Le dessinateur qui porte le deuil de Charlie et de lui-même, adapte en BD le Vernon Subutex de Despentes, . Il est aussi le rédacteur en chef d'un beau numéro des Inrockuptibles, où il dialogue avec un artiste américain qui brosse au charbon nos actualités terribles, telle cette vitre de Charlie traversée d'une balle.

La revue de presse n'a pas pu être diffusée sur l'antenne, en raison de l'afflux de nouvelles venues des Etats-Unis. Nous mettons en ligne sa version écrite, pour ne pas sacrifier le travail de l'Obs,  des Inrocks, de Nice-Matin, du Point, du Figaro, et du New York Times!

On parle de deux femmes...  

Qui chacune symbolise une part de cette Amérique  dont le destin hésite quand le New York Times parle d'une élection nail-biter, où l'on se ronge les ongles,  mais au-delà du suspense la fracture s'incarne dans deux triomphes. 

Dans l'Etat du Delaware, une jeune femme de trente ans est élue sénatrice pour les démocrates, elle s'appelle Sarah Mc Bride, la presse française célèbre son succès car Mc Bride est une femme transgenre, une pionnière, elle et a fait de sa vie un combat... le New York Times a fait plusieurs fois son portrait, et a encensé son livre, Tomorrow Will Be Different: demain sera différent. Elle y parle d'amour et de perte et de combat... La perte, elle connait, elle fut mariée à un jeune avocat  Andrew Cray, qui plaidait pour les minorités sexuelles et qui est mort d'un cancer après avoir l'avoir épousée ces chagrins sont universels...   

En face de Sarah Mc Bride, une autre femme, Marjorie Taylor Greene, accapare l'attention, elle a été élue à la Chambre des représentants en Géorgie, elle a relayé et revendiqué les idées du mouvement complotiste QAnon, qui décrit l’Amérique en proie a un complot sataniste et pédophile dont les démocrates seraient les complices... Le New York Times  constate que QAnon, fait désormais partie des républicains... Le Point, en français, a fait le portrait  de Mc Bride, il est en ligne, une Trump au féminin, qui porte des lunettes aviator et aime les armes qui est athlétique et poste des vidéos où elle soulève de la fonte, elle porte le cheveu platine, l'émail dentaire est étincelant... En comparaison Sarah Mc Bride semble fragile, mais qui connait la fin?   

En France, on parle d'une rencontre...  

Et elle est réconfortante d'intelligence, sur le site de l'Obs, qui illustre  la fusion d'une romancière, Virginie Despentes, combattante rockeuse féministe à succès,et du dessinateur Luz, dont la vie a basculé le 7 janvier 2015, quand ses amis de Charlie hebdo, tombèrent sous les balles des djihadistes.  Luz a poursuivi son chemin  et adapte en BD la saga romanesque de Despentes Vernon Subutex, l’itinéraire d'un paumé céleste habité de musique dans le Paris des clochards et des dissidents... Luz et Despentes dialoguent leur entente,  chacun admire l'autre, Luz est un homme féministe, et tous deux communient dans un éloge de la défaite...   

Subutex, dit Luz, "c'est un personnage qui a le courage de baisser les bras. C'est assez rare aujourd’hui dans une société où le mot « martyrs » croise le mot « victimes » qui croise le mot« héros ». On n'a pas forcément envie de se retrouver dans l"un de ces mots-là". Despentes renchérit, "c"est vrai, il baisse les bras, mais s"il s'agitait, ce serait à peu près la même chose." 

Et ce refus du combat rend un son étrange, car Luz et Despentes ont aussi en commun une tragédie qui devrait les séparer. Charlie hebdo pour qui Luz, dessina avec tant de justesse, mais que Despentes offensa dans un texte qu'elle écrivit, hébétée de douleur, en janvier 2015  pour les Inrockuptibles, dans lequel elle s'identifiait aux morts et voulait tous les aimer, même les tueurs...   Pour ce texte, Charlie, en septembre dernier, classait Despentes parmi les "charognards" qu'il vouait au mépris.  

Dans l'Obs, Despentes assume: "Je serais emmerdée si les gens qui m'en veulent ne m'en voulaient pas. Même si ce n'est pas confortable par rapport à Luz." Et Luz alors se tient à ses côtés: "J'ai relu la tribune. Je l'ai trouvée très intelligente. Elle parle de l'appétit de l'homme pour la guerre.Je suis absolument d'accord. Encore faut-il la lire jusqu'au bout".  

Je me suis demandé si à Charlie on pensera que Luz est un ami perdu. La Une de Charlie montre des danseuses de French cancan décapitées, elle est la version grinçante de Libération ou de la Croix qui montre Vienne au crépuscule sanglant. Charlie combat, Luz ne veut plus.  

Luz  est aussi cette semaine rédacteur en chef des Inrocks, il s'y montre drôle et enthousiaste, il raconte comment il a trouvé les traits de son Subutex dans sa discothèque, mais sa joie est un courage. Luz interroge un artiste américain qui l'a aide à survivre: Robert Longo qui de nos actualités brosse des dessins bouleversants au charbon, des réfugiés en méditerranée, ou une vitre brisée par une balle, celui-ci réalisé d'après une photo d'une fenêtre de Charlie hebdo, Luz gardait l'image en fond d'écran.   A l'Obs, Luz dit ceci...  "Je rêve d'un boulot où les gens oublieraient complètement qui j'ai été avant, que j'ai fait « Charlie » et qu'il y a eu les attentats."  Mais il dit également cela: "Chaque bouquin est une manière de creuser la terre. Je la creuserai toute ma vie. Quand je dessine un type qui a tout perdu, y compris un pote, qui est dans un deuil généralisé et qui accepte même le deuil de lui-même".   

Dans Nice Matin, vous irez vous frotter au courage du deuil  de Joffrey Devilliers, l'époux de Nadine, assassinée par un djihadiste quand elle priait dans une basilique, et nourrissez-vous aussi d'un chirurgien, le professeur Patrick Baqué, qui raconte le moment de doute qui l'a pris quand on lui a amené le djihadiste blessé, et puis les médecins ont fait ce que leur serment commande.   

Et s'il vous faut sourire même tendrement, vous lirez dans le Figaro un homme parlant avec un sérieux touchant de son dernier ouvrage, l'histoire d'un homme politique qui quitte la France pour vivre en Afrique, "Loin du bruit du monde" est le titre du 5ème roman de Valéry Giscard d'Estaing, qui affirme qu'en écrivant on parle toujours de soi, et nous dit qu'il prie encore, après lui ça n'existera plus.

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