Un philosophe américain pense parce qu'il répare des motos, la Chine note ses citoyens, des,ouvriers ramassent leurs affaires dans l'usine fermée, Karl marx est un petit canard de bain, le vélo est l'accomplissement du sionisme, et la Vie met un athée à la Une. Des objets et des hommes, et quelque philosophie.

Le site de Tilly Sabco à Guerlesquin
Le site de Tilly Sabco à Guerlesquin © Maxppp / Claude Prigent

On parle de motos ce matin

Des motos qui aident à penser, puisqu'elles sont la transcendance et le métier d'un philosophe américain, que le magazine Les Echos est allé rencontrer: Matthew Crawford, à Richmond, Virginie, répare carburateurs et circuit électriques et puis philosophant... et s'il n'est pas le premier philosophe à avoir un autre métier, Crawford lui considère que son travail manuel est consubstantiel à sa démarche philosophique: puisqu'il s'agit de retrouver le réel, dans une époque qui nous sollicite et nous distrait des choses concrètes que nous ne sentons plus... Prenez l’automobile dit Crawford, "les voitures intercalent entre le conducteur et la route une quantité de capteurs, d'outils de mesure, de filtres électroniques, celui qui conduit est isolé des vibrations, de l'air extérieur, la sensation de réalité disparaît."

Il prépare un livre sur la voiture et pense avec ses motos.

Et Crawford est comme un antidote tant le concret nous échappe, tant la matérialité nous manque, et le virtuel nous égare et le jeu... 

Marianne nous raconte comment les marques commerciales envahissent nos paysages, et les noms d'arènes sportives sponsorisées ou de centres commerciaux deviennent nos repères... 

Le site de Libération nous raconte qu'en Allemagne, Marx, qui aurait eu 2 siècles demain, est devenu un petit canard de bain, un objet de merchandising, un mug à café, un tapis de souris, un playmobil demain. Malheureux Marx qui pensait le matérialisme et dont l'Humanité veut affirmer ce matin que sa pensée est vivante... n'avait-il pas écrit que la devise du capitalisme était "après moi le déluge"?... Mais les petits canards de bain nous narguaient de leur insignifiance.

En France, ce sont d'autres objets que nous raconte le Télégramme. Un gant, un tournevis, des clés, ce qui reste d'une vie de travail. Un gant et un tournevis qu'un ouvrier, Eric, a glissé dans le sac poubelle qu'il porte sur l'épaule. Hier, les salariés de Tilly Sabco, un abattoir mis en liquidation judiciaire, devaient récupérer leurs affaires dans cette usine de Guerlesquin qui ne rouvrira plus. On peut philosopher sur ces objets. 

Et en Chine, le virtuel devient une prison....

C'est raconté dans l'Express, et dans le trimestriel Usbek et Rica. L'Etat chinois accumule des données sur le comportement des individus pour limiter leurs droits. Celui qui ne paye pas ses dettes ne pourra plus monter dans un train ou un avion... Et l'Express raconte comment la notation est expérimentée dans des villes pilotes, et comment la population est invitée à consentir, à s'habituer, à un autre monde, où le citoyen noté triple A sera supérieur au fumeur ou à l'alcoolique... En Chine, raconte Usbek et Rica, la science-fiction est le genre littéraire qui s'impose, et l'Etat veut la mettre sous contrôle. C'est saisissant, est-ce étonnant? 

Visite d'un centre de démonstration de date à Huainan
Visite d'un centre de démonstration de date à Huainan © Getty / VCG

Et ayant lu cela, on comprend mieux encore le carburateur du philosophe américain...

Il faut toucher les choses, au plus simple et faire vivre les objets...

Il y a comme souvent une jolie histoire dans la Croix, un orchestre d'enfants au Paraguay, dont les violons sont fabriqués de matériaux de récupération, de boites de conserves recyclées sont le son d'une espérance. 

Il est un autre objet qui fait de la politique... C'est le vélo, qui est l'aboutissement du sionisme, 70 ans après la création d'Israel... Puisque le tour d'Italie démarre aujourd'hui de Jérusalem et cette aventure fait la joie de Benjamin Netanyaou, premier ministre israelien qui se fait filmer ans sur un VTT.

Libération et les Echos racontent l'enjeu de cette escapade du vélo en terre sainte, organisée par un millionnaire canadien, Sylvan Adams, qui a refait sa vie en Israel et veut inscrire son nouveau pays sur la carte, "on va montrer notre beau pays, un pays libre, un pays sur, un pays normal, comme la France ou l'Italie"... 

L'Equipe s'astreint à ne parler que de sport car le Giro est une grande épreuve, et un coureur français s'interroge en philosophe; il s'appelle Thibaut Pinot, "je pense être un grand coureur mais est ce que je suis un grand champion?" Et il veut le prouver dans les Dolomites et sur les petites places et les ruelles d'Italie... 

Et cette simple interview ramène le prologue de Jérusalem au rang d'artifice ou d'opium du peuple ou des dirigeants...  

Mais il n'y a pas dans cette histoire que de la communication politique. Le Monde, allez lire son site, a remis en ligne une magnifique évocation de Gino Bartali, campionissimo des années 40 et homme pieux, qui, dans son vélo, masquait les faux papiers des juifs persécutés... Il a obtenu, ce juste, la nationalité israelienne à titre posthume, en prologue du prologue du Giro... Le passé est-il  notre raison.   

Et la Vie met un athée à la Une

Qui est médecin, septuagénaire paisible franc-maçon et moustachu, qui veut changer notre monde, puisque Jean-Louis Touraine est ce député qui se bat pour légaliser l'euthanasie, et qui use de toute son influence auprès du pouvoir pour arracher la décision... Et la Vie, contre ce projet, rencontre donc l'ennemi et le met à sa une et c'est un article à lire, parce qu'il est apaisé, au niveau de la gravité du sujet, quand un journal profondément chrétien dialogue avec l'autre partie du débat... C’est  un parcours dans une histoire française, quand Touraine, qui fut enfant de chœur, raconte son passage à l'humanisme laïque... il fut aussi, Touraine, l'homme qui sauva les bébés-bulles grâce à des greffes de cellules souches prélevées à partir de fausses couches... A l'époque, La Vie soutenait le médecin, ce n'est pas oublié.

Ce respect fait respirer, en cette fin de semaine, pour se rappeler que le militantisme n'est pas que violence et l'engagement naît aussi de l'art. Le festival de Cannes s'approche, le magazine du Monde met à sa une Javier Bardem dont la philosophie naît de la peur de sa maman, qui tremblait sous franco que l'on arrête les siens...

On nous promet de belles histoires mais ceux qui les portent ne sont pas vides de sens... Le Figaro Madame veut mener la guerre des femmes du cinéma, et nous montre de belles femmes de cinéma... 

Le Parisien et Télérama, eux, s'offrent à Aïssa Maïga et d'autres actrices noires, qui racontent une discrimination dans l'égalité, d'être vues comme noires avant d'être comédiennes. Une caméra n'est pas un objet innocent.

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