monsieur le Président... Madame votre épouse est bien belle... Et nous souhaitons qu'elle vous soit également gentille et attentionnée"... On s'endormirait presque... Mais voilà la pique... "Nous espérons surtout que, désormais en paix côté foyer, vous vous occuperez un peu plus de nous... Car ça ne va pas bien, Monsieur le Président... Ca patine sur la croissance, ça bouillonne dans les banlieues, ça craque au Tchad, ça cafouille sur les heures sup, ça grogne chez les taxis, les retraités, les fonctionnaires... Tout n'est évidemment pas de votre faute, reconnaît le journaliste du Progrès... Mais vous nous aviez tellement promis que vous feriez tout sur tout et vite, que nous commençons à nous impatienter"... "Impatienter", le mot est faible... La preuve : Libération, qui a le sens du paradoxe, titre sur "le divorce"... le divorce de Nicolas avec les Français... Selon le sondage LH2, le Président enregistre une chute de 13 points... 41% seulement d'opinions favorables, alors qu'il en comptait 54% début janvier... Comme le titre encore Libé, "Sarkozy se marie sous les sifflets"... 76% des sondés interrogés par LH2 désapprouvent Nicolas Sarkozy concernant l'affichage de sa vie privée... Comme le dit Jean-Michel Helvig dans La République des Pyrénées : "Là où Nicolas Sarkozy parle de transparence, ses concitoyens, toutes catégories confondues, ne voient qu'arrogance... ou pire, légèreté insoutenable, pour qui prétend incarner le pays tout entier"... "Nicolas Sarkozy qui est allé trop loin dans le mélange vraie politique et faux spectacle, a peut-être précipité la cérémonie de samedi", estime Jean-Pierre Bel... "précipité, pour ne plus laisser traîner en longueur la chronique d'un mariage annoncé"... C'est ce que pense aussi Didier Pourquery dans Libération... "On note, à l'Elysée, comme un soulagement... Fin de la parenthèse people du Président... Cette période de fiançailles, pour courte qu'elle fut, a paru bien longue aux Français, qui se montrent, selon Didier Pourquery, de plus en plus ouvertement agacés face à cet omni-Président vibrionnant mais peu efficace"... D'un autre côté, les éditorialistes se demandent aussi quelle Première Dame de France sera Carla... Stéphane Bern en fait un portrait très brossé dans Le Figaro... Exemple : "Jeune, belle, artiste, sensible et accomplie, parfaitement éduquée, drôle et cultivée... Mais aussi rock and roll et indépendante, la nouvelle Madame Sarkozy saura certainement trouver sa place sans perdre son identité"... "Assurément, ce ne sera pas une Première Dame patronesse ou une potiche", juge Jacques Camus dans La République du Centre... "Seulement voilà, une Première Dame de France peut-elle s'accomplir dans le show-biz ?... Certes, il n'y a pas de statut pour la fonction, mais il y a des obligations"... Et Frank de Bondt se prend à rêver, dans Sud-Ouest... "Peut-elle saura-t-elle inculquer à son époux cette retenue, cette élégance, ce savoir-vivre qui lui manquent tellement... bref, l'habiller enfin en Président de la République... Les Français lui en sauraient gré... Ce qui est sûr, dit encore Frank de Bondt, c'est que son mariage, fût-ce avec une riche héritière, ne règle pas automatiquement la question de notre pouvoir d'achat"... Et j'en reviens à la Une de Libé, avec ce dessin de Jules... Nicolas Sarkozy, oreilles de Mickey et ballon d'Eurodisney à la main, tient sa nouvelle épouse par la taille, et il questionne : "Il vous plaît mon pouvoir d'achat ?"... Voilà pour le carnet blanc... Passons au carnet noir de N'Djamena... "Le Tchad une fois encore en plein chaos", constate Hervé Chabaud dans L'Union... "Et la France en première ligne, bien embarrassée par les conséquences de l'offensive des rebelles sur N'Djamena... La France est bien seule, depuis l'échec des corridors humanitaires recommandés par Bernard Kouchner"... Selon Hervé Chabaud, "l'Europe doute de l'utilité de l'engagement français, et s'active pour rester à distance"... Louis Bigot, dans Le Républicain Lorrain, le pense aussi... "L'EUFOR, la force européenne, risque fort de rester un projet sans suite, dans un Tchad où l'influence politique et militaire de la France sera inéluctablement remise en question... L'initiative sur le Darfour, lancée par Bernard Kouchner dès son arrivée au Quai d'Orsay, serait alors sanctionnée par un double échec", dit encore Louis Bigot... "Le piège tchadien"... On retrouve cette expression sous la plume de nombreux éditorialistes... comme Pierre Rousselin, dans Le Figaro... "Il est hors de question, pour la France, d'apparaître comme le dernier rempart derrière lequel s'abriterait le régime tchadien", dit encore Pierre Rousselin... Et Louis Bigot renchérit : "Pour éviter toute accusation de parti-pris, les militaires français stationnés en permanence au Tchad ont reçu l'ordre de regarder passer les colonnes de rebelles taillant la piste vers N'Djamena... Alors qu'en 2006, dans des circonstances similaires, des opérations de dissuasion avaient stoppé la rebellion"... Et revient le mot de "Françafrique"... "Le Tchad est au coeur de la Françafrique", explique Philippe Larue dans La Provence... "la Françafrique, cet espace incertain où les hommes de l'ombre sont toujours actifs, et où nous protégeons des intérêts stratégiques et économiques"... L'Humanité fustige, lui aussi, "le jeu trouble de la Françafrique"... Ce n'est pas du tout l'avis de Rémi Godeau, dans L'Est Républicain... Pour lui, "Nicolas Sarkozy veut enterrer la Françafrique de Foccart... Foccart, l'éminence grise de De Gaulle et de Pompidou... Le nouveau Président est acquis à la realpolitik... La preuve : en 2006, les militaires du dispositif Epervier avaient apporté un appui décisif à Idriss Deby, déjà aux prises avec la rebellion... Cette fois, ces militaires n'ont pas pris part aux combats"... "Le retour aux pratiques anciennes de la Françafrique, qu'elle prétend avoir répudiées, ferait perdre toute crédibilité à la France parmi les 27 Européens", juge Joseph Limagne dans Ouest-France... Patrice Chabanet prend de la hauteur dans Le Journal de la Haute-Marne... "Au-delà de l'affaire tchadienne, la France joue gros dans cette région du monde... L'Afrique est redevenue un enjeu mondial... L'Amérique y cherche des points d'appui, et la Chine s'y implante... Inutile de dire que, dans certaines chancelleries, y compris en Europe, on ne serait pas mécontent de voir la France en difficulté"... "L'Afrique accablée par les crises", à lire dans La Croix ce matin... Le Tchad, mais aussi le Kenya, sans parler des Comores et de la Somalie... "Toutes ces crises ont occupé le Sommet de l'Union Africaine, qui s'est achevé samedi à Addis-Abeba"... Et Versailles ?... Pas le Versailles de Carla et Nicolas, celui du Congrès... Députés et sénateurs doivent se réunir cet après-midi pour réviser la Constitution et ratifier le Traité européen de Lisbonne... C'est "le coup de force de Versailles, s'indigne L'Humanité... "Cette adoption serait un déni de démocratie... Monsieur Sarkozy avait promis un Traité simplifié, dit Patrick Le Hyaric... On nous fait avaler un recyclage de la Constitution européenne"... Eh oui, constate Marc Chevanche dans Nice Matin, "ce que le peuple français avait très nettement refusé par référendum, ses représentants, un peu moins de trois ans plus tard, vont l'accepter... Or, dit encore Marc Chevanche, si l'on voulait nourrir le scepticisme sur la capacité de nos représentants à représenter le peuple, on ne s'y prendrait pas autrement... Et si l'on veut consolider l'idée que l'Europe n'est décidément qu'une affaire d'initiés, et que les citoyens, dans cette affaire, sont en quelque sorte des crétins encombrants, alors surtout, il faut continuer"... La Croix, pour sa part, essaie de comprendre... "Le Traité de Lisbonne, dit Guillaume Goubert, ne mérite ni des exclamations de joie ni des cris de haine... Son objectif primordial est de permettre aux institutions européennes de fonctionner plus efficacement, alors que le nombre des Etats-membres est passé de 15 en 2004 à 27 aujourd'hui... La construction européenne a toujours avancé ainsi, en remettant sans cesse l'ouvrage sur le métier"... Et La Croix consacre un dossier explicatif de huit pages pour mieux comprendre ce Traité de Lisbonne... Enfin, non sans malice, Pascal Aubert, dans La Tribune, revient sur un mariage en vue : "Après avoir longtemps tourné autour de la belle, hésité sur le moment propice, soupesé les bénéfices à attendre d'une union, le prince s'est enfin décidé à déclarer sa flamme... Il était temps !... Car, après avoir accumulé les succès, le temps du doute était venu"... Mais oui, mais non... Le prince, c'est Microsoft... Et la belle, c'est Yahoo!... Le géant du logiciel a mis 44 milliards et demi de dollars sur la table... Mais "l'opération est risquée", juge Les Echos... "Google va contre-attaquer"... Et je laisse la conclusion à Pascal Aubert : "Même au royaume des technologies de l'information, les contes de fée peuvent avoir une fin"... Allez... On termine par un jeu de mots, comme seul L'Equipe en ose... Après la victoire des jeunes du Quinze de France à Edimbourg, le quotidien sportif nous envoie de "bons baisers des gosses"... "des gosses" : les jeunes pousses du rugby français, qui ont su entreprendre et oser... "Voilà une équipe bien née !", estime le journal...

Denis ASTAGNEAU

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