(Nicolas Demorand : "Et ce matin, dans la presse, petit cours de géopolitique")... Et c'est d'abord une photo de Pete Souza, en page 6 du Monde. Apparemment anodine, c'est en fait la photo qui tue. On pourrait l'intituler "l'Europe à l'apéro". A l'arrière, on voit passer des serveurs avec des verres sur un plateau. Au premier plan : Nicolas Sarkozy discute avec un homme de dos, devant une table basse. Silvio Berlusconi parle avec les mains. Et de l'autre côté de la table basse, dominante violette : violet de la veste d'Angela Merkel, de la cravate de Gordon Brown et de celle de Barack Obama, qui est là aussi. Le cliché a été pris au moment du G8 en Italie, en juillet dernier. Il laisse l'impression d'une aimable conversation assez oisive. Eh bien, les conversations de ce type-là, Obama en a marre. Le Monde revient sur sa décision de ne pas assister au Sommet Europe/Etats-Unis au mois de mai, à Madrid. "Les Européens sont ébranlés par l'indifférence d'Obama", titre le quotidien. Le message est très clair : le Président américain rendra visite aux 27 lorsqu'ils se seront enfin organisés pour traiter des sujets sérieux. L'Amérique en a soupé, de cette Europe dont elle ne connaît toujours pas le numéro de téléphone. Et les nouvelles institutions n'ont rien arrangé, au contraire : l'annuaire est encore plus compliqué. "L'Union européenne, aujourd'hui, c'est six présidents potentiels", dit un Américain dans Le Figaro. "les quatre censés représenter le continent, + Sarkozy et Merkel. Et chacun veut qu'Obama dise lequel est le plus joli". Le chercheur Dominique Moïsi a une analyse encore plus glaciale, ce matin, dans La Croix. Il a vécu les six premiers mois de l'administration Obama aux Etats-Unis, et il a constaté deux choses : d'abord, l'Amérique s'intéresse plus que jamais à elle-même. Et quand elle s'intéresse au monde, c'est à l'Asie comme rivale, ou au Moyen-Orient comme problème. Si l'Europe ne peut pas contribuer à la solution des problèmes, pourquoi s'intéresser à elle ? Plus terrible encore, selon Dominique Moïsi : même quand elle s'unit et qu'elle dit la vérité, comme au Sommet sur le climat de Copenhague, l'Union n'est plus audible. Au fond, ni l'Amérique ni la Chine ne la prennent au sérieux. (ND : "Alors comment retrouver une crédibilité ?" Le Figaro croit encore aux vertus du moteur franco-allemand. "Relance franco-allemande : les 80 propositions de Merkel et Sarkozy", titre le quotidien. Elles seront détaillées ce matin lors d'un Conseil des Ministres commun à l'Elysée. Faut-il en attendre des miracles ? Dans Les Echos, l'ancien ministre des Finances Francis Mer, aujourd'hui président du Club économique franco-allemand, est assez pessimiste : "La France et l'Allemagne retrouvent leurs habitudes du chacun pour soi". Obama snobe l'Europe. Il regarde la Chine de travers. La presse cherche aussi à comprendre ce que Valeurs Actuelles appelle "l'orage sino-américain". Pour François Lenglet, dans La Tribune, l'analyse est très simple : "On sort de la géopolitique du monde des Schtroumpfs : celle qui croyait que Chine et Etats-Unis se donneraient la main pour le bien de l'humanité, dans une sorte de Guerre froide à l'envers". Pour François Lenglet, "la crise a restitué à la Chine un statut de puissance mondiale, dont elle va user pour ses intérêts. L'empire céleste est en passe de remplacer la bannière étoilée". D'ailleurs, c'est peut-être une piste pour l'Europe : sortir de son obsession américaine. C'est le conseil que lui donne Dominique Moïsi, dans La Croix : "La priorité de l'Europe, c'est de se mettre d'accord sur une politique à l'égard de la Chine". (ND : "Et l'attitude de deux autres grands pays est dénoncée ce matin dans les journaux")... Dans Libération, un homme brise un tabou et raconte les viols dans les prisons iraniennes, depuis les manifestations du mois de juin... tabou par peur des représailles, et aussi par honte. Mais cet homme de 27 ans, arrêté au mois d'août, estime avoir "le devoir de parler des viols". Alors il raconte ses neuf jours de captivité : ce tortionnaire qui s'est servi d'un bâton, les coups de câble électrique, les brûlures de cigarette sur le dos, les bras et le crâne... "Ceux qui me frappaient, dit Ibrahim Mehtari, étaient des robots qui ne pensent pas à ce qu'ils font. Une fois que l'un d'eux me battait, son portable s'est mis à sonner : c'était sa femme qui l'appelait. Tout en continuant ses coups, il discutait avec elle de ce qu'il allait manger". Au bout de neuf jours, Ibrahim Mehtari est tombé inanimé sous les coups. Ses tortionnaires l'ont laissé pour mort à la périphérie de Téhéran. C'est à cette mort apparente qu'il doit aujourd'hui la vie et de pouvoir témoigner... Libération rappelle que neuf opposants pourraient être pendus bientôt en Iran... Contexte radicalement différent... Ce qu'on exige de tout régime : le respect de certaines règles, on l'exige encore plus d'une authentique démocratie comme Israël. Plus d'un an après l'opération à Gaza, Le Monde publie les témoignages d'officiers sur les méthodes de l'armée lors de ces 22 jours d'offensive. Et ils indiquent que le haut commandement a instauré pendant cette période des règles de tirs très permissives par rapport à ce qui est habituellement admis... des règles qui ouvraient la voie à des tirs sur des civils, même s'ils n'étaient pas délibérément visés... "Nos paramètres étaient simples, dit un officier : un individu de sexe mâle, qui n'est ni un enfant ni une personne âgée, et qui marche dans la rue au-delà de l'heure butoir, devient un suspect. J'ai connaissance d'au moins un cas où ce constat a suffi pour envoyer un missile sur un Palestinien. C'est seulement après que l'agent de service de sécurité vient dire si le missile a tué la bonne personne". Après tout cela, on peut lire l'interview du Prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus ce matin, dans Libération. Evidemment, elle a quelque chose de très naïf et gentillet, mais elle ne manque pas de force. "Avez-vous un message à délivrer ?", demande Libération à Muhammad Yunus, à la fin de l'interview... - Oui, à l'intention des jeunes : sachez quel monde vous voulez créer, écrivez-le, accrochez-le sur un mur, et travaillez pour ça"... (ND : "Quoi d'autre dans la presse, Bruno ?") Signalons d'abord les numéros spéciaux de L'Humanité et de Courrier International, consacrés à Haïti. L'Huma coûte 2,30 € ce matin... 1 € pour le Secours Populaire. Et Courrier ouvre ses colonnes aux quotidiens de Port-au-Prince. On en reparlera sans doute demain... Une accusation de conflit d'intérêts, sur le site Médiapart.fr... C'est à propos de la privatisation de la Régie publicitaire de France Télévisions, conséquence de la suppression de la pub. Hier, le conseil d'administration de France Télévisions est entré en négociations exclusives avec l'homme d'affaire Stéphane Courbit (l'ancien pape de la télé-réalité), allié à Publicis. Au coeur de l'affaire : Alain Minc. Selon Médiapart, il a été à la fois conseiller de Nicolas Sarkozy et de l'Etat, mais aussi de Stéphane Courbit. La holding de l'homme d'affaires lui a même attribué des actions gratuites en janvier 2008. Alain Minc était donc juge et partie dans cette affaire, qui concerne la privatisation d'un bien public, selon Médiapart. Sur le même site, le socialiste Arnaud Montebourg parle de "brigandage politique" à propos de cette privatisation. Un nouveau motif de fâcherie entre Michèle Alliot-Marie et Brice Hortefeux... Selon Le Parisien-Aujourd'hui, la ministre de la Justice reproche à la police de ne pas en faire assez contre les supporters violents dans les stades. Elle a envoyé le 29 janvier une lettre à son homologue de l'Intérieur sur ce thème. Allez, après tous ces sujets très lourds, quelques grammes de frivolité... Nicolas, vous connaissez cette règle d'or de l'écriture en journalisme : sujet-verbe-complément... Pour les adjectifs, vous viendrez me voir... Alors je vous livre de manière brute l'information que j'ai trouvée ce matin dans Paris-Match : l'acteur Warren Beatty a eu dans sa vie 12.775 femmes... Une biographie de l'homme qui a séduit l'Amérique vient de paraître. Les bonnes feuilles sont dans Match. On y lit notamment cette phrase : c'est après une nuit d'amour avec Joan Collins (deux points, citation) : "Epuisée, elle s'extirpe hors du lit et dit : 'Je ne crois pas que je pourrai tenir plus longtemps'"... Joan Collins donc, l'une des 12.775... Manifestement, pour elle aussi ça allait plutôt bien puisque Match nous apprend que la Britannique était surnommée "The British Open", en référence à ses nombreuses conquêtes. Allez, jeu, set et match, et à demain...

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