(Nicolas Demorand : "Et bien sûr ce matin, dans la presse, hommage à Claude Lévi-Strauss)... Avec son air d'explorateur du XIXème siècle, grand corps sec et grosses lunettes, il est en photo partout... Il occupe même, seul, la Une de Libération ce matin : un traitement que le quotidien réserve aux grands événements. Il faut d'ailleurs saluer, ce matin, le travail de Robert Maggiori et Antoine de Gaudemar, dans Libé : huit pages pour examiner "l'empreinte Lévi-Strauss". Je crois qu'elles ont un très grand mérite, ces huit pages : c'est qu'on peut y trouver son bonheur, que l'on connaisse en détail l'oeuvre complexe de l'ethnologue ou qu'on n'y connaisse rien. Voici donc l'un des moments fondateurs... Année 30 : expédition chez les Indiens Nambikwara, au Brésil... Les peuples que rencontre Lévi-Strauss sont décimés par les maladies de l'homme blanc. Et pourtant, certains n'en ont jamais vus. Dans un de ses carnets de notes, il griffonne, une nuit : "Le visiteur qui campe dans la brousse avec les Indiens se sent pris d'angoisse et de pitié devant cette humanité si totalement démunie, nue, grelottante auprès des feux vacillants. Mais cette misère est animée de chuchotements et de rires. C'est l'expression la plus émouvante de la tendresse humaine". Lévi-Strauss comprend alors que ces civilisations qu'il découvre sont en cours d'élimination de la surface de la Terre, sous les coups de boutoir de la "civilisation". 1939 : il est de retour en France... Après la forêt vierge, les bibliothèques : c'est l'heure des théories... Ce qui, de Lévi-Strauss, demeure sacré, écrit Robert Maggiori, c'est l'idée que les cultures ont la même force et la même dignité. Parce qu'on trouve en chacune des éléments poétiques, musicaux, mythiques, qui sont communs. La "pensée sauvage", qu'on disait primitive parce qu'en elle auraient dominé les aspects émotionnels, n'est pas moins logique que celle de l'homme civilisé. La rencontre de l'Autre, de celui qui semble si différent, est un trésor inépuisable. Il a trouvé dans les civilisations les plus humbles la décence des hommes. En 1995, ajoute Antoine de Gaudemar, Lévi-Strauss était toujours en colère contre la dévastation des derniers territoires indiens. Et cette destruction, selon lui, menaçait à son tour l'Occident. "Dépouillés des valeurs dont nous étions pris : pureté de l'eau et de l'air, grâce de la nature, diversité des espèces, nous sommes tous Indiens désormais. Nous sommes en train de faire de nous-mêmes ce que nous avons fait d'eux". Alors évidemment, on trouve dans l'actualité beaucoup d'échos à la pensée de Lévi-Strauss... "Il nous a mis en garde contre l'appauvrissement conjoint de la diversité des cultures et des espèces naturelles. Il a ouvert la réflexion du XXIème siècle", écrit Hervé Chabaud dans L'Union de Reims. Mais attention à ne pas faire parler les morts. Lévi-Strauss rejetait la posture de l'intellectuel engagé. "Il ne donnait pas son avis sur tout et sur rien, comme tant d'autres", écrit Didier Pobel dans Le Dauphiné, sous le titre "Triste chronique". Dans Le Figaro, Sébastien Lapaque rappelle que "l'ironie était l'une des marques de son esprit". Il revendiquait même un certain conservatisme : "Une société ne peut vivre sans rites". Ces précautions importantes étant prises, on lira, sur le site MédiaPart, un article qu'Edwy Plenel avait consacré à l'ethnologue en 2005 dans Le Monde 2. On y trouve ces phrases : "J'ai connu une époque où l'identité nationale était le seul principe concevable des relations entre les Etats. On sait quels désastres en résultèrent". Mais Lévi-Strauss, rappelle aussi Libération, pourfendait les illusions du multiculturalisme. "Les cultures, pour survivre, doivent conserver une certaine imperméabilité aux autres". Pour conclure de manière plus légère, vous trouverez, sur les sites de la presse internationale également, des hommages à Lévi-Strauss. La BBC parle de "géant intellectuel", et relève cette anecdote : pour beaucoup, Lévi-Strauss, ce n'est pas un ethnologue. "Pas une année ne passe, disait le scientifique, sans que je reçoive une commande de jeans"... (ND : "Quoi d'autre dans la presse, ce matin, Bruno ?") Dans certains sujets, on peut trouver un prolongement à tout ce qui vient d'être dit... "Fichage ethnique : un rapport au vitriol de SOS Racisme", titre Le Parisien-Aujourd'hui... L'association publie aujourd'hui un rapport qui accuse des entreprises et des offices HLM de discrimination. Elle dénonce aussi la passivité des inspecteurs du travail, de la Commission Informatique et Libertés et des magistrats. Le Parisien cite trois exemples... En voici un : Nissan Europe, accusé de fichage ethnique des candidats à l'embauche sur son site Internet. Ils doivent notamment renseigner une rubrique sur leur pays d'origine. Au choix : France, Martinique, Guadeloupe, Polynésie Française et France territoires du sud, comme si c'était des pays différents. Parole à la défense, chez Nissan : "Nous mettons un point d'honneur à favoriser la diversité". L'Italie va devoir retirer tous les crucifix de ses écoles publiques : jugement de la Cour européenne des droits de l'homme. "Les crucifix bafouent la liberté de penser et de conscience". Tollé à droite, malaise à gauche... Pour le secrétaire général du Parti Démocrate, "une vieille tradition comme le crucifix ne peut offenser personne. Parfois, le bon sens finit par être victime du droit". L'Etat italien a déposé un recours. C'est à lire dans Libération. (ND : "Un an depuis l'élection de Barack Obama. Sa Présidence est passée au banc d'essai"... Bilan détaillé dans tous les journaux... Vous trouverez notamment, dans La Tribune, un résumé très clair, chapitre par chapitre. Reproche majeur fait à l'homme du "Yes we can" ce matin : sa frilosité et son indécision. Dans Le Monde, interview d'un ancien conseiller de Ted Kennedy : "Obama privilégie l'option du moindre risque politique. Après la crise, lorsqu'il a abandonné toute velléité de réguler les marchés financiers en profondeur, ça a été le coup de grâce. Il est incapable d'affronter les lobbyistes de la finance. J'en arrive à me demander si cet homme a de vraies convictions. Le cas de la politique en Afghanistan est typique : il ne parvient pas à se décider". Pour contrebalancer ces propos très durs, en parallèle, toujours dans Le Monde, interview d'un prof d'histoire de l'université de Memphis, Tennessee... "Obama a ouvert presque toutes les réformes en même temps. Laissons-le encore travailler. Prenez la réforme de la santé... Les débats sont durs. Elle n'est pas encore adoptée. Mais le Président est d'ores et déjà allé plus loin sur ce sujet que n'importe quel autre de ses prédécesseurs". (ND : "Et la crise est encore à la Une de plusieurs journaux, ce matin")... "Nouveau sauvetage massif pour les banques anglaises", titrent Les Echos... Londres va injecter 31 milliards de livres dans la Royal Bank of Scotland (RBS pour les initiés) et la Lloyds Bank. RBS, relève Le Figaro, décroche la palme du sauvetage bancaire le plus cher au monde. En soutien au secteur automobile français, il y a en principe le Fonds de modernisation des équipementiers automobiles. Scandale à la Une de L'Humanité : au sein du groupe Trèves, cet argent a été utilisé pour délocaliser. Lors d'une réunion le 14 octobre à Bercy, le directeur général du Fonds de modernisation l'a dit très clairement aux représentants des salariés : "On ne pouvait pas intervenir sans une restructuration massive". Deux usines vont donc fermer. Parallèlement, selon L'Huma, le groupe délocalise sa production en Espagne et au Portugal. Le quotidien met en exergue une phrase de Nicolas Sarkozy en décembre dernier : "Il n'y aura pas d'aide sans engagement à ne plus délocaliser". (ND : "Et pour terminer, quelques informations en bref")... La dernière offensive de l'association "Droit des non-fumeurs", dans Le Figaro : les terrasses des cafés et restaurants... Lorsqu'elles sont entièrement fermées par des bâches, elles seraient illégales. La justice est saisie. La Une de La Provence entre paradis et enfer... Le paradis, c'est la victoire de l'OM : "6-1" face à Zurich hier soir, en Coupe d'Europe. L'enfer, ce sont les rues aux allures de décharge, en pleine grève des éboueurs : 12000 tonnes d'ordures. On a dû incendier des sacs-poubelle sur la Canebière. Dans la presse encore, ce matin, vous constaterez que la droite est dans tous ses états... polémiques en tout genre au sein de la majorité. Dans L'Alsace, Patrick Fluckiger se demande si Nicolas Sarkozy a encore l'autorité suffisante pour faire passer ses réformes. Autour de lui, les souris commencent à danser. Et puis Jacques Chirac entre Mémoires et prétoire... Bakchich Hebdo rassemble une série de caricatures, cette semaine, sous le titre "Jacquou le croqué". Coup de crayon notamment du dessinateur Otto... Madame Chirac fait la lecture de la presse à son mari : "Ecoute ça : Jean-Pierre Treiber échappe à la justice depuis un mois". Réponse du Président, qui boit une bière dans son fauteuil : "Amateur !". Bonne journée...

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