(Patrick Cohen) Dans la presse ce matin : Le Nobel pour Lampedusa

(Bruno Duvic) C'est un journaliste italien connu pour ses reportages embarqués avec les immigrants clandestins. Sur le site de l'hebdomadaire L'Espresso , Fabrizio Gatti parle des habitants de Lampedusa.

« Les gens de Lampedusa, ramènent à terre les vivants et ramassent les morts. Je l'ai vécu dans ma propre chair, littéralement. C'était dans la nuit du 23 au 24 septembre 2005. Un homme qui ne me connaissait pas et que je ne connaissais pas m'a vu en mer, en train de nager à la dérive. Il m'a aidé à regagner la terre, il m'a fait allonger sur la pierre. Il a enlevé sa chemise et me l'a posée sur la poitrine. J'avais encore froid. Alors, de tout son corps, il s'est allongé sur moi. J'étais sale, pas rasé depuis des mois, je pouvais être malade ou contagieux. (…) Massimo Costanza n'était pas secouriste, il était électricien dans un hôtel. Il a une femme, un fils, c'est une personne normale. »

Ce matin, en Italie L'Espresso surtout mais aussi le Corriere della Sera veulent faire de l'île de Lampedusa une candidate au prix Nobel de la paix.

Alors qu'hier encore, les habitants ont ramassé les morts, compté les disparus et accueilli les vivants, le directeur de L'Espresso voit au moins cinq bonnes raisons de décerner le prix aux habitants de cette île.

  • Ici chaque jour se déroule une bataille au nom et pour le compte du monde entier.

  • Ceux qui la mènent forment une petite communauté qui met de côté sa vie privée, ses intérêts au nom de la solidarité.

  • Il faut réveiller l'Europe

  • Crier halte au trafic de chair humaine derrière l'immigration clandestine.

Il faut offrir une lueur d'espoirs à ceux qui quittent leur terre et cherchent ailleurs ce qu'ils ne trouvent pas chez eux.

Dans Libération , qui ouvre ce matin ses colonnes à des géographes, on lira une réflexion sur les îles comme symbole. Image de paradis qui peut se transformer en enfer.

Escale en Iran à présent

Le climat se détend depuis l'élection d'Hassan Rohani et les hommes d'affaires sont en embuscade. Georges Malbrunot raconte dans Le Figaro . En fait, ils sont déjà là. La plupart des secteurs de l'économie américaine ont envoyé ces derniers mois des émissaires en Iran. Ils arrivent sous passeport suisse. General Motors est entré en contact avec le groupe automobile Iran Khodro. Boeing, Caterpillar s'intéressent de plus en plus près à ce marché de 80 millions de consommateurs. Des cabinets américains de chasseurs de têtes approchent même discrètement des bi-nationaux.

Alors, me direz-vous : et les sanctions contre l'Iran ? Elles sont réelles et sévères mais les Américains savent très bien s'en arranger ou au moins les accommoder à leur sauce.

A propos de l’automobile, par exemple, le décret signé en juin par Obama sanctionne toute entreprise étrangère qui vend des pièces détachées en Iran, mais il n'interdit pas la fourniture de véhicules. Ça tombe bien, General Motors a livré cet été des modèles complets de sa ligne Camaro à l'Iran via l'Azerbaïdjan. Alors que le français Peugeot par exemple fournissait lui des pièces détachées.

Bref, le pays est encore loin d'être ouvert aux quatre vents mais la France se fait déjà tailler des croupières. Car l'Amérique n'est pas la seule à réviser sa géographie iranienne. Le Japon et l'Allemagne envoient des hommes d'affaires. L'ambassade de France à Téhéran, elle, vient de fermer son poste d'expansion économique.

La France qui s'interroge encore et toujours sur elle-même

On croirait que le débat sur l'identité française est de retour ! L'historien Pierre Nora réunit en un volume ses essais consacrés à la France et à l'identité nationale. Il accorde une interview aux Echos et au Point . Le modèle français est atteint en profondeur. La France républicaine est touchée dans toutes ses composantes. La langue, la montée de l'individualisme... Un paradoxe : la paix porte atteinte à cette identité collective. La guerre développe un sentiment très fort de solidarité collective. Les grandes oppositions qui structuraient l'identité républicaine se sont effritées, en particulier, le clivage gauche-droite. C'était deux version radicalement opposées de la France, ce n'était pas seulement dans les idées, mais aussi dans les mœurs, les mentalités.

Cette identité républicaine fait place à une identité démocratique, des identités avec lesquelles on ne peut que négocier pour décider au cas par cas où on place le curseur. Faut-il accepter le voile et refuser la burqa ? Accepter le mariage homo et refuser la filiation. « Ce marchandage permanent ne peut qu'aboutir à une histoire éclatée ».

Quoi d'autre dans la presse ?

Illustration peut-être de ce que dit Pierre Nora sur le clivage droite-gauche. Les sondages de plus en plus flatteurs pour Marine Le Pen. Elle inquiète à gauche et à droite titre Le Figaro . Guillaume Tabard dans son analyse politique se demande si elle n'est pas la véritable patronne du front de gauche.

Sondages flatteurs pour Manuel Valls aussi. A la Une du Monde , ce titre : il profite de la faiblesse de François Hollande. L'épisode des Roms a laissé des traces à gauche. Pour Stéphane Alliès sur Mediapart , sur les Roms, il y a un « problème Hollande », qui soutient Valls. « Il gâche la gauche ».

Les malheurs des riches. Le Monde raconte les vacances gâchées de Bernard Tapie dans sa villa de Saint-Tropez. Les juges ont saisi ses avoirs, cartes bancaires bloquées. « Il a fallu rogner sur les dépenses au supermarché écrivent Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Préférer les Flanby aux soirées langouste. »

Nathalie Dessay tourne le dos à l'opéra. Belle interview de la Soprano au Figaro qui préfère parler de « pause, pour ne pas dramatiser ». Elle est encore à l'affiche du Manon de Massenet à Toulouse jusqu'au 15 octobre. « Dans Manon, je dois chanter, ‘elle eut hier 16 ans’, soyons sérieux. Je vais le chanter encore 5 fois, après c'est fini.

  • Comment le public réagit-il à votre décision ?

  • Il ne la comprend pas

  • Cela vous attriste-t-il ?

  • Alors là, pas du tout. Je suis très reconnaissante envers mon public, qui m’a soutenue et portée. Mais, en même temps, j’ai encore tendance à trouver le public de l’opéra étrange. On n’a pas toujours les mêmes goûts. Ni les mêmes valeurs.

Nathalie Dessay va se lancer dans la chanson, le théâtre (« je ne suis même pas sûre d’avoir du talent »), et, pourquoi pas le cinéma « à condition qu’on ne me propose pas un rôle de chanteuse d’opéra ».

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