Mais sur le bras de Khadija, dans Libération, le tatouage est un stigmate laissé par ses violeurs. Le Monde raconte ces morceaux de la planète que nous avons perdus, aujourd'hui un fleuve brésilien assassiné dans un tsunami de boues toxiques. Dans Sud-Ouest, un retraité du Béarn a retrouvé les héros oubliés de 14-18.

Le tatouage comme libération ou comme torture
Le tatouage comme libération ou comme torture © Getty / Amy Labra / EyeEm

On parle de tatouages ce matin

L'encre qui chante sur la peau et se décline sous la forme de tatouage tribal, tatouage à l'ancienne des ancres marines et aigles de motards, tatouage asiatique, tatouage graffiti, etc. Tous les tatouages qui font la UNE de La Croix qui, d'émotion, en balbutie son français et mélange l’être et l’avoir : « Près d'un français sur cinq a ou a été tatoué ». 

Oh, quelle entorse ce jour où Libération poursuit la croisade des linguistes belges contre l’accord du participe passé avec le complément d’objet direct qui le précède. La faute que La Croix a osé(e).

Mais le dossier de La Croix est passionnant comme la peau, il dit que nous avons changé, ce qui fut jadis un signe de dureté sociale… 

« Le tatoué était un marginal, marin, militaire, prostitué, issus du rock, de la prison » est désormais une pratique à la mode. Les cadres s'y mettent et les femmes plus encore que les hommes, et les nouveaux tatoueurs viennent des écoles d'art... Le tatouage marque une civilisation de l'individu, qui célèbre et transcende son corps. 

« Mes tatouages me rendent plus féminine » dit Shannon que je devine heureuse... 

Mais le tatouage est parfois une erreur que l'on efface ou une preuve qui doit disparaître. Et un jeune homme nommé Esteban Morillo en a masqué sur son bras le devise "Travail famille patrie" de l’Etat français du Maréchal Pétain… Morillo est accusé d’avoir tué à coup de poing un jeune homme de 18 ans, Clément Méric, en juin 2013 à Paris, dans une bagarre opposant militants antifascistes et skinheads d’extrême-droite… Le procès commence aujourd’hui et on lit, dans l’Humanité, Streetpress et Les Inrockuptibles, que les tatouages de Morillo ont été enlevées par une ancienne militante, autrefois barmaid du QG des skinheads, et la transformation du jeune homme serait cosmétique...

Le tatouage est parfois une torture. Dans Libération, on voit la photo d'un bras grossièrement tatoué à l'encre bleue et sur le dos de la main, une croix gammée. C'est le bras de Khadija Okarou, 17 ans, d'Oula Ayad, au pied des montagnes de l'Atlas, Khadija qui a été enlevée, séquestrée et violée, et que ses tortionnaires ont marquée, au Maroc. Khadija symbolise toutes les femmes violentées dans une société archaïque... "Elle n'a rien fait sous la contrainte, tout le monde sait que c'est une déviante qui boit et qui a déjà fumé", dit le père de deux jeunes gens accusés et emprisonnés... Ainsi se défendent les hommes dont les fils impriment leur haine sur le corps des femmes...

Je vois ce matin, un tatouage de liberté, une rose, sur le cou d'une jeune française aux airs de punkette, dans Explicite, journal en ligne, qui a rencontré Lison et Celia, venues de Rouen et Montpellier pour assister, en Suède, à Göteborg à un festival rock interdit aux hommes, pour permettre aux rockeuses d'échapper aux agressions de rockers imbibés ! Au pays de l'émancipation, on voit des jeunes femmes heureuses de se sentir libre et d'échapper à l'autre sexe, et Lison la tatouée semble une sœur chanceuse de Khadija. 

On parle de la mort d'un fleuve... 

Le Rio Doce au brésil, dont le Monde raconte l'assassinat le 5 novembre 2015, quand un barrage a cédé qui retenait les déchets d'une mine de fer, libérant un tsunami de boues toxiques jusqu'au village de Regencia, où l'on a ramassé des milliers de poissons morts, et depuis, la vie s'est arrêté, et seuls des surfers, inconscients, osent s'aventurer sur les eaux teintées d'orange, et les villageois survivent de l'aide que leur fournit, le géant de la mine, Samarco. 

C'est du grand reportage, dans une grande série que publie le Monde, textes minutieux et photos à la beauté mortuaire de Samuel Bollendorf, sur ces coins de notre planète que nous avons rendu inhabitables. Hier, le Monde racontait les stigmates de Dzerjinski, ville russe industrielle empoisonnée de déchets toxiques, où les sols sont mous,  baptisée du nom de l'inventeur de la police politique soviétique. Elle s'appelait avant Rastiapino, la "ville des maladroits".

La Une du Télégramme est belle, qui montre une plante de mer fine fragile et rose, sous ce titre : « Le monde au chevet des profondeurs ». Et le journal breton explique l'enjeu des négociations que lance l'ONU pour faire aboutir un traité protégeant la haute mer, les océans au-delà des zones côtières qui regorgent de vie mais que guettent les industriels de la chimie, qui veulent transformer un gastéropode en anti-douleur... 

Il reste pourtant quelques sourires dans les journaux...

Et le contraste entre une vie quotidienne innocente et les drames du monde saute au coeur du lecteur. Et ce matin, des entêtés adorables donnent du sens au genre humain, et nous racontent notre histoire, en gardant nos mémoires. 

Je lis dans Sud-Ouest la patience de Georges Péron, 70 ans, retraité du Gaz dans les Pyrénées-atlantiques, qui a retrouvé les noms de 586 béarnais tombés dans la grande guerre, et oubliés sur les monuments au mort, et justice est donc rendue à Germain Dalliès-Herrère, né à Orthez, engagé à l’âge de 75 ans à la 15e section des infirmiers militaires, il y occupait l’emploi de perruquier coiffeur !

Je lis dans la Charente libre l'immense patience de Guy Traumat, ancien maire de Esse, qui a écrit un livre de 400 pages sur son village, sur la route de Compostelle, mais Guy Traumat a besoin de 250 souscriptions pour publier son ouvrage, et que la postérité sache l'histoire de Marguerite Chabrou, pendue en 1729 en place publique de Confolens pour avoir étouffé son bébé adultère !

Il y a aussi, chapitre nostalgie, dans la Dépêche... Une femme aux cheveux flamboyants, qui jadis vendait des camions, Christelle Siguier, 45 ans, miss pin-up occitanie, la pin-up, c’est l’héritière de ces femmes que les camionneurs vénéraient dans leur poste de pilotage, ces souriantes en robe à petits pois et talons froufroutants, et Christelle y a joute sa marque:  « Je suis juste un peu tatouée » dit-elle, on y revient.

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