Guy Hocquenghem fut un homme de lumière quand les homosexuels étaient dans l'ombre mais incarna aussi erreurs de son temps, il est mort en 1988, il a été célébré puis annulé à Paris en 2020, victime deux fois de la même inculture. Jacques Desbonnet illumine la Voix du Nord de son passé de résistant.

On parle d'une plaque...

Qui était posée au  45 rue de Plaisance à paris, et  a été enlevée hier dit le Parisien, par les services de la mairie, elle rappelait qu'un écrivain nommé Guy Hocquenghem avait vécu dans cette maison

Le nom de cet homme mort du sida en 1988 ne dira pas grand-chose aux moins anciens. Il fut une figure d'intense liberté dans l'ébullition des années 70, un homme de lumière quand les homosexuels devaient vivre dans l'ombre; il avait animé un Front homosexuel d'action révolutionnaire, il était journaliste à Libération dont il contestait  les dérives libérales, un de ses livres, jouissif et méchant s'appellerait "Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col mao au rotary"; il était un romancier que Pivot invitait, il avait écrit et filmé avec trouble et talent le désir homosexuel... Mais dans son époque déstructurée, il théorisait des libertés que nous savons désormais insoutenables; contre les féministes de Libé, il défendait les rapports sexuels entre adultes et enfants et contestait aussi qu'on puisse poursuivre les violeurs puisque la prison était une oppression, il poussait ses erreurs, bref, il exista, reflet et symbole d'un temps révolu.  

Une biographie l'avait ranimé il y a trois ans, vous irez lire en ligne de bons papiers de Libération et Slate pour méditer sur ce qui reste d'un homme en colère. 

En janvier dernier, ça vous le lirez dans le Parisien, la mairie de Paris, apposait une plaque sur son ancienne demeure, c'était en soi une bêtise, tant Hocquenghem était  inapte à l'apaisement -il  avait fini par mépriser le soulagement embourgeoisé des homosexuels après la dépénalisation votée par la gauche en 1981. Après l'affaire Matzneff sont revenus ses mots sur la pédophilie, un collectif féministe a aspergé de sauce tomate la plaque de la rue de Plaisance, et la mairie l'a déposée pour ne plus jamais la réinstaller, le Parisien interroge les riverains qui se disent choqués, "franchement, rendre hommage à un pédophile, non", dit Mina qui ne sait rien de l'homme annulé après avoir été célébré, l'annulation et la célébration témoignent d'une même inculture.  

Un autre homme est mort avant hier à Venise, qui contestait son époque, la nôtre, avec virulence drôlerie et culture, David Graeber, avait l'air de tomber du lit avec sa coiffure d'ébouriffé, lis-je dans Libération. Mais cet américain était un savant, un grand anthropologue passionné par Madagascar et qui se réjouissait lis-je dans l'Obs, de la sexualité prolifique des femmes malgaches qui comblaient les pirates d'antan, il voyait dans la flibuste l'anticipation de nos libertés! Graeber était aussi un maître à penser pour les jeunes gens que notre monde blessait. Il avait démoli le dogme de la dette qu'il faut rembourser, il avait exposé l'inflation bureaucratique du capitalisme, et pointé l'atroce ridicule des boulots inutiles, les « bullshit jobs » bien payés qui ne servent à rien, qui confortent le libéralisme mais ruinent l'estime de soi de ceux qui les pratiquent, il avait accompagné un mouvement contestataire qui tenait les rues à New York en 2011,  et inventé ce slogan opposé aux maitres du monde, nous sommes les 99 %...

Vous trouverez un excellent portrait de Graeber sur le site de Libération et d'excellente archives ressorties par l'Obs, par le Monde, par Mediapart, Graeber pensait que les riches ne savent pas s'intéresser aux autres et il vantait contre eux le mérite  de ceux qui protègent, les soignants notamment, il semble prophétique après la crise du covid et en même temps vaincu. Graeber meurt, lui qui aimait nos gilets jaunes et moquait Emmanuel Macron, quand le Figaro, le Parisien, le Dauphiné libéré, anticipent le discours sur la République que prononcera tout à l'heure le chef de l’Etat pour le 150e anniversaire de son rétablissement, il s'agira d'autorité... 

Et on parle de la police...

Et d'une autorité dont abusent des fonctionnaires à la fois émouvants et éperdus de violence impunie, on lit ces policiers dans le Monde, qui publie les bonnes feuilles d'un livre titré "Flic", l'enquête en immersion d'un jeune journaliste, Valentin Gendrot embauché comme adjoint de sécurité dans un commissariat parisien, qu'il raconte de l'intérieur, dans sa brutalité adoucie d'une sympathie involontaire pour ces flics qui sont comme lui de province et ressemblent à ses copains d'u foot, mais le costaud Charly raconte des histoire des prisonniers laissés "la gueule en vrac" et de la serpillère qu'on passe pour absorber le sang.

Parle-t-on du même pays, du même peuple français qu'honore Jacques Desbonnet dont l'histoire illumine deux pages de la Voix du Nord. Il est à 93 ans le dernier survivant du réseau de résistance qui donna son nom au journal, Voix du Nord... Il avait 17 ans au moment de la défaite et sur la route de l'exode fut hébergé chez une baronne de Hautecloque, cousine du futur maréchal Leclerc, c'est chez elle que Jacques entendit l'appel du Général de Gaulle qui lui « retourna le ciboulot », e tde retour chez lui, il entra dans la résistance, il allait dans les bars à soldats allemands repérer les alsaciens enrôlés de force qu'il aidait à déserte, je vous laisse lire le journal, et bientôt un livre mais pour le plaisir, ceci : en 1943, un juge qui aurait pu condamner Desbonnet à mort ne lui infligea qu'une peine de prison, le magistrat était encore sous l'effet d'une orgie partagée avec des prostituées à Lille, les mauvaises mœurs ont décidément du mérite...

On parle enfin d'un magnétiseur...

Qui était grand et fort et avait une bonne tête et des cheveux grisonnants et dont la femme faisait des tartes aux fruits dans la cuisine quand il recevait des patientes dans son cabinet à Tonnay-Boutonne en Charente Maritime, mais, raconte Sud-Ouest à la fin des massages et des passes qui soulagent la douleur, il aurait pénétré des femmes avec son doigt, sexuellement, et le traumatisme envahit ses victimes, le violeur présumé est en prison, il aurait autrefois agressé sa petite fille, le village de 1100 habitant frémit de silence de pudeur ou de honte et la perversion n'est pas une vue de l'esprit. 

Dans Libération, on découvre un autre village soumis lui à tentation et hanté de secret. Montezic en Aveyron, 250 habitants ,  a reçu 14 millions d'euros en legs d'un mystérieux Bernard Milhau, qui  a simplement demandé qu'on entretiennent la tombe de sa famille... La manne bouleverse le bourg et attise la jalousie des campagnes, mais plus troublante encore est la raison du legs : Bernard Milhau, en enrichissant Montezic, voulait simplement empêcher que le fisc ou son ancienne épouse aient accès à sa fortune ! Peut-on aimer ce que nous offre la mesquinerie. 

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