Ce vendredi, dans les journaux, on parle beaucoup de deux hommes : le "gilet jaune" Eric Drouet et l'écrivain Michel Houellebecq. On parle également du chanteur Francis Lalanne, de la nécessité de rire et des résolutions du service culture de Marianne pour l'année 2019...

Tout d'abord, une question : êtes-vous quelqu’un de susceptible ? Non ? Vraiment ? Que penseriez-vous, par exemple, si l'on vous disait que vous avez un problème avec l'alcool ? Sans doute le prendriez-vous mal, à l'instar de certains habitants de Charleville-Mézières. C'est à lire ce matin dans L'ARDENNAIS.

Le panneau qui vexe les internautes de Charleville-Mézières.

Il s'agit d'un panneau lumineux installé sur la rocade de la ville. Voilà ce qu’on y lit.

L’alcool, première cause d’accident dans les Ardennes. 

Message de prévention routière choisi par la préfecture… Dans le département, l’alcool au volant fait plusieurs dizaines de victimes tous les ans… Mais la phrase a fait bondir nombre d’internautes, sur le thème : « Quelle image donne-t-on de la région ? Une région d’alcooliques ! En termes de communication, c’est super négatif ! » Des Ardennais vexés. Mais d’autres, à l’inverse, invoquent l’intérêt général et, pour l’heure, il n’est pas question de retirer le panneau.

Les habitants de Niort sont également vexés. 

Indignés, même, les Niortais… Indignés par la description que Michel Houellebecq fait de leur ville dans les pages de Sérotonine, son dernier roman… De Niort, il écrit ceci.

C’est l’une des villes les plus laides qu’il m’ait été donné de voir… 

Ainsi que le rapporte LE HUFFINGTON POST, le quotidien local, LA NOUVELLE REPUBLIQUE dénonce « une attaque gratuite ». Et certains habitants appellent tout bonnement à boycotter Sérotonine. Quant au maire, Jérôme Baloge, il a mené son enquête.

Personne n’a le souvenir d’avoir jamais vu Michel Houellebecq à Niort. 

Moi, Niort, j’y suis allé. Ce n’est pas laid du tout. Il y a une très belle librairie. C’est même au moins aussi joli que Charleville-Mézières…

Des avis contrastés sur "Sérotonine"…

C'est ce vendredi que paraît le nouveau livre de Houellebecq. L’histoire d’un quadragénaire nommé Florent-Claude, ingénieur agronome et dépressif, cela va de soi… Partout, dans les journaux, vous en trouverez des critiques… Enthousiasme dans PARIS MATCH, sous la plume de Gilles Martin-Chauffier. 

Son humour provocateur plein de machisme fera frémir ‘les belles personnes’ du vivre-ensemble, mais la mélancolie cynique de Michel Houellebecq fait du bien ! 

Même enthousiasme dans LE POINT, sous la plume de Christophe Ono-dit-Biot.

Houellebecq s’amuse comme un petit fou à nous peindre l’enfer occidental contemporain, à tout rendre absurde… Ce faisant, il se moque de nous. C’est en cela que Houellebecq est grand.

Point de vue nettement moins emballé chez Jean-Luc Porquet dans LE CANARD.

Un oubliable et lugubre roman… 

Même déception, sous la plume d'une sexologue dans les pages de LA VIE.

Du voyeurisme malsain, et une obscénité qui n’a plus rien de subversif... 

Mais est-ce le rôle des sexologues que de critiquer les livres ?

Quoi qu’il en soit, et ainsi que l’annoncent LES ECHOS... 

Houellebecq est sommé de sauver la rentrée littéraire !

Après la rentrée ratée de septembre, le secteur de l’édition est, dit-on, sur les dents. Un secteur qui, dès lors, compte énormément sur la locomotive Sérotonine pour tirer vers le succès les 493 nouveaux romans qui paraissent en janvier. Les libraires attendent Houellebecq comme le Messie, d’autant qu’ils ont été méchamment secoués par le mouvement des « Gilets jaunes ». Des ventes en fort recul chaque samedi de décembre, chaque samedi de mobilisation…  

Un mouvement face auquel le gouvernement durcit le ton… C’est le titre à la Une du PARISIEN.

Évacuation des ronds-points, menace de PV pour occupation illicite de la voie publique…

L’exécutif a décidé de montrer sa fermeté face aux manifestants… Fermeté que défend Nicolas Charbonneaud dans l’édito du journal.

Si la contestation est toujours la bienvenue en démocratie, elle n’exonère jamais du respect de certains devoirs. Or, en République, jusqu’à nouvel ordre, il y a des lois que l’on ne piétine pas impunément… 

On lit ici comme une justification de la garde à vue du militant Eric Drouet – _« Drouet, l’entêté » dixit LE PARISIEN… Drouet, chauffeur routier Melunais de 33 ans dont la presse nous fait le portrait ce matin… « Physiquement, c’est un mélange d’Alexandre Benalla et Alexis Corbière », peut-on lire dans LIBÉRATION… Une figure qui « fascine » Jean-Luc Mélenchon et qui pourrait bien devenir un martyr de la cause. « L'ambigu Monsieur Drouet », titre L’OPINION… « Eric Drouet, ce Gilet jaune controversé qui catalyse la ferveur des militants »_, commente LE FIGARO, qui estime que son interpellation mercredi a réactivé le mouvement…

Mais, dans LE POINT, c’est une autre figure du mouvement que l’on découvre… 

Un portrait en longueur du chanteur Francis Lalanne.

Francis Lalanne, « le barde jaune », qui veut créer une liste « Gilets jaunes » pour les élections européennes. « Mais pourquoi ce baladin des causes perdues serait-il leur étendard ? » s’interroge Hugo Domenach. Le chanteur répond par des analogies. Il se compare à « Toshiro et aux six samouraïs qui aident le village à repousser les hordes de ploutocrate », se compare à « Gary Cooper dans ‘Les trois lanciers du Bengale’, un homme prêt à mourir pour un idéal », se compare à Robin des Bois, à « tous les chevaliers qui défendent le pauvre, le faible, la veuve et l’orphelin ». Et puis, en lisant l’article, on découvre également ce qui rapproche Francis Lalanne des « Gilets jaunes ». 

Sentiment d’humiliation vis-à-vis des élites… 

Le chanteur n’est sans doute pas plus susceptible que d’autres, mais il n’en peut plus d’être moqué sans arrêt pour sa chevelure, ses cuissardes et  ses chansons mièvres… Un triste épisode l’a marqué à vie : son père a fait une crise cardiaque en regardant « Les Nuls » se payer sa tête sur Canal… Il est allé les voir et il leur a lancé. 

Si mon père meurt, je vous égorgerai les uns après les autres et je vous crèverai les yeux. 

Finalement, monsieur Lalanne a survécu. 

Pas facile de rire de tout. Pas facile de rire de soi. Non, sans doute, mais il faut rire, ainsi que nous y invite Pascal Paillardet dans LA VIE…

On rit de moins en moins.

Rire, c’est bon pour la santé… Or, si l’on en croit les études, on serait de plus en plus sérieux... On riait 19 minutes par jour en 1939… Oui, oui, en 1939... On ne riait plus que 6 minutes par jour en 1983... Et aujourd'hui, on rit moins d’une minute par jour… Ça ne va pas du tout ! 

Dès lors, pour rire, on peut par exemple se plonger dans les pages Culture de MARIANNE, des pages dans lesquelles Clara Dupont-Monod nous fait part de ses résolutions pour 2019… Juré, craché, dit-elle, nous les gens de la culture… 

-         Nous n’emploierons plus jamais le mot « jubilatoire » 

-         Nous ne dirons plus de mal de Guillaume Musso… 

-         Nous n’emploierons plus jamais l’expression « d’une poignante modernité »…

-         Nous essaierons de dépasser la page 5 du dernier livre de Guillaume Musso… 

Espérons que Guillaume Musso n’est pas susceptible… Moi, honnêtement, je trouve tous ses romans « jubilatoires » et « d’une poignante modernité »…

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