Le destin déglingué d'un ex-punk. Le destin magnifié, dans l'Equipe, de Christophe Urios, entraîneur de Castres, qui voulait fêter son titre sur une colline avec un bon vin. Le destin frustré de Mohed Altrad dans Midi Libre, homme d'affaire et vaincu au rugby. Et Laurent Berger, l'alternative à Emmanuel Macron

Emmanuel Macron en vainqueur pour le Parisien et Libération...

Le Parisien et Libération qui font la même Une et usent de la même ficelle de la métaphore sportive, pour dire la fin probable de la grève de la SNCF, et donc le succès du Président, « Mouvement » sociaux, a-t-il plié le match », le Parisien, « Mouvement social, et à la fin c'est lui qui gagne », Libération, qui reprend une vieille blague sur le football... 

Mais au-delà des unes, nos journaux essaient de comprendre l'état du pays... 

Libération va trouver l'historienne Danielle Tartakowsky qui rappelle ceci; à l'exception du contrat première embauche en 2006, les manifestations et les mobilisations ne font plus tomber les projets de loi... Et l'homme qui a changé le pays s'appelle Jean-Pierre Raffarin, disant en 2003, "ce n'est pas la rue qui gouverne".   

La grève ne gagne donc pas, mais que reste-t-il au salariat, le dialogue social, mais y a-t-il un dialogue? 

Et c'est la question qui se pose à Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, dont le congrès commence à rennes, Berger l'autre grand homme de ce matin, submergé de portraits élogieux et politiques, "il est toujours dans le coup d'après" dit au Figaro sa nouvelle numéro deux Marylise Léon... 

L'Opinion analyse la CFDT et ses dirigeants comme elle le ferait d'un parti, et les journaux installent un paysage, où finalement, Berger serait la seule alternative à Emmanuel Macron.

Berger, le dernier social-démocrate expliquait l’ancien ministre Michel Sapin dans l'Obs jeudi dernier. Macron qui n'est pas social-démocrate et n'a que faire des syndicats, lit-on dans les Echos, ce sont des syndicalistes qui le disent… 

Emmanuel Macron a pourtant reçu Laurent Berger la semaine dernière et Laurent Berger a fait part au Président du mécontentement de ses troupes...  

Oui mais ses troupes sont-elles vraiment fâchées. Libération fait parler de nouveaux adhérents de la CFDT, et c’est révélateur. "C'est quand même les patrons qui créent de l'emploi", dit Jimmy Desbois, adhérent vauclusien, mis a pied par son employeur, quand il a rejoint la CFDT, mais qui n'en rejette pas pour autant le système.

Les lendemains de la finale du rugby…

Qui sont de fête à Castres, 40.000 habitants, "le peuple de castres s'est enflammé pour ses champions", mais au-delà la fête, cette finale et ce qu'en font les journaux nous disent nos valeurs, nos nostalgies...

Prenez ainsi l'Equipe qui célèbre le massif Christophe Urios, entraîneur castrais. Le portrait commence ainsi...

"Quand le sacre de Castres n'était encore qu'un rêve, Christophe Urios nous avait confié qu'il aimerait le célébrer sur une colline, en contact avec la terre, en dégustant un bon verre de vin.... Pourquoi pas un Château Pépusque,  ce vin élégant qui a fait la réputation du village de Pépieux, celui de ses parents."

Tout est dit sur le rugby de terroir, on apprend aussi que les castrais, la veille du match, ont bu quelques bières ensemble pour être fin prêts.

Ce folklore sonne juste et quand on franchit la frontière qui sépare les vainqueurs des vaincus. Dans Midi Libre qui conjure la tristesse, c'est un homme d'affaire qui parle au nom de Montpellier. Mohed Altrad, président du club  et sponsor du rugby français, qui aime Emmanuel Macro,  lequel Macron consolait son épouse après la défaite. Un homme habitué au succès, un des gagnants de l'époque, confronté à l'échec... 

"Samedi soir, au coup de sifflet final, c’était le plus dur. On nous attendait avec ce Bouclier. Mais même dans le business, il y a des moments durs. Alors on persiste, et en général, l’effort, le courage et la ténacité finissent par payer... Dans le monde de l’entreprise, on récolte ce qu’on investit."

Mais Altrad est triste pour les supporters  et pour ses joueurs sud-africains dont les familles quittent la ville, elles ne se sont pas adaptées... Dans Midi libre les larmes des riches ne sont que des larmes... 

Le sport raconte nos fractures. 

Les Echos (cahier Executives) parlent des entreprises qui adorent les sportifs, ils sont la réussite (les entreprises ne connaissent pas les larmes ?)

Dans le Journal du Centre, on parle sport à la une, à propos du Ramadan. Le journal raconte ces sportifs qui jeunent, et courent pourtant, comme Ilyesse, 22 ans, qui a craqué pour les 5 kilomètres de  Nevers « J’ai pris une fessée, mais il fallait que j’y aille. »  On nous parle ici d'abnégation d'effort, d'entrainements nocturnes, de datte et de lait et de la défaite qui n'est pas si grave... 

Des destins brisés pour finir...

Le premier est à la une de la Provence. A Allauch,  une femme d'une soixantaine d'année a tué sa belle-mère grabataire, et blessé son mari, lui aussi à la santé abimée. Elle n'en pouvait plus de s’occuper d'eux.  Et la Provence raconte l’enfer des aidants… 

L'autre destin, d'un homme déglingué, déborde au contraire d'énergie. Dans la Dépêche un peu, dans Libération et dans Le Monde surtout, l'aventure de Gilles Bertin qui était  il y a une génération une voix de la scène punk française, le chanteur d'un groupe bordelais qui s'appelait Caméra Silens, du nom des cellules d'isolement du groupe terroriste allemand « la bande à Baader ».  

Bertin va être jugé cette semaine pour un braquage légendaire, le braquage de la Brinks en 1988... 

Et vous allez lire le parcours de cet homme, paumé, punk, chanteur, junkie, devenu braqueur en croisant des militants indépendantistes basques, et puis planqué en Espagne, rescapé du sida, tenu pour mort en France, et puis revenu il y a deux, ans, sac aux dos, franchissant la frontière le 19 novembre 2016 pour se mettre en règle. Il s'est rendu à la justice « comme on se rend à l'évidence »,  écrit joliment le Monde...  

Il a fait se rencontrer ses deux fils, le premier trentenaire et français, le second catalan de sept ans, mais avant cette paix, l'histoire d'un homme et d'une génération qui beuglait son espérance, ma génération.  Gilles Bertin, pour la gloire, pour l’honneur.

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