Commentaires sur le discours de Macron, et attentes sur celui de Philippe

La revue de presse, bonjour Hélène Jouan

On commence par les risques d’un édito trop élogieux…

Et si trop, c’était…trop ?

Un éditorialiste du journal Al Jazirah ne sachant plus comment chanter les louanges du roi d’Arabie Saoudite n’a rien trouvé de mieux que d’attribuer au Roi Salmann, deux qualités traditionnellement attribuées au prophète. Difficilement traduisibles pour nous, mais qui signifient en gros, celui qui s’abstient, et celui qui est strict dans le châtiment. Et bien même le roi a jugé que c’était « trop » et a réclamé des mesures contre le journal. L’éditorialiste trop enthousiaste a été suspendu par sa rédaction !

Dans une république laïque, Jupiter à toutes les sauces, ça passe. Dans une monarchie de droit divin, on ne plaisante pas avec les superlatifs.

Alors dans notre république laïque, quel est le ton de la presse au lendemain du discours présidentiel ?

« Ce n’était pas Fidel Castro, mais au lieu de l’intervention concise attendue, c’est un discours fleuve de plus d’une heure trente qu’Emmanuel Macron a prononcé hier ». A l’instar de Daniel Muraz dans le Courrier Picard, beaucoup semble avoir trouvé le temps un peu long hier à Versailles (pour ceux qui y étaient François Ruffin…) Dans l’Opinion, citation d’un parlementaire hier qui a lancé à la cantonnade : c’est le « discours du roi sommeil » ! « Pourquoi le faste et le décorum de Versailles ? se demande Yves Harté dans Sud-Ouest, alors qu’on ne peut pas dire que les deux chambres réunies aient suffoqué de stupéfaction ». Presse dubitative donc sur la nécessité de réunir le Congrès pour un discours jugé par Paul Henri du Limbert du Figaro « stratosphérique » « les parlementaires sont repartis avec la conviction écrit-il, que Jupiter devait redescendre sur terre, ou tout au moins s’en rapprocher ». Sentiment partagé par l’éditorialiste de Libération, Laurent Joffrin. Le seul titre de son édito, « Généralités » suffit à donner le ressenti de l’auteur : « après la vague Macron écrit-il, le Macron vague ». « Ce grand oral a fait pschitt, juge également Pascal Coquis des Dernières Nouvelles d’Alsace, trop long, par instant surjoué, moralisateur parfois et finalement creux, il s’est révélé considérablement ennuyeux et par séquences, pénible ». L’Humanité, plus incisif sur le fond, et fort peu laïc, évoque à sa Une « le prêche indigeste en faveur du libéralisme » . « Prêche cauteleux et enfumage écrit Patrick Appel Muller. Qui craignait le vertige devant la pensée complexe du président, est désormais rassuré »

Sur le fond et la forme, quelques angles précis relevés ce matin

Sur le fond : l’injonction du chef de l’Etat adressée à la presse, sans la nommer, « à faire preuve de retenue, je cite, afin d’en finir avec la recherche incessante du scandale », fait réagir Henri Vernet dans le Parisien : « ce président si attaché à la stricte répartition des rôles devra s’habituer à ce que la presse joue le sien » le prévient-il

Sur le fond encore, le magazine écologiste Reporterre.net relève qu’en 1H30 de discours, seules 2 phrases ont évoqué la question de l’environnement , l’une notamment pointant le risque « d’aliénation de notre avenir, si nous ne parvenons pas à organiser la transition écologique, à protéger la planète ». « De maigres mots en comparaison du coup de communication présidentielle après la décision de Trump de quitter l'accord de Paris. » juge Reporterre

Sur la forme enfin, deux contributions érudites, ironiques et amusantes, l’une d’Antoine Perraud sur Médiapart.fr qui juge que le discours d’hier est celui d’un « khâgneux un jour, khâgneux toujours ». Antoine Perraud compile toutes les références explicites ou implicites du chef de l’Etat, de Peyrefitte à max Weber, de Tocqueville à Rousseau via Edgar Faure, de la philosophe Simone Weil à la disparition saluée de Simone Veil, femme politique. De Charles de Gaulle à Charles de Gaulle enfin, référence suprême et sous-jacente. Macron est « perrocaméléon » juge sévèrement le journaliste « Psittacisme et adaptations » résume-t-il. « Psittacisme », je rappelle « le fait de répéter mécaniquement certains mots ou expressions sans forcément les comprendre »

Pascal Riché sur le site de l’Obs.fr, s’amuse lui à relever un terme désuet utilisé hier par le président « il ne faut pas conchier l’europe » a-t-il dit. A l’oral, car à l’écrit, les services de l’Elysée ont préféré substituer « concilier », à « conchier » ce qui ne veut plus rien dire. Conchier, couvrir d’excrément, pas très joli mais rabelaisien en diable, remis au goût du jour par Aragon en 1927 qui avec son « je conchie l’armée » a inventé une tournure formidable et explosive, expression contraste qui associe la scatologie à la pureté. « Il ne faut pas conchier l’europe » : « européisme bêlant » lui a rétorqué de Jean Luc Mélenchon. Mais bêler, ça ne vous fait pas un peu penser à cabri ?du coup, à de gaulle ? On ne sort pas des « psittacismes et adaptations » !

Et si on revenait à la politique ?

Oui, parce qu’en réalité, ce que la presse retient surtout ce matin c’est que finalement avec de discours « stratosphérique », le président a laissé de la place à son premier ministre. « Partage des tâches subtil relève Michel Urvoy dans Ouest-France, le premier nous parle d’un monde idéal, le second va nous parler (aujourd’hui) d’un monde de contraintes, d’un compromis plus ou moins douloureux entre le souhaitable et le possible, l’un préside, l’autre gouverne ». « Au président, les mots, les concepts, renchérit Cécile Cornudet dans les Echos, au premier ministre, les actes et les gestes. La tête et les tripes ». Retour à l’ordre des choses de la Vème république semble-t-il, fini les gloses sur le « premier ministre humilié », « Le premier ministre ne pourra pas se plaindre que le président lui ait coupé l’herbe sous le pied relève Bruno Dive dans Sud Ouest, il aura encore beaucoup à dire. Il est notamment attendu sur les coupes budgétaires pour 2017 et au-delà, expliquent les Echos. Edouard Philippe « dans l’arène » donc cet après-midi, où l’ambiance s’annonce autrement plus houleuse » prévoit Bruno Dive. Au moins le premier ministre pourra-t-il compter sur quelques amis, le groupe Bellota, du nom du restaurant où depuis 2012, quelques députés de droite ont pris l’habitude de se retrouver, les solère, riester, darmanin, le maire. « Un groupe d’amis comme il en existe tant » raconte Marion Mourgue dans le Figaro, « sauf que l’un d’entre eux est devenu premier ministre ». Article indispensable si vous voulez comprendre comment se sont esquissée il y a 5 ans, ces alliances amicales et politiques qui ont fait valdinguer les frontières gauche/droite

On termine en bref Hélène

Par l’affaire Pénicaud-Las Vegas : Libération révèle que l’ex dirigeante de Business France , et actuelle ministre du travail Muriel Pénicaud, a transmis à son conseil d’administration une synthèse « biaisée et tronquée » de l’audit qu’elle avait réclamé sur les éventuels dysfonctionnements dans l’affaire de l’organisation de la grand messe américaine dédiée aux nouvelles technologies et à Emmanuel MAcron. La ministre fait preuve de « retenue » comme disait le président hier, et a refusé de répondre à Libération

Par l’affaire Grégory enfin : Le Parisien clame en Une « le témoin qui fait rebondir l’enquête, nous parle ». Témoignage en effet du cousin de Muriel Bolle qui a raconté 33 ans après les faits, la soirée de violences familiales qu’aurait subies la jeune fille après avoir mis en cause Bernard Laroche. Si je l’évoque, c’est juste pour oser une mise en garde modeste, de prudence. Dans cette affaire Grégory plus que dans n’importe quelle autre, la presse a longtemps accompagné, voire nourri le naufrage judiciaire qu’a longtemps été cette enquête ; tant mieux si celle-ci avance de nouveau. En attendant, (respi) restons calmes

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