Patrick Cohen : La Revue de Presse à deux voix du vendredi. Guyonne de Montjou et Bruno Duvic. A la Une : quand une canette de Coca fait des bulles chez les Kadhafi… Guyonne de Montjou : C'est une histoire de coulisses, comme on les aime. Grâce au New-York Times, on va tout au fond de la tente de la famille Kadhafi. Et ce qu'on y trouve ne manque pas de sel ! Depuis des décennies, les enfants du Guide s'écharpent pour mettre la main sur les différents magots. Révélée par un câble Wikileaks, une dispute entre deux fils du Colonel autour de l’usine de mise en bouteille de Coca-Cola. L’affaire remonte à 2005, à l’époque, l’usine Coca-Cola s’installe à Tripoli. Et c’est le fils Mohammed, qui en obtient la franchise. Cela ne plaît pas à Mutassim, son frère… Mutassim qui envoie sa milice prendre d’assaut l'usine, deux semaines après son ouverture… La production s'arrête plusieurs mois. Le New-York Times raconte cette scène digne du "Parrain" : un jour, Mutassim se rend à la résidence de son frère avec ses hommes. Mohammed n'est pas là, heureusement pour lui. Mais dans la maison, se trouve le cousin, qui a aussi les mains dans l'usine de Coca... Alors il l'enlève, son cousin, et le met dans le coffre de sa voiture… Ainsi va le Western libyen. Bruno Duvic : Qui sont les hommes qui se battent contre le clan Kadhafi et ses partisans ? Tanguy Berthemet les montre dans Le Figaro. Reportage à Braga... cinq hommes sont postés à l'entrée de la ville... Cinq, debout sur un Land Cruiser flambant neuf. cinq à bichonner la mitrailleuse de 14 millimètres montée à l'arrière du tout-terrain et pointée vers le désert. Il y a deux jours encore, ils étaient rugbyman, peintre en bâtiment, policier à la retraite, docteur en physique. Pas la moindre idée sur la conduite d'une guerre. Pour se battre, outre la mitrailleuse, ils ont une kalachnikov et un sabre de parade volés dans une caserne. Guyonne de Montjou : Les armes parlent quand le dialogue est rompu. Il faut reconnaitre que le Colonel Kadhafi n'a pas beaucoup de soutien dans le camp occidental. Dans le Courrier International, on apprend que ni Barack Obama, ni aucun responsable américain n’a parlé avec lui en direct, depuis l’explosion des violences. Le Département d’Etat américain affirme qu'Hillary Clinton n’a pas réussi à contacter son homologue libyen, Moussa Koussa, à cause d’un « problème technique », une mauvaise liaison téléphonique. Jusqu'où va porter le parfum du jasmin ? Au restaurant "Maison Marna" de Gaza, c'est une odeur de tabac à la pomme qui chatouille les narines. Chicha et ordinateur portable. Quelques jeunes hommes devisent devant Aude Markovic de Libération. Le Hamas empêche toute manifestation. Même si officiellement le parti islamiste applaudit les révolutions dans le monde arabe, il sent bien le danger pour lui de ce printemps et ses bourgeonnements. L'un des fumeurs de chicha s'appelle Ayman. Il est d'un groupe Facebook qui a dénoncé récemment le comportement du Hamas. "Il fait tout son possible pour contrôler nos pensées, notre comportement et nos aspirations. Il s'est étendu dans notre société comme un cancer, en mutilant et en tuant toutes les cellules vivantes, les pensées et les rêves". On vous parlait la semaine dernière de la contestation en Chine, ces rendez-vous contestataires qui se tiennent tous les dimanches dans les lieux publics et qui rendent nerveuses les autorités de Pékin. Eh bien, selon le Herald Tribune, plusieurs douzaines de correspondants étrangers seraient dans le collimateur des autorités. Le département de l’information les a menacés de leur retirer leurs visas pour avoir couvert l'émergence de cette contestation démocratique en Chine. Idem pour des rencontres culturelles que les ambassades avaient programmées ces prochains jours : elles ont été annulées sans préavis, par peur qu'elles se transforment en manifestations. Patrick Cohen : Dans la presse également, très grande inquiétude pour la Côte d'Ivoire… Guyonne de Montjou : Et cette photo dans le Guardian : une forme sur le sol, un boubou coloré, qui recouvre un corps gisant sur l’asphalte… du sang séché autour... une main dépasse au bout de laquelle se trouve une pancarte, un simple carton cloué sur une tige en bois. Voilà l'une des six victimes de la scène horrible qui s'est déroulée hier dans la banlieue d'Abidjan. Six femmes tuées à bout portant, à la mitraillette, alors qu'elles déambulaient gaiement autour de la place. Une manifestation pacifique réclamant le départ de Laurent Gbagbo, plus élu depuis trois mois et toujours en place. L'article du Guardian décrit les préparatifs d'une guerre civile : des milices partout, des quartiers teintés politiquement, des populations qui se déplacent en masse… 200 000 personnes ont quitté Adobo en une semaine. Alors que les délégations de dirigeants africains se succèdent au palais, Laurent Gbagbo dédaigne les offres d’amnistie et les propositions d’exil confortable à l’étranger. Le temps joue pour lui, et contre Alassane Ouattara qui ne parvient pas à s'imposer. Gbagbo a profité des révoltes arabes qui ont détourné l'attention de la Côte d'Ivoire. Avec le massacre d'hier, il a voulu juste rappeler sa détermination. Bruno Duvic : Alors que les hommes se disputent violemment le pouvoir, le viol est utilisé comme arme de guerre en Côte d'Ivoire écrit « Rue89 ». On viole des femmes dit un chercheur d'Amnesty International, des fillettes de 5-6 ans aux dames de 60-70 ans. Guyonne de Montjou : Mais la presse du pays est moribonde. neuf quotidiens pro-Ouattara ont cessé de paraître. Le « Soir-Info » d’Abidjan raconte la veillée d'armes, la psychose partout et l'économie qui tourne au ralenti : « Mais nos dirigeants, écrit le journaliste, s'en fichent. Ils sont vautrés dans leur sofa ». Eux, ne sont pas concernés par la fermeture des banques Ce ne sont pas leurs femmes ou leurs enfants qui, baluchons sur la tête, sont contraints à des marches forcés sous la canicule. Conclusion de « Soir-Info » : continuons à boire le calice de la misère jusqu’à la lie. Bruno Duvic : La côte d'Ivoire et ses horreurs reléguées par les révolutions arabes en pages intérieures des journaux. L'actualité européenne également. Et pourtant, des réunions importantes auront lieu les 11, 25 et 26 mars. Un document de travail sur la coordination des politiques économiques circule. Patrick le Hyaric, le directeur de L'Humanité l'a lu attentivement. Il y est question de baisse des salaires dans la Fonction publique, de TVA sociale, de lever toute restriction d'ouverture des magasins fondée sur des critères horaires ou géographiques, de contrôle européen sur les budgets des Etats et les budgets de sécurité sociale et de changement de constitution pour y inscrire l'interdiction de faire des déficits. Le directeur de l'Huma y voit un projet de guerre antisociale et antidémocratique. Patrick Cohen : La loi interdisant le voile intégral dans les lieux publics entre bientôt en vigueur. Commentaires dans la presse britannique, Guyonne… Guyonne de Montjou : Les Britanniques sont très intrigués par notre loi sur le voile qui va totalement à l'encontre de leur modèle multiculturel. En Une du Guardian ce matin, la correspondante à Paris détaille avec un ton presque dramatique le contenu de la loi : « Le 11 avril, plus de voile intégral sur les Champs Elysées, dans les bus, banques ou bibliothèques, dans les cinémas, au Louvre, dans les trains, les hôpitaux. Les femmes en burqa n'iront plus chercher leurs enfants à l'école. Bruno Duvic : Le voile, la Croix et la bannière de France... La visite du Président de la République à la cathédrale du Puy-en-Velay suscite beaucoup de commentaires ce matin. Les pour, les contre... Dans "L'Est Républicain", Chantal Didier est à mi-chemin. Voici ce qu'elle écrit. "Evoquer l'héritage chrétien de la France relève de l'évidence. Le discours de Nicolas Sarkozy n'apparait pas plus illégitime que le clocher sur les affiches de François Mitterrand. La difficulté tient au télescopage avec le débat sur la laïcité. 2012 approchant, tout est vu comme manœuvre électorale. C'est dommage et sans doute inévitable." Quel que soit le regard porté sur lui, ce président n'en finit pas de fasciner la presse. Maurice Szafran et Nicolas Domenach, de Marianne, publient un livre dévoilant vingt ans de conversations et rencontres avec Nicolas Sarkozy. Question : révéler les détails privés permet-il d'éclairer le comportement public d'un homme politique ? A chacun de juger. En tout cas voici une scène décrite par les deux journalistes de Marianne. Vous la trouverez demain dans l'hebdomadaire qui publie les bonnes feuilles de ce livre. Nous sommes en juillet 2006, Cécilia Sarkozy vient de quitter le domicile. Celui qui est alors ministre de l'Intérieur reçoit les deux journalistes dans le jardin de la place Beauvau. Mais il les reçoit affalé dans une chaise longue et torse nu. "Torse nu, mal rasé, ceinture du jean entrouverte, Ray-Ban aviation sur les yeux, le dernier quart d'un cigare entre les dents, un téléphone portable dans la main droite, une petite radio dans l'autre main. La Radio est branchée sur Nostalgie. Elle diffuse un tube de Michel Delpech, "Chez Laurette". Un des deux plumitifs note sur son bristol : "Si un jour nous décrivons ce moment-là, personne ne nous croira !" Comme dirait George Clooney : “What else ?”

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