8H30 l’heure de la revue de presse, bonjour hélène jouan

On commence par un « article-miroir » sur la France…

Que sommes-nous devenus ?

C’est Pamela Druckerman qui dans le New York Times, nous pousse à nous interrogerhttp://www.nytimes.com/2015/11/03/opinion/france-paradise-lost. Elle raconte comment lorsqu’elle s’est installée à Paris il y a 12 ans, elle a cru arriver dans un paradis, bon, un peu inamical parce que personne ne lui parlait, mais enfin un pays dans lequel elle trouvait maternité et crèches publiques, où tout le monde jugeait normal les lois sur le contrôle des armes ou l’avortement, où les sans papiers avaient droit à des soins médicaux gratuits, où même les rappeurs citaient Rousseau dans leurs chansons. En tant que journaliste écrit-elle, j’étais émerveillée de ce peuple tellement avide de manier la pensée abstraite, convaincu qu’il était, de ne pas penser que pour lui-même, mais pour le reste du monde. Un pays qui dans les années 70 sous l’égide de Sartre et Aron avait accueilli des milliers de boat people simplement parce que c’était des « hommes »…un pays enfin, où dans la classe de ses enfants, il y avait des fils de grecs, libanais ou portugais, qui chantaient tous la Marseillaise .

Du coup dit elle, quand des centaines de milliers de réfugiés ont commencé à affluer en Europe, « je pensais que la France serait accueillante à leur égard ». Il n’en a rien été, mais qu’arrive t il à la nation qui pense pour le monde s’interroge Pamela Druckerman ? Et de citer nos intellos d’aujourd’hui qui ont viré à droite, stars des prime time quand Sartre était une star mondiale, la frilosité de nos politiques à afficher des gestes humanitaires, tétanisés qu’ils sont par le Front national, l’attitude des Français qui rejettent ces migrants au motif particulier que ce sont des musulmans. « Je me rends compte maintenant que la France n’a jamais été un paradis » dit elle, mais ce qui est pire, c’est que le pays plonge aujourd’hui dans une dépression qui le rend malheureux…La France est désormais un pays diminué, ordinaire, qui ne pense plus que pour elle-même…conclut elle

France, le paradis perdu, Titre du NYTimes…

La journaliste américaine se réjouissait du goût des Français pour le débat, heureusement il en reste quelques traces en France

Et la preuve ce matin Patrick, avec 2 exemples, culturels.

Le fils de Saul d’abord….Film de Lazlo NEMES aujourd’hui en salles, encensé par la critique quasi unanime, France Inter compris… Mais Libération sauve l’honneur de l’esprit français si je puis dire, en regrettant justement…et bien que ce film ne suscite pas la controverse ! Car pour Libé, controverse et débat il y aurait pu avoir. Comme ce fut le cas par le passé, quasiment à chaque fois qu’une œuvre de fiction cinématographique abordait la Shoah, souvenez vous de la liste de Schindler, mais aussi de la Vie est finie de roberto Bénigni, parce que depuis Claude Lanzmann notamment, il était écrit et prescrit que la Shoah soit « irreprésentable ». Mais l’onction de claude Lanzmann justement au Fils de Saul lors de sa projection à Cannes a tué tout débat, au prix note Libération d’un salto rhétorique de l’intéressé qui jusque là affirmait qu’il y avait un interdit de la représentation, de la figuration des camps d’extermination. Le choix du réalisateur de se river aux perceptions subjectives d’un seul et même personnage membre d’un sonderkommando, a visiblement fait tomber toutes les réticences. Pourtant poursuit Libé « cette plaidoirie des avocats du film bute sur la question du son, pas moins vecteur d’une représentation que l’image. Une tonitruante bande sonore, avec hurlements d’agonie, portes qui claquent, brasiers et souffleries de locomotives.. »bref du son aussi spectaculaire qu’une image… donc aussi sujet à question. Libé qui se désole donc de « l’atonie du paysage intellectuel français, dont on aurait espéré à l’ère des grandes olas unanimistes, entendre plus distinctement la pluralité des voix » conclut le journal qui lance donc…le débat

Autre exemple, sinon de débat, en tout cas de goût français pour continuer à parfois penser autrement. Boussole, de Mathias Enard récompensé par le prix Goncourt hier, et reçu il y a quelques instants par Léa Salamé, est également salué par toute la presse, « un roman de l’altérité, sensuel et savant » nous assure le Monde…Mais un critique littéraire ose braver l’unanimisme. C’est Thierry Gandillot, critique littéraire aux Echos..il avait parié qu’Enard aurait le goncourt…et pourtant…écoutez le

"ce film est d"une pédanterie incroyable! je souhaite bonne chance aux gens qui vont l'acheter"

Qui a dit qu’on ne continuait pas de s’empoigner en France, au moins sur les sujets culturels?

Dans la presse ce matin également Hélène, le « bébé blues »

Ca ne suffisait pas que les retraités modestes se rebellent, que les adultes handicapés refusent de choisir entre leur bas de laine et leur allocation, que les villes râlent sur la nouvelle répartition de leur dotation, autant de sujets sur lesquels le gouvernement a reculé ces derniers jours, vos journaux s’en font largement écho ce matin sur le thème, « Gouverner, c’est ajourner » pour reprendre un titre de l’Opinion…voilà que le gouvernement pourrait bien avoir à faire face dans les mois qui viennent à une nouvelle bronca : celle des utérus !

Je caricature un peu, mais c’est le thème du dossier d’aujourd’hui en France le Parisien qui relève qu’au cours des 9 premiers mois de l’année, le nombre de nouveau nés a diminué de 2,75% soit 16 000 bébés manquants par rapport à l’an dernier. Il n’y a jamais eu aussi peu de naissances depuis 99, jamais autant de morts d’ailleurs non plus notamment en raison de la grippe et de la canicule cette année. Alors est-ce la fin de l’exception française, se demande le journal, ce taux de fécondité « triomphant » qui était le dernier indicateur du bonheur de vivre en France ? on en n’est pas là…Les explications à ce bébé blues sont multiples, vieillissement des dernières baby-boomeuses, des maternités de plus en plus tardives, mais la politique familiale, moins généreuse et surtout instable du gouvernement, avec notamment la baisse des allocations familiales pour les hauts revenus entrée en vigueur cette année est pointée du doigt par les associations familiales. « France, le paradis perdu » titre le New York Times…si on ne fait même plus d’enfant, on y est peut être…

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