(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : 2012, première galerie de portraits.

(Bruno Duvic) C'est le personnage dont l'Europe n'avait pas besoin. Victor Orban, 48 ans, physique carré, Premier Ministre à Budapest. Il est en train de découper la démocratie comme un salami, selon Vincent Giret dans Libération .

Saucissonnées, la liberté de la presse, l'indépendance de la justice, la neutralité de l'Etat. Parmi les dernières tranches en date : le mot "République", découpé de la constitution hongroise.

Viktor Orban... Libé lui consacre son dossier de Une. Portrait signé Florence la Bruyère.

L'histoire commence en 89, année de la chute du mur. Un manifestant crie "dehors les Russes". C'est la figure d'un groupe d'étudiants brillants venus de province. Pas de cravate, chemise débraillée, barbe de 3 jours. C'est alors une jeunesse progressiste.

Mais comment faire carrière dans les années 90 quand les partis se multiplient à gauche et au centre ? Il choisit la droite, radicale.

Orban a du charisme et du dégoût à revendre. Il voit les anciens communistes et les libéraux profiter de privatisations opaques. L'élite est toujours contre lui. Il se lasse de la démocratie et bâtit un monde coupé en 2 deux : les traites à la Nation et les vrais hongrois. Famille et petit patron sont ses clients.

Jusqu'à quand la mise en coupe réglée ? « L'Europe ne doit pas laisser dériver la Hongrie », écrit l'édito du Monde . Libération parle du « lâche silence de l'Union européenne ».

Galerie de portraits suite… Les candidats à la présidentielle

Dans Télérama , portraits rédigés par des écrivains. Dan Franck décrit un François Hollande « Sur les rails ». Un personnage qui montre son envie et dont l'entourage veut convaincre qu'il a changé. "Quand on veut être président, il faut susciter le respect".

Sur les rails, vraiment, François Hollande ? Après son passage au 20 heures et la couverture de Libération hier, la presse en doute encore, de gauche à droite.

Patrick Appel Muller, dans L'Humanité : "On perçoit son embarras pour définir en quoi ses choix rompraient avec les politiques conduites par les conservateurs ou les sociaux-démocrates ailleurs en Europe".

Guillaume Tabard, Les Echos : "Plus le scrutin approche, plus la mise en cohérence des propositions du candidat socialiste semble retardée".

Dans Télérama , Gérard Mordillat voit François Bayrou en "serpent à tête d'honnête homme"

Et tout laisse à penser qu'il l'est réellement, honnête ! poursuit l'écrivain. Mais à force de l'entrainer tantôt à droite tantôt à gauche, son âme reptilienne risque de l'amener à s'emmêler les anneaux.

Portrait de Nicolas Sarkozy en personnage de caoutchouc, signé Eric Reinhardt. Portrait de Marine Le Pen en « Miss France », par Christine Angot. Elle veut choquer le bourgeois mais elle reste sensible à se réputation.

Le Pen, père, glisse une peau de banane sous les pas du candidat Sarkozy dans les Inrockuptibles "C'est évident qu'il a légitimés nos propositions".

Au delà des personnages, les deux débats du jour dans la presse concernent la TVA Sociale et le nucléaire. Je vais vite, on en parle largement ce matin sur France Inter.

Faut-il mettre des milliards pour garantir la sécurité du parc nucléaire comme le recommande l'Autorité de sureté nucléaire ou miser sur des énergies alternatives ? Il faut investir dans le nucléaire, répond Yves Thréard dans Le Figaro : « la France est le leader mondial du nucléaire ».

Dans Libération , petite phrase de Cécile Duflot : « Il faut démanteler les centrales et non les finances publiques. »

Dans Le Monde , le président de l'Autorité de sûreté, André-Claude Lacoste a cette phrase post Fukushima : "C'est quand même un choc de voir l'évacuation de 200.000 personnes et un territoire de 2.000 km2 ravagé. Mais nous n'avons pas trouvé de faille qui nous aurait surpris sur le parc français.

Des personnages dans le gouffre, à présent.

Le Parisien-Aujourd’hui en France raconte l'histoire de cette adolescente de 12 ans qui s'est donné la mort. Elle se sentait martyrisée au collège, les enquêteurs restent prudents.

Au bord du gouffre, l'un de ces petits juge qui font de temps en temps la Une de l'actualité parce qu'ils se trouvent saisis d'un dossier énorme. Voici Patrick Keil, dans Libération , sous la plume d'Ondine Millot.

L'affaire Festina qui avait révélé l'ampleur du dopage dans le Tour de France, c'est lui qui l'avait instruite. C'était il y a 13 ans.

Aujourd'hui, Patrick Keil vit quasiment comme un SDF et s'apprête à être jugé pour corruption, dans 2 jours à Paris.

Que s'est il passé ? Festina, c'est le moment de l'exposition pour un juge "droit dans ses bottes, travailleur, obsédé par le respect absolu de la loi". Il s'attaque alors à la star Richard Virenque sans tirer la couverture à lui. Sa belle greffière tombe amoureuse, 3 enfants. Et l'espoir, le dossier vélo rangé au placard d'une mutation en des lieux plus agréables, la Réunion.

La mutation est annulée, ce sera Carcassonne. Sa femme qui espérait un nouveau départ loin de la pression de l'actualité craque. Pour le juge : divorce, dettes, dépression, alcool. Il transmet à un compagnon de boisson des informations sur une enquête. C’est pour cela qu’il sera jugé pour corruption après une arrestation humiliante dans son bureau. "L'Institution n'admet pas la faiblesse" dit un ex collègue.

Aujourd'hui, Patrick Keil, un mètre 57 pour 45 kilos se raccroche aux livres, ceux qu'il lit, celui qu'il a écrit. Il emprunte sa devise à Simenon, "Comprendre et ne pas juger".

2012, une première galerie de portraits : qui sera l'icône pop de l'année ?

« Lana del Rey, naissance d'une icône ». La New Yorkaise de 24 ans fait la couverture des Inrockuptibles cette semaine à quelques semaines de la sortie de son nouvel album.

Madonna a vieilli, Britney Spears est hors service, Kate Moss est mariée, Amy Winehouse n'est plus. Voici donc la pop star 2012, animal et cérébrale.

Elle accorde une longue interview aux Inrocks mais le papier vaut aussi par le portrait signé Jean Daniel Beauvallet. "On a beaucoup parlé des lèvres de Lana del Rey, trop opulentes pour être vraies. On devrait se soucier de ce qui en coule, fluide et toxique : le chant d'une sirène. (…)

Voix maitresse, autoritaire, qui contraste avec le malaise d'un corps trop long et encombré de lui-même. Partout où elle passe, des mecs tentent de la toucher, comme si elle n'était pas réelle, (…) un hologramme qui se déplacerait en une trainée de poudre.

Beauvallet évoque un concert « lynchéen ». David Lynch, c’est « Blue Velvet » et « Mulholand Drive », pas loin du Sunset Boulevard. 2012 commence dans des tons froids et crépusculaires. On s’en était aperçu.

A demain !

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