Au fait, vous l'avez ou vous ne l'avez pas ? Quoi ? Mais le Bac, bien sûr ! "L'avoir ou pas", aurait pu dire Hémingway. Mais là, c'est Thierry de Cabarrus qui l'écrit dans l'Union et l'Ardennais. Un vrai soulagement pour les candidats chanceux et leur famille car on a beau dire que le Bac n'a plus la même valeur, il porte sacrément bien son nom. Il est, depuis sa création au 19ème siècle, le mode de passage d'une rive à l'autre, de l'adolescence à l'âge adulte. "Réussir son Bac, dit encore Thierry de Cabarrus, c'est un peu décrocher le permis de conduire sa vie comme un grand. Bref, un rite initiatique chargé d'une valeur émotionnelle et symbolique dont on se souvient sa vie entière, même si son utilité est parfois contestée". Contestée ? Tiens, écoutez l'exhortation de Bernard Revel dans l'Indépendant du Midi aux jeunes gens, vous qui, pendant des semaines, avez sacrifié vos soirées télé ou Internet pour réviser, qui avez subi la pression de plus en plus lourde de vos professeurs, les regards inquiets de vos parents, les régimes alimentaires les meilleurs pour vos cellules grises, qui avez l'angoisse des veilles d'épreuves, celle du sujet enfin dévoilé, la peur de la feuille blanche, du trou de mémoire et depuis, l'attente fébrile des résultats, on peut vous le dire à présent que vous poussez un soupir de soulagement, du moins si vous êtes reçu : le Bac, ça ne sert à rien ! Vous vous en doutiez sans doute, poursuit Bernard Revel, mais vous avez joué le jeu à l'image de vos professeurs, de vos parents, de la France entière qui fait encore de ce diplôme créé par Napoléon l'évènement-phare du système scolaire. Il y a une légende, une magie du Bac. On le garde comme un vieil objet de famille mais on sait bien, au fond, que ce n'est pas raisonnable". Et l'éditorialiste de l'Indépendant enfonce le clou. "Le Bac ayant perdu son rôle de sélection, il n'a, en réalité, plus aucune raison d'être. C'est une organisation lourde qui coûte cher et mobilise une armée d'enseignants pour pas grand chose. C'est tellement commode de dire à nos enfants impatients de vivre leur vie : "passe ton Bac d'abord !" "Pas d'accord", selon Georges Latil dans "La Provence. "Ce sacré Bac conserve actuellement son pouvoir d'attraction, de séduction et de sanction". Georges Latil espère que cet exercice mythique ne disparaîtra point malgré ses imperfections. "On a toujours besoin de repères". "C'est vrai que le Bac ne sert pas à grand chose tout seul, reprend Thierry de Cabarrus, face à un monde du travail qui exige qualifications et expérience. C'est sans doute une clé utile, encore faut-il savoir ouvrir les autres verrous fort nombreux qui mènent à l'emploi". Et comme chaque année, vos journaux nous rendent l'émotion des résultats. Le Télégramme de Brest croit savoir que le cru 2006, en dépit d'une année un rien agitée, a, semble-t-il, provoqué plus de cris de joie que de désespoir. Un cru exceptionnel, selon le Républicain Lorrain, avec 80% de reçus en série générale. Une lycéenne qui a obtenu 20 sur 20, nous dit La Voix du Nord et un doyen de 72 ans déniché par La Provence. Un retraité de la Marine marchande qui a décroché son diplôme avec mention bien, hier, à Aix. Le Bac, ce sacré Bac, je ne suis pas certain que les deux PDG qui font la une de l'actualité aient eu beaucoup d'angoisse à l'annonce de leurs résultats du Bac. Louis Gallois, comme Carlos Ghosn, sont des forts en thème. Louis Gallois, qui prend la tête d'EADS, a été président de la SNCF pendant dix ans. Voilà pourquoi La Croix titre que "EADS est remis sur les rails". Dominique Quinio note même que Louis Gallois suscite presque autant d'éloges que Zidane, le patron de l'équipe de France de football. Une volée d'appréciations positives, notamment de la part des syndicats, si rares pour qualifier un chef d'entreprise, de son vivant en tout cas. Dominique Quinio s'extasie : "Il est des patrons qui font progresser leur entreprise, qui ont le souci de leurs salariés et de leurs clients et n'ont pas pour principale préoccupation de s'octroyer de généreux revenus. Suivez mon regard..." Le prochain match qui attend Louis Gallois, c'est de redresser la barre d'Airbus, mais aussi de redorer le blason des grands patrons. Certains d'entre-eux, poursuit l'éditorialiste de La Croix, ont largement contribué à alimenter la caricature en bénéficiant de rémunérations d'une ampleur démesurée, indécente. De quoi décourager les salariés, révolter ceux qui gagnent le Smic, et de tels excès, dit encore Quinio, scandalisent aussi les patrons les plus nombreux qui font tourner la machine de leur entreprise. Ils s'agacent d'être amalgamés aux mauvaises pratiques de quelques-uns car ils savent le rôle central des entreprises pour que l'économie française marque des buts dans la Coupe du monde de la croissance et de l'emploi. "Les nouveaux patrons sont sous surveillance", nous dit, d'ailleurs, Les Echos. A la SNCF, les syndicats ont appelé Anne-Marie Idrac, la nouvelle PDG, à marcher dans les pas de son prédécesseur, Louis Gallois, dont le sens du dialogue est regretté. "L'ancienne juppette devient cheminotte", relève Bruno Théveny, dans le Journal de la Haute-Marne, qui juge quand même qu'elle choisit le bon wagon en devenant la première femme à la tête de la société nationale. Mais Bruno Théveny ne peut pas non plus s'empêcher de faire le parallèle avec le foot et la danse. "Alors que l'on se remet tout juste de la samba des Bleus face aux Brésiliens, en attendant le Fado portugais, Français et Allemands, qui peuvent éventuellement se rencontrer en finale du Mondial, se laissent aller à une valse censée donner la priorité absolue au salut industriel d'Airbus. Et, poursuit l'éditorialiste, le couple franco-allemand se doit de rester dans un tempo tango-tango face aux lourds défis industriels qui l'attendent". Et comment qualifier l'alliance qui se profile entre Renault-Nissan et General Motors ? On peut le voir sous l'angle du défi. "C'est un sacré pari", estime Pierre Taribo. On peut être satisfait et perplexe car l'opération qui va donner naissance à un mastodonte comporte des risques dont Carlos Ghosn mesure parfaitement l'importance. Ce redresseur d'entreprises n'a pas l'habitude de voir l'avenir en pointillés, poursuit l'éditorialiste de l'Est Républicain. Si le défi en vaut la peine, il fonce d'abord et il fait le ménage ensuite. Il veut devenir le pilote de la plus grande alliance automobile mondiale". Effectivement, Le Figaro le confirme dans ses pages saumon : "Renault-Nissan propose à General Motors d'entamer des discussions". Alors que La Tribune voit plutôt Renault attendre que General Motors lui tende la main. Mais c'est un pari américain tentant pour Renault qui souffre sur le marché français. "Attention au mirage de la belle américaine, nous dit Patrick Lamm dans les Echos. Peut-on, quand on est un constructeur automobile français, en panne sur le marché américain depuis tant d'années, repousser les ouvertures du leader mondial du secteur ? Difficile de ne pas se sentir flatté et donc de refuser. Carlos Ghosn a pour lui l'expérience des redressements d'entreprises, avec pour principale référence Nissan. Il a réussi à imposer le modèle de l'alliance. Mais la formule peut-elle être élargie avec succès à General Motors ? Philippe Lamm remarque : "Que les Américains ne trouvent pas chez eux le groupe, les managers ou les capitaux capables de prendre en charge General Motors en dit suffisamment long sur l'état du constructeur de Détroit". L'éditorialiste des Echos reprend l'image du géant aux pieds d'argile. Dès lors, la belle Américaine ne risque-t-elle pas de se révéler un miroir aux alouettes pour Renault et Nissan ?" D'autres voient cette alliance sous l'angle amoureux. Pour Philippe Waucampt, dans le Républicain Lorrain, c'est un "concubinage entre un ornithorynque et un mammouth". L'ornithorynque de l'automobile, c'est l'alliance Renault-Nissan que son statut entre l'oiseau et le mammifère n'empêche pas de marcher. Le mammouth, c'est General Motors qui a perdu plus de dix milliards de dollars l'an dernier. "Est-ce que ce mariage à trois profiterait à toutes les parties ?" C'est la question que pose aussi Francis Lachat, dans le Courrier Picard. Les analystes financiers voient beaucoup d'inconvénients à ce projet. Les syndicats, eux aussi, s'inquiètent. La création de tels géants est souvent synonyme d'économie d'échelle et de réduction d'effectifs. "C'est le plan américain", nous dit Libération qui en fait sa une et qui reprend l'idée du mariage à trois. Antoine de Gaudemar remarque qu'en ces temps de grandes manoeuvres industrielles où tous les coups sont permis, l'alliance envisagée par Renault-Nissan et General Motors temoigne d'une prudence patronale nouvelle et d'un autre discours de la méthode : toutes les parties semblent très soucieuses de ne rien entreprendre d'hostile à l'égard de leurs éventuels partenaires. C'est, dit encore Antoine de Gaudemar, que derrière ces assauts de politesse, se trouve un énorme enjeu, celui de donner naissance au nouveau numéro un de l'automobile mondiale. Une double première pour ce géant potentiel né de l'association jamais réalisée entre les trois continents de l'automobile, l'Europe, les Etats-Unis et le Japon. Seulement voilà, dit encore l'éditorialiste de Libé, il ne suffit pas de créer un nouvel empire pour que tous les problèmes s'effacent par magie. General Motors va mal, le secteur de l'automobile guère mieux, le pétrole est cher, la pollution met en péril la planète. Toute une industrie doit s'adapter à la nouvelle donne. Si l'opération se fait, conclut de Gaudemar, Carlos Ghosn devra mériter plus que jamais son titre de constructeur. Oui, sacré pari ! On a commencé par les juniors, on va terminer par les seniors, tous ceux dont il a été question hier à la Conférence de la famille. "La grande vieillesse, nous dit Jacques Camus dans la République du Centre, constitue un phénomène nouveau dont nous nous refusons encore à prendre conscience et qui, pourtant, justifie la mise en place d'une vraie politique de solidarité entre les générations." Et Camus reprend un chiffre que l'on retrouve dans beaucoup d'éditoriaux. Il y aura, en 2050, en France, trois fois plus de personnes de 75 ans qu'aujourd'hui. "C'est à toute la société qu'il appartient d'entourer ses anciens, dit Jules Clauwaert, dans Nord-Eclair. La solidarité entre générations n'est pas un sujet de dissertation : elle se pratique, elle se vit." "Seulement voilà, les aidants ne sont guère aidés, remarque Dominique Garaud dans la Charente Libre. Les aidants familiaux, c'est la nouvelle catégorie de Français baptisés ainsi par le jargon technocratique, et dont a accouché, hier, la Conférence annuelle sur la famille. Pour faire plus simple, dit encore Dominique Garaud, il s'agit de tous ceux de la génération-pivot, des 50-60 ans, qui aident leurs enfants à démarrer dans la vie et accompagnent leurs parents âgés pour affronter les difficultés de la dépendance. C'est vrai, poursuit Garaud, que depuis la canicule dévastatrice de 2003, les pouvoirs publics multiplient les plans, tendant à prouver que la France se prépare enfin sérieusement à faire face aux effets pervers de l'allongement de l'espérance de vie. Mais, dit encore Garaud, les problèmes posés supposent des investissements en maisons de retraite et en personnel bien plus ambitieux que ceux envisagés actuellement." Dans l'Alsace, Patrick Fluckiger estime que les aidants auraient sans doute préféré un financement leur permettant de faire appel à des professionnels. Mais il n'y a pas de budget. La caisse nationale de solidarité pour l'autonomie, l'organisme créé pour encaisser le produit du Lundi de Pentecôte travaillé, cette caisse peut difficilement verser plus sans que soit supprimé un deuxième jour férié. Oui, je sais, ça change du Mondial. Mais, rassurez-vous, Zidane est encore tout sourire à la une de l'Equipe, à la une du Parisien Aujourd'hui en France qui nous donne à la fois les secrets de la résurrection des Bleus, la fièvre qui monte pour les Portugais à Lisbonne et à Paris, car la capitale française est aussi la deuxième ville portugaise du monde. Et enfin, l'autre demi-finale qui se joue quand même ce soir. Italie-Allemagne. Mais ça, on a encore le temps d'en reparler demain.

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