7 janvier 2015/2017, les rescapés de Charlie Hebdo nous disent comment ils ont continué à vivre. Trump annonce t il la fin du monde mondialisé? le pen dans Causeur

La revue de presse bonjour Hélène Jouan

On commence par…un triste anniversaire

« Il parait que ça va faire 2 ans, écrit Sigolène Vinson dans Charlie Hebdo ce matin…Le temps a-t-il passé lentement, a-t-il filé ? 2 ans à vivre donc. La journaliste-rescapée de la tuerie du 7 janvier 2015 convoque la vie qui continue, la fille d’Honoré qui classe le bestiaire de son père, celle de Bernard Maris qui publie un joli livre sur le sien, le regard triste de Maryse Wolinski croisé dans des halls de gare, les photos de Cabu accrochées dans les librairies, et cette volonté de perpétuer la vie. Comment ? en faisant l’amour. Beaucoup…ceux qui ont dû vivre n’ont pas cessé de se caresser, alors, maintenant il y a des bébés partout »

Philippe Lançon, autre rescapé se souvient lui de la polémique et de la Une de Charlie ce jour-là. Houellebecq publie Soumission, un roman qui imagine la prise de pouvoir en France des islamistes modérés…L’écrivain décrépit est croqué par Luz, sous le titre « Les prédictions du mage Houellebecq, en 2015 je perds mes dents, en 2022 je fais ramadan » Lançon écrit : « ce n’est pas dans un roman que les islamistes ont fait irruption, c’est dans un journal avec des fusils d’assaut. Pourquoi l’imagination ne prévoit-elle jamais le bon crime avant qu’il ait lieu ? »Pour Houellebecq, il ne sait pas, mais lui, a perdu 13 de ses dents sous les rafales de kalachnikov des frères Kouachi. C’est bizarre assure t il…les dents ça se remplace, mais les dents parties sont des illusions qui ne repoussent pas. Quand je ferme les yeux, il m’arrive de croire que ce que j’ai vu et vécu le 7 janvier n’est qu’un effet de mon imagination, ce truc qui ne vaut pas grand-chose, sinon rien »

« 2 ans après, comment parler encore du 7 janvier ? « s’interroge Riss le directeur du journal dans son édito. Riss en colère contre tous ceux qui ont fini par trouver cette tuerie plus encombrante que les autres, et ont donc tenté d’en gommer la dimension politique. Ce qui s’est passé le 7 janvier défend t il, est un bien un crime politique. Ce n’est pas un attentat comme les autres, ce qui n’implique évidemment aucun jugement sur la souffrance ou la douleur des victimes des autres attentats. Ce jour là répète t il à ceux qui l’auraient, qui l’ont oublié, les victimes ont été tuées en raison de leurs opinions politiques, de leurs écrits politiques, de leurs dessins politiques, publiés dans le journal politique Charlie Hebdo.

Aux Etats-unis, la décision hier de Ford de renoncer à construire une nouvelle usine au Mexique provoque bien des questions…

« L’iconoclaste méthode Trump tiendrait-elle ses premiers résultats ? s’interroge Julien Dupont Calbot dans les Echos. 2 semaines avant sa prise de fonction, le futur président peut déjà se targuer d’avoir fait plier Ford par 2 fois. » Bon, la vraie raison du renoncement de Ford tiendrait plutôt à l’atonie de la demande de petits véhicules nous disent les Echos. Mais qu’importe la réalité des faits, dans l’ère de la post-vérité, en façade, Trump, à coups de tweets rageurs a distribué lazzis et foudres pour inciter les groupes américains à maintenir l’emploi à l’intérieur des frontières, et le résultat est là !

Son patriotisme économique et la future nomination au commerce extérieur d’un adversaire déclaré du libre-échange font écho dans la presse ce matin à une question plus globale : Va-t-on vers la fin du monde mondialisé ? le mensuel Alternatives économiques y consacre son numéro de janvier, se félicitant plutôt de voir que l’opinion générale portée sur la mondialisation a fini par évoluer, il n’y a pas de mondialisation uniformément heureuse…L’hebdo le UN, propose aussi cette semaine un tour de la question, avec notamment un entretien passionnant avec Michel Foucher. Le géographe nous refait un petit cours d’histoire, la mondialisation commence quand un Etat étend son influence sur 360°, Charles Quint au 16ème siècle disait « sous mon empire, le soleil ne se couche jamais », mais surtout rappelle t il, la mondialisation fut pendant 5 siècles une affaire occidentale. Comprenez, la démondialisation qui s’amorce est en réalité explique t il, une désoccidentalisation de la mondialisation, la perte de notre monopole, d’où ce sentiment chez nous de malaise, de déclin car c’est aujourd’hui la Chine qui fait mieux que nous, avec nos outils. Alors oui ; les Etats unis, Bruxelles peuvent prendre des mesures justifiés de protectionnisme vis-à-vis de l’acier chinois. Mais attention aux décisions exagérées prévient il, qui entraine des réactions en chaine dans un monde interdépendant et interconnecté. UN monde démondialisé, c’est un monde en guerre ». dit il. Dans Libération ce matin, la commissaire européenne au commerce Cécilia Malmström défend elle aussi face aux tentations protectionnistes des américains mais aussi d’un certain nombre d’aspirants président en France aujourd’hui, le libre échange, le commerce, la mondialisation. Attention dit elle, tout est lié. L’élection de trump pourrait bien changer le paradigme géopolitique mondial : le commerce sera affecté mais aussi la coopération internationale au sein de l’Otan ou encore des nations Unies. Une ode, une défense qui sonnent curieusement presque anachronique dans le concert ambiant

En France Hélène, une candidate fait sa rentrée dans la presse ce matin…

Marine le Pen qui a donc choisi Causeur...Causeur qui ne change pas de ligne en 2017, « toujours plus de territoires perdus, au coin de la rue, la charia » menace sa Une. On retiendra de l’entretien de la candidate du Fn que ses divergences de vue avec sa nièce sur l’avortement sont de simples « bisbilles », qu’elle ne parle plus à son père qui « dit des choses plus horribles les unes que les autres » dit elle, que « François Fillon s’est congelé depuis sa victoire aux primaires dit elle, balladurisé, se moque t elle. on n’a jamais vu ça »

Marine le Pen qui sur le dossier syrien affiche plus que jamais sa ligne : « écoutez les syriens dit elle, vous verrez que ce qu’ils attendent, c’est que bachar El Assad gagne cette guerre contre les fondamentalistes islamistes. Et les russes ont le même intérêt. Alors oui, ils s’y emploient avec des méthodes extrêmement brutales concède t elle, mais parce qu’ils ont toujours fonctionné ainsi. Bachar El Assad monstre sanguinaire qui a usé d’armes chimiques contre son peuple s’offusque Causeur ? « vous pourriez tirer quelques leçons de prudence des manipulations américaines sur les armes de destruction massive pendant la guerre d’Irak… » évacue Marine le Pen

On termine par un conseil de lecture

J’aurais aussi voulu vous parler du portrait de Richard Spencer, le KU Klux KLAN version 21ème siècle dans les Echos. Portrait signé Lucie Roquebain, passionnant mais je n’ai pas le temps de vous raconter comment ce jeune homme aux allures de play boy, ouvertement raciste, ouvertement toujours favorable à la suprématie blanche, a abandonné tuniques blanches et chapeau pointu pour le costard, convaincu que le but, c’était que ses idées pénètrent le courant dominant, façonnent l’opinion publique pour rendre acceptable des idées jugées encore intolérables aujourd’hui. Et ça marche. Il sera même candidat sous la bannière républicaine d’ici quelques mois

Moins anxyogène, je me contente de vous signaler dans l’Equipe, la formidable histoire de Florian Cazenave. Borgne depuis 2013, ce joueur de rugby va retrouver le top 14 la saison prochaine, une nouvelle législation dans le rubgy, et la célérité de Bernard Laporte à l’appliquer le lui permet. Jolie histoire, parce que forcément pour Florian Cazenave qui arrive à Brive, c’est une renaissance, mais le journaliste de l’Equipe Olivier Bienfait raconte surtout le parcours de cette renaissance, les nouvelles aptitudes que le joueur a du acquérir ou développer pour faire face à son handicap. Travail de l’œil et du cerveau absolument époustouflants. Ce qu’on peut faire apprendre à son cerveau ! Lisez, c’est dans l’Equipe, la tête et les jambes ce matin

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