Bonjour... Qu'est-il préférable de dire pour qualifier la cure d'austérité que subissent les Grecs ?... ...Faut-il dire "drastique"... ou "draconienne" ? - "drastique", du grec "drastikos", se traduit par "actif" et s'utilise d'abord à propos d'un violent purgatif. - "draconienne, draconien"... Le mot est tiré du nom d'un législateur d'Athènes (Dracon) réputé pour sa sévérité. Cela peut signifier donc : "d'une excessive sévérité". Ironie du sort, ces vocables venant de chez eux, les Grecs ont bel et bien les mots pour exprimer ce qu'ils ressentent quand on gèle le montant de leur retraite, quand on supprime leur treizième et quatorzième mois, pendant que l'on augmente la TVA et que l'on fait exploser les prix des carburants. Ces mesures peuvent leur apparaître à la fois draconiennes et drastiques : ils en éprouvent "l'excessive sévérité", et pour être trivial, cela agit sur eux comme un purgatif. Bref, ça les fait chier. Vos journaux en parlent beaucoup, ce matin, de l'austérité grecque. En première page des Echos, on apprend qu'elle "rassure l'Europe et les marchés". Dans Le Figaro Eco : "Le plan grec rassure la Bourse de Paris, qui gagne 0,8% (...) Bruxelles, Paris et Berlin applaudissent les annonces d'Athènes... Mais la grogne sociale monte sur place". Elle monte, en effet, la grogne. La presse française s'en fait l'écho. La Tribune le constate : "Athènes retient son souffle". Dans L'Alsace, Patrick Fluckiger semble se demander : "Et maintenant, à qui le tour ?". Il écrit : "En Espagne, en Irlande, au Portugal, on scrute avec angoisse du côté d'Athènes en se disant que dans quelques mois peut-être, Madrid, Dublin et Lisbonne seront amenées à serrer les ceintures de leurs ressortissants à leur tour". ..."Grèce, Portugal, Espagne : vivre dans un pays en crise" : c'est le gros titre qui orne la Une du Parisien. Le journal, sur deux pages, propose un "voyage dans l'Europe en crise". Dans le lot des Etats qui risquent bientôt de basculer dans l'extrême rigueur, Le Parisien ajoute l'Italie et le Royaume-Uni. Libération indique que les syndicats portugais appellent aujourd'hui à la grève dans la fonction publique "contre la politique de rigueur et la précarisation du marché du travail". L'envoyé spécial de Libé à Lisbonne François Musseau rappelle que le pays compte 2 millions de travailleurs précaires, soit 4 salariés sur 10. Il titre son papier sur "la fronde des 'precarios'". Le politologue portugais Manuel Villaverde Cabral prédit que "la colère va prendre de l'ampleur, à coup sûr". ..."Un pays peut-il faire faillite ?" : c'est la question que pose Le Monde Diplomatique. Laurent Cordonnier assure que "l'hypothèse d'un défaut de paiement des dettes publiques ne constitue plus un scénario totalement impossible" et relève la "très modeste contribution de la finance à la réparation de ses propres dégâts". Un peu plus loin, toujours dans Le Monde Diplo, Frédéric Lordon souligne que "quelques-uns, dans le 'système', commencent à sentir monter en eux une sainte trouille". Il ajoute, ironique, que "l'on tiendra pour une indication très significative que de notoires ennemis de la finance comme Messieurs Dominique Strauss-Kahn et Jean-Claude Trichet se soient publiquement inquiétés de ce que les corps sociaux prendraient probablement très mal qu'on leur demandât de venir éponger une nouvelle crise financière". Cette hypothèse ne peut être écartée. Sur ce sujet, je laisse le dernier mot à Laurent Marchand. En Une de Ouest-France, il précise que "dans la zone euro, seules Chypre et la Finlande respectent aujourd'hui les critères de Maastricht en matière de déficit". Le commentateur déplore que "les mécanismes pour palier une crise comme celle que traverse la Grèce n'existent pas". Il conclut : "Coincés entre les déficits réels, les marchés et les réflexes nationaux, les grands pays européens se doivent de surmonter les blocages et profiter de cette crise pour inventer les instruments nécessaires". (Nicolas Demorand : "Sur fond de crise européenne, Alain, Nicolas Sarkozy s'apprête à détailler son plan pour enrayer le déclin de l'industrie française")... "Industrie : le mal français"... C'est le gros titre de Une du quotidien Libération. En moins de trente ans, de 1980 à 2007, notre industrie a perdu 36% de ses effectifs, soit presque deux millions d'emplois. Les causes sont connues. Elles tiennent dans une spécialisation industrielle inadaptée, le manque de PME exportatrices, un déficit en termes d'innovations et d'investissements. Aujourd'hui à Marignane, dans les Bouches-du-Rhône, le Président de la République lèvera le voile sur les aides à la relocalisation et sur les "prêts verts" que financera le Grand Emprunt. Il en appellera certainement à l'épargne des Français. Quelles sont les solutions ?... Où sont-elles ? ...Il semble que vos journaux fassent aveu d'ignorance, ce matin, en sollicitant en grand nombre l'avis d'une poignée d'experts. Dans Le Figaro Eco, Michel Ghetti, participant aux Etats généraux de l'Industrie, proclame qu'il "faut sauver des emplois et non des entreprises qui ne sont plus viables". Dans La Tribune, Michèle Debonneuil envisage l'avenir en dessinant le passage d'une économie de "l'avoir plus" à une économie de "l'être mieux". Elle fait l'apologie des services, devenus "productifs comme les biens". Dans Le Figaro, rubrique "Débats & Opinions", le professeur d'économie Gilles Le Blanc rappelle que "dans politique industrielle, il y a le mot politique". Et tiens, dans l'hebdomadaire Politis justement, trois économistes analysent la désindustrialisation de la France. Directeur général de l'Institut de recherches économiques et sociales, Jean-Louis Levet note que "l'industrie a été oubliée des politiques publiques". Son collègue El Mouhoub Mouhoud, auteur de "Mondialisation et délocalisation des entreprises" (aux Editions de la Découverte), voit bien que "les politiques interviennent une fois la délocalisation décidée". Quant à Jérôme Gleizes, de la revue "Ecorêv'", il suggère de "conjuguer savoirs et aménagement du territoire"... ..."Il est temps de préserver les savoirs professionnels en train de disparaître avec les emplois industriels", écrit-il. Marx serait-il de retour ?... Dans Libération, Laurent Joffrin regrette que "les intentions ne (soient) guère suivies d'effet". "Gare à la démagogie !", s'exclame Rémi Godeau dans L'Est Républicain... "Il faut plus que des discours de campagne" pour parvenir à mettre en place une vraie politique industrielle. "Il faut plus que des mots", renchérit Olivier Picard dans Les Dernières Nouvelles d'Alsace, "pour ouvrir de nouvelles voies convaincantes dans une période où les annonces de fermeture de sites industriels se multiplient à un rythme anxiogène". Dans Le Courrier Picard, Francis Lachat déclare que "l'intervention de l'Etat (...) ne pourra pas tout résoudre. Il faudra aussi que les entreprises acceptent de se remettre en question (...) Il vaut mieux parier sur la qualité des employés plutôt que d'aller en chercher ailleurs, sans garantie de résultats". La qualité, encore une fois. L'éloge du savoir-faire. (ND : "Vous avez dit 'anxiogène', Alain ?") Il y a vraiment de quoi se plonger ou se replonger ce matin dans l'excellent ouvrage du philosophe Marc Crépon : "La Culture de la Peur". Le Parisien et Le Figaro, en première page, reviennent sur ce séisme du Chili qui a ralenti, depuis samedi, la rotation de la Terre. La NASA a observé que l'axe de notre planète avait dévié de 8 cm et que les jours s'en trouvaient raccourcis de 1,26 millionnième de seconde. "Pas de quoi trembler", nous rassure quand même Jean-Luc Nothias, dans "L'Histoire du Jour" du Figaro. Dans Le Parisien-Aujourd'hui en France, Michel Valentin confirme : le phénomène est connu. Il n'étonne pas l'astrophysicien Alfred Vidal-Nadjar qui, doctement, explique : "C'est une loi de la physique. Chaque fois qu'un corps change de forme, sa vitesse de rotation se modifie. C'est un peu comme un patineur qui tourne sur lui-même : il va plus ou moins vite selon qu'il tend ou non les bras". On demandera à Brian Joubert ce qu'il en pense... Pour rester, un bref instant, dans les phénomènes naturels anxiogènes mais exceptionnels, revenons sur les ravages laissés par la tempête Xynthia sur la côte atlantique. Le quotidien régional Sud-Ouest titre : "Charente-Maritime : et maintenant, les pillages". Un dispositif contre les vols a été mis en place autour des maisons sinistrées. (ND : "On peut aussi avoir peur pour l'équipe de France de football, à trois mois de la Coupe du Monde")... "2 buts à 0" pour l'Espagne au Stade de France. Vos journaux n'ont pas trop de peine pour trouver les mots qui condamnent l'insuccès des joueurs de Raymond Domenech. Pour L'Union de Reims : "Les Bleus se font mater". Le Dauphiné titre : "La leçon espagnole"... L'Equipe, enfin, modèle de sobriété, aligne trois mots : "Un autre monde". A la lecture du quotidien sportif, on lit cette réaction du sélectionneur français : "Je ne suis pas catastrophé". Nous voilà rassurés. L'éditorialiste de La République du Centre Jacques Camus, visiblement, l'est un peu moins, quand il dénonce "l'addition des expérimentations hasardeuses de Raymond Domenech", un Thierry Henry qui "semble avoir définitivement perdu la main", une absence de "joie". Il ajoute : "Il faudrait que nos sélectionnés arrêtent de se la jouer avec leurs attitudes distantes et leurs caprices de divas. Il ne reste que trois mois à Raymond Domenech pour transformer leurs semelles de plomb en souliers d'or". Et il conclut : "Olé !". (ND : "Les hebdos sont arrivés")... Le Nouvel Observateur revient sur la Seconde Guerre mondiale avec ce titre sur fond d'étoile jaune : "1939-1945 : les Alliés ont-ils abandonné les Juifs ?". L'hebdomadaire propose en pages intérieures le témoignage de Jan Karski, l'homme qui a alerté Roosevelt". Dans L'Express maintenant : "Politique, affaires, culture, contre-pouvoirs : les nouveaux réseaux qui comptent... Leurs stratégies, leurs chefs de file... Comment leur influence grandit... Leurs méthodes pour vous séduire". La couverture de L'Express est constellée de petites photos de ceux qui -apparemment- incarnent ces "nouveaux réseaux qui comptent". Je ne vous y ai pas vu. Le Point nous offre une enquête sur... "le Président Fillon". En sous-titres : "La tentation de l'Elysée" et "Pourquoi la droite croit en lui". Tout est dit. Un mot de Témoignage Chrétien, qui titre sur "l'avortement, de la doctrine à la compassion". Ce dossier complète avantageusement celui que le quotidien La Croix consacre au même sujet, sous le titre : "Avortement, ce qu'en pensent les femmes". La Croix publie un sondage IFOP-Alliance qui révèle que 85% des Françaises sont favorables au droit à l'IVG mais qu'à 61% elles jugent que l'on y a recours trop souvent. D Dans Témoignage Chrétien, également, un article sur Vincent Bolloré, l'industriel, qui attaque France Inter, mécontent d'un reportage de Benoît Collombat sur ses activités camerounaises. Je salue enfin l'arrivée dans les kiosques d'un nouveau quotidien corse. Son nom : "24 Heures"... "binti kwatro oré", comme on dit dans le nord de l'Ile de Beauté. Bonne journée...

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