(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : Au Babel Café

(Bruno Duvic) A l'aide des journaux de ce matin on peut se faire petite souris et imaginer une réunion de tous les grands de ce monde dans un café au petit matin, à Cannes. L’établissement est imaginaire mais les extraits de presse sont authentiques.

« Babel café » donc. Le patron a le visage un peu fatigué, des faux airs de Jacques Delors. Le premier qu'il voit arriver au bar c'est Hu Jintao, un sourire en coin.

  • Comme d'habitude M'sieur Hu, vous buvez de la petite bière... ?

Le dirigeant chinois ouvre Libération sur le comptoir, page 22. Un article qui n'a rien à voir avec le G20. Mercredi, très haut dans le ciel, la Chine a amarré dans l'espace un de ses vaisseaux avec un module spatial. Premier pas vers une future station orbitale.

  • Et hop ! Une conquête de plus, glisse Monsieur Hu.

Derrière ses grosses lunettes, il poursuit sa lecture avec le numéro de Géo de ce mois-ci. Un dossier de trente-quatre pages, intitulé, "Comment la Chine redessine le monde". Partout, les Chinois bâtissent des ports, des routes, des hôpitaux. Stratégie de conquête tous azimuts. Chiffre clé de ce dossier : la Chine a plus de deux mille milliards d’Euros de réserves de change

Le patron écarquille les yeux :

  • Avec ça vous allez aider l'Europe à s'en sortir ?

En guise de réponse, Monsieur Hu tourne la tête vers le client qui s'est installé sans bruit pendant qu'ils discutaient.

  • Un café s'il vous plait. Serré.

George Papandreou étale sur le zinc la Une du Télégramme . Sur la photo, il est debout, droit comme un « I », mains jointes. Il regarde Angela Merkel qui relit un papier devant lui, comme une prof qui corrigerait une copie.

Titre de Une : "Papandreou cherche une issue"

Le Grec est dans tous les journaux. Monsieur Hu, qui a gardé Libération , lui montre le portrait de lui page 4. « Papandreou III, dit "le petit" ». Libé raconte aussi comment, en 24 heures, le Premier Ministre s'est fait recadrer par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, a mis en sourdine son projet de referendum et sans doute perdu son poste avant un vote de confiance, aujourd'hui, au Parlement d'Athènes.

Il s'apprête à lâcher une bordée de jurons mais Obama, Merkel et Sarkozy viennent d'entrer dans le bar. L'Américain et le Français sont bras dessus bras dessous. Ils vont même donner une interview ensemble, ce soir, sur TF1 et France 2. Nicolas Sarkozy n’est pas peu fier :

  • C'est plus le 20 heures, c'est le G20 heures !

L'expression lui a bien plu, dans le blog de Didier Pobel.

Lors d'une conférence de presse commune avec le Français hier, Obama a loué hier son « leadership impressionnant » sur la crise grecque. Pour essayer de comprendre cette nouvelle amitié qui la froisse un peu, Angela Merkel lit l'éditorial de Guillaume Tabard dans Les Echos : « Sarkozy-Obama, intérêts partagés ». Avant une échéance présidentielle difficile pour les deux en 2012, « ils ont un même intérêt à un retour de la croissance mondiale, donc à une stabilité de la zone Euro. »

Songeuse, l'Allemande lève le nez de son journal et elle aperçoit Silvio Berlusconi, les yeux scotchés sur la Une du Parisien-Aujourd’hui en France .

En photo, une très jolie fille, une brune aux faux airs d'italienne, mais elle est française

Elle s'appelle Bérénice Marlohe. C'est la nouvelle James Bond Girl. Berlusconi feuillette le quotidien pour en savoir plus mais Merkel et Sarkozy lui arrachent le journal des mains :

  • Commence par soigner tes finances, les filles on verra après.

Et ils lui montrent Le Figaro : « L'Europe met Berlusconi sous surveillance ». Il est arrivé à Cannes sans nouvelle mesure d'économie.

L'Italien essaie de se défendre, mais sa voix est couverte par celle de deux autres clients, qui parlent fort, un peu plus loin. C'est Jean Luc Mélenchon et Michael Moore. Ils n'avaient pas été invités mais ils se sont imposés. Après tout, Cannes, Michael Moore y a gagné une palme d'or. Mélenchon est à la Une de L'Humanité et Michael Moore de L'Humanité dimanche .

  • Tu te rends compte, dit l'Américain en brandissant l'hebdomadaire, il va manquer 40 millions d'emplois dans le monde !

Et il répète ce qu'il dit dans le journal à propos des indignés de Wall Street :

  • Il faut mettre un terme à ce capitalisme du 21ème siècle où, aux Etats-Unis, les 1% le plus aisés se partage 40% des richesses du pays. »

Mélenchon est d'accord :

  • La démocratie fait peur au marché ! dit-il dans L’Humanité . Pour le Front de gauche, la démocratie n'est pas le problème mais la solution !

Le patron du bar les écoute d'une oreille distraite.

En attendant le grand soir, il se dit que ce G20 ne donnera pas grand-chose, une fois de plus. C'est écrit dans Le Figaro : "La taxe sur les transactions financières ne fait toujours pas l'unanimité". Il marmonne :

  • Sale climat, quand même.

Devant lui, La Tribune : Papandreou, Berlusconi, Zapatero, « les gouvernements européens vacillent » sous la crise.

Le barman est pris de sympathie pour tous ces dirigeants à la popularité en berne :

  • Qu'est-ce que je vous ressers, m'sieurs dames ?

  • Mets nous de l'eau bénite ! lui répond Sarkozy en rigolant et en brandissant la Une du Parisien .

Selon le journal, désorientés par la crise, de plus en plus de traders et de banquiers fréquentent les paroisses, les monastères ou les séminaires spirituels.

  • T'as raison patron, drôle d'époque, maugrée Mélenchon.

Et tout le monde quitte l'établissement en quête d'une église.

Dans le « Babel café » rendu au silence, le barman aux faux airs de Jacques Delors pousse un soupir : ils sont encore partis sans payer.

Bon week end !

L'équipe

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.