Boris Cyrulnik plaide pour l'humain dans la Voix du Nord. Ouest-France raconte cette alsacienne malade qui s'est réveillée à Brest gardée par des anges. Le Monde raconte Police-Secours entre les drames quotidiens et des poésies urbaines. L'Humanité dit la beauté fragile du théâtre et se souvient de Vitez.

On parle de bonheur…

Qu’on ressent étrangement dans l’enquête que publie Libération, sur les médecins des hôpitaux qui ces dernières semaines ont vécu lis-je « le meilleur »… Car ils ont été écoutés respectés après des années de mesquineries, explique la professeure Agnès Hartemann, diabétologue à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. «On nous a demandé de quoi nous avions besoin, on ne nous le demandait jamais plus. Avant, la seule question était : "Combien avez-vous produit ? Cette fois, on nous a dit : on vous donne ce dont vous avez besoin...» 

Et le professeur Riou, qui a  été directeur médical de crise à l’Assistance publique à Paris, évoque « une parenthèse incroyable », au cours de laquelle « tout ce qui rend la vie compliquée et difficile a été levé ». « Quand on fait marcher un hôpital sans qu’il y ait de contraintes budgétaires, de soucis de financement, de problèmes d’argent, ça marche bien. »

Mais va-t-elle se clore cette parenthèse quand passera l’urgence du Covid?

Le Figaro publie un texte de 20 grands médecins et scientifiques dont le prix Nobel 2011 Jules Hoffmann, intitulée «Libérons l’hôpital du fléau bureaucratique!» Il faudrait pouvoir la citer en entier. 

«Durant cette pandémie, le fonctionnement de l’hôpital a enfin retrouvé une logique et une autonomie médicales. Chacun a retrouvé le sens de son métier : les soignants ont soigné et l’administration les a aidés à soigner Cette crise a permis une réduction drastique des procédures administratives. On a pu sortir de cet enfer paperassier, il ne faudrait pas y retomber. » Et les médecins plaident pour un abandon de la tarification à l’activité et une gestion au plus près des malades. 

Dans une belle interview à la Voix du Nord, le psychiatre Boris Cyrulnik témoigne de ses expériences.

« Dans ma carrière médicale, j’ai bien vu qu’on avait valorisé la technique au détriment du relationnel. Les médecins les mieux rémunérés étaient les médecins techniciens, comme les radiologues. Ceux qui l’étaient le moins bien étaient les généralistes et les psychiatres, plus en contact avec le malade. C’était le choix de la technique au détriment du relationnel. C’est ainsi qu’on a valorisé les tranquillisants chimiques sur la relation affective et verbale.. »  Et l’homme de la résilience nous demande de retrouver l’humain. 

Et l’on entend des histoires de belle humanité….

Des histoires plus fortes que le mal, celle là vient de Ouest-France et de Brest, d’une femme alsacienne, Malika Fisli qui s’est endormie malade à Mulhouse et s’est réveillée à 1 000 km de chez elle dans un hôpital breton où elle fut sauvée, « par des anges », qui l’ont soignée et puis lui ont racheté des vêtements: les chaussures étaient trop grandes une soignante lui a donné des baskets… 

On gardera cette histoire précieusement quand sera revenu le temps de la banalité. 

Dans l’Indépendant un bénévole du Secours populaire raconte et c’est bouleversant, une vielle dame dont il porte le colis quand elle suit en déambulateur, autour d’elle on est malade, elle ne prononce pas le nom du virus parce que ca porte malheur… 

A Clichy dans les Hauts-de-Seine, ce sont des policiers qui sont au chevet d’une société fragile, et il faut lire le reportage du Monde sur une équipe de Police-Secours dans une ville qui tient le juste milieu, ni Colombes ou le 93 où « c’est la guerre, on ne peut pas travailler », ni Neuilly où l’on s’ennuie un peu… Et les voilà à la rencontre d’une maman sortie de son confinement munie d’une attestation légale, pour fumer un joint avec son fils de 17 ans, amende! Mais on les voit aussi aussi recevant la plainte d’une jeune femme qui triture son masque, elle avait demandé à son mari de réparer un robinet qui fuit, il lui a répondu qu’il allait la défigurer et la piétiner… A Levallois, une autre femme garde une hache rouillée cache derrière un micro-onde: « C’est pour me défendre je n’ai pas le choix, elle ne veut par porter plainte! » 

Et la vie de policier oscille alors entre cette misère qui augmente sous le confinement, et des instants de poésie, un homme joue au tennis contre un mur, a-t-il le droit?

A Troyes me disent l’Est-éclair et Libération Champagne, des voisins se sont indignés d’avoir vu des fidèles hier entrer dans l’église Saint-Rémy… Ce n’était pas une messe, ils priaient simplement chacun pour soi, ça on aurait le droit.

Et pour finir on nous décortique un mot…

Le mot Masque dont s’empare dans la Croix la sémiologue Mariette Darrigrand, qui chaque jour va analyser les mots de la crise sanitaire. Et nous suivons alors de cultures en tradition ce masque des déguisements enfantins et du théâtre antique qui était du plaisir de la beauté du futile et est devenu UTILE… 

Il est aussi, le masque, l’objet des doutes et des polémiques quand Mediapart souligne que nous Français inventons un masque en tissus en dehors des certifications habituelles. Et quand se poursuivent dans l’Humanité ou le Courrier picard les protestations des couturières qu’on est allé chercher quand nous étions nus, et qui n’acceptent plus qu’on ne les paye pas ou si peu.

Je lis dans les Echos que la bourse aux Etats-Unis a connu un superbe mois d ‘avril, on croit chez les boursiers aux lendemains qu’abondent les plans de secours des banques centrales. 

Dans le Figaro on me parle des libraires qui déconfinent déjà et dans l’Humanité on me redit la beauté et a fragilité du théâtre, et Jean-Pierre Léonardini, grand critique, se souvient qu’il y a trente ans et trois jours fin avril mourait Antoine Vitez, l’artiste, l’homme et le citoyen qui voulait « un théâtre élitaire pour tous » et prétendait justement qu’on peut faire théâtre de tout. On devait lui rendre hommage en juillet en Avignon…

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